‹ A la grand'pinteChapitre 52 sur 103 · PENDANT L'HIVER · texte numérisé non relu

PENDANT L'HIVER

Alors qu'il gèle à pierre fendre

Et qu'il ne fait pas jour, alors

Qu'en un lit chaud, l'on peut entendre

Le bruit des sabots au dehors;

Ce bruit sec, matinal, qui glace;

Ce bruit du malheureux, qui passe

Courant à quelque triste endroit

Avec ses mains rouges de froid;

On cache aussitôt sa figure

Sous les plis de la couverture.

Mais c'est égal. Devant les yeux, Dans la pénombre de nos villes, Surgissent des femmes, des vieux...

Ils sont rangés en longues files, Et s'en vont, mornes bataillons Couverts de sordides haillons ; Avec balais, ou pioche ou pelle, Qu'il pleuve ou neige, ou grêle ou gèle, Pendant l'hiver et si matin, Balayer ! pour manger du pain.

Puis la petite plébéienne Passe en de bleuâtres reflets, Vêtue en robe d'indienne...

Pour aller coudre ses ourlets.

— Honnêtes, courageuses filles Qui cousez coiffes ou mantilles, Vous faut-il des vertus, ma foi, Pour sortir quand il fait si froid !

Plus d'une soutient sa famille

Du faible gain de son aiguille.

On voit encor les ouvriers,

Les artisans de toutes sortes,

Qui courent à leurs ateliers

Pour être, au coup de clocbe, aux portes.

— Sachant les grands travaux qu'ils font,

Le peu de profit qu'ils en ont...

Moi, dans l'hypothèse incertaine

Que toute autre au inoins est ma peine ,

Par un lourd sommeil engourdi,

Je me rendors jusqu'à midi !

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