SOIR
L'ombre incertaine Voile la plaine.
Le soleil est couché, L'oiseau perché.
La nuit commence...
Dans le sentier, Le voiturier Marche en silence.
Du paysan, De l'artisan, La fenêtre s'allume ; Le foyer fume.
J'entends japper, De ma mansarde, Un chien de garde Qui veut souper.
Quand l'eau clapote Et se cahote À travers les cailloux, Rêver est doux.
Prêtant l'oreille Au moindre bruit, Pendant la nuit Souvent je veille.
Si dans un trou, Je ne sais où, J'entends une chouette Qui me répète
Son chaut plaintif; Ses cris funèbres Dans les ténèbres Rendent peusif...
Penché j'écoute, Non sur la route, Mais au fond de mon cœur:
Où, par bonheur, Je me console.
Les nuits, les jours, Rêvant toujours, Mon temps s'envole.
— Si loin de tous !
Quittez-moi, vous Qui m'obsédez sans cesse, Sombre tristesse...
Ainsi l'autan Toujours me glace Alors qu'il passe :
Allez-vous-en.
Splendide, austère, La lune éclaire La cime des forêts, Les noirs cyprès.
Sans nulle ride, L'étang serein Semble, au lointain, D'argent liquide.
— Ciel étoile, J'ai trop veillé...
Je ferme ma fenêtre.
Demain, peut-être L'espoir vermeil, Divine flamme, Rendra mon âme Gaie au soleil.