SCULPTEUR
Splendide et belle ! — Ainsi tu me souris, coquette, Et sans me remercier de t'avoir ainsi faite !
Ingrate enfant, mon doux espoir, Je ne puis me lasser d'admirer ta souplesse, Ta fierté, ta grandeur étrange et ta'noblesse,
Femme en marbre, admirable à voir.
Que puis-je encor pour toi, ma fille favorite? Veux-la que je relève une humble marguerite
11) J'ai fait un plagiat de la belle stropbe de Victor Hugo :
Tout frappe à ta porte bénie ; L'aurore dit : Je suis le jour; L'oiseau dit : Je suis l'harmonie, Et mon coeur dit : Je suis l'amour !
Qui touche et baise ton pied pur?
Et ce gazon fleuri, que j'ai fait à grand'peine, Pour te plaire et poser tes pieds de souveraine,
Te senible-t-il encor trop dur?
Aimes-tu les oiseaux? Un rossignol qui chante? Je puis t'en faire un nid, où la mère touchante
Sur ces chers petits met son cœur.
Aimes-tu mieux les fleurs, un lézard, autre chose? Ou que préfères-tu, d'un lys ou d'une rose,
Ou si tu veux une autre fleur?
Pour la postérité tu restes toute nue ! Et tous s'inclineront, ô divine ingénue,
Rien n'est plus pur que la beauté ; Les siècles passent, mais la beauté reste belle. Tu ne vieilliras pas, tu seras éternelle 5
Le beau c'est la divinité !
Si Jean Goujon vivait, je lui dirais peut-être : Venez à mon secours, 6 mon illustre maître,
Dites qui la baptisera?
Et comment la nommer ! De quel nom digne d'elle ? Servez-lui de parrain... Pour la rendre immortelle
Votre nom la protégera.
— Illustres morts ! toujours votre gloire est vivante. Maîtres, votre grandeur inspire l'épouvante,
Vous seuls régnez dans les palais.
Jean Goujon, vous Germain Pilou, vous Michel-Ange, Et vous Puget; sublime et brillante phalange,
Vous resplendissez à jamais.