A LA FERME
Mon ami Mathieu, le fermier, Sur la route de Normandie, Me loue une chambre garnie Donnant sur les champs, au premier.
— Selon que l'or me favorise, J'y vais à pied de temps en temps ; Parfois Phiver ou le printemps, Ou l'été, l'automne, à ma guise.
Mais aujourd'hui le ciel est noir,
Encore un peu j'aurais L'onglée...
Quel hiver et quelle gelée l
Il fait un froid de loup ce soir;
Et mon manteau double de îaine,
M'abritera jusqu'au foyer
De ce grand chaume hospitalier
Estompé là-bas dans la plaine.
Le feu flambe, le vitrail luit.
Ce que l'on raconte aux veillées, Fait rester longtemps éveillées Bien des filles, pendant la nuit.
Quand, assis daus la cheminée, J'écoute un récit tout au long, L'horloge en bois et le grillon, Et le vent, chanteurs à Tannée ;
Il arrive que par moment Le feu m'endort, le vent m'achève ; Puis, entre la veille et le rêve, J'entends parler tout en dormant...
Et je m'intéresse à l'histoire ; Et quand j'ai peur je suis content.
Beaucoup n'eu diraient pas autant, Et moins encor le voudront croire ;
Car il n'est pas de loups-garoux, De revenants sur cette terre.
On le dit... Mais tout est mystère, Et parfois j'y crois comme eux tous.
— Courons vite, la nuit est sombre, Tout est lugubre autour de moi...
Gomme on frissonne d'un tel froid ! On n'est pas rassuré daus l'ombre...
Ces grands chemins sont tout gelés, Ces buissons crochus, pleins de givre.
Courra bien qui voudra me suivre...
Mes pas rendent des sons fêlés.
— Comme ils vont m'ouvrir leur grand'porte S'ils reconnaissent mon frapper.
Je vais là trouver bon souper, Bous amis et fermière accorte.
Lors, au milieu de gens joyeux, Mains et gobelets me font fête.
Mais le cidre porte à la tête Et grise comme du vin vieux, Peut-être même davantage...
— Qu'importe quand on a bon nid ?
C'est-à-dire : bon feu, bon lit,
Et des rideaux verts à feuillage !
Aussi, je ne demande rien A madame la Providence, Que de me rendre à l'évidence Et me trouver toujours si bien.
— Vite ! On a dû rôtir une oie, Ah ! quel régal ! — Gare au retard, Je ne veux pas perdre ma part.
Courons toujours. — Vive la joie !
KM