SOUVENIR DES ETATS-UNIS. - NOUVELLE-ORLÉANS
A MON AMI LE POÈTE PLACIDE CÂNONGlS
Villes, encouragez plutôt que de proscrire Vos fils musiciens. L'un chante avec sa lyre, L'autre avec ses écrits, l'autre avec son pinceau; L'autre avec sa voix pure, ou son geste, ou son rire; La Vénus accroupie est un chant du ciseau.
Donnez à vos enfants au moins le temps de naître. Chez vous, nulle grandeur ne peut-elle apparaître; Faut-il des inspirés anéantir la voix?
S'ils ont Tordre de Dieu, quand Dieu seul est leur maître, Laissez donc là vos clous, vos ronces et vos croix !
Comme un vaisseau construit pour traverser les mondes,
Toutes voiles au vent, passe les mers profondes,
Refoulant sur ses flancs les flots, en bondissant;
11 brave et leur furie et leurs chocs; il soupire,
Se penche, se relève... Et, bientôt franchissant
La tempête hurlant avec rage et folie,
Il entre dans le port; il s'arrête, il oublie...
Mais souvent ses grands mâts sont brisés en passant 1
C'est ainsi du génie au milieu de la foule.
Du contraire heurté comme par une houle,
Il est plus attaqué que ne l'est un bandit !
En vain la calomnie autour de lui se roule,
En vain l'acerbe injure autour de lui bondit,
En vain surgit encor l'ignorance ameutée,
En vain d'amers chagrins sa vie est tourmentée,
Dieu lui dit : Marche ! Il marche. On l'accable. Il grandit !
Tout grandit si Dieu veut. — Des grandes eaux salées Les flots sont tour à tour montagnes ou vallées, Oscillent sous les vents, se dressent dans les airs, Balancent un instant leurs vagues déferlées, Puis, en réseaux d'argent tombent au fond des mers.