‹ A la législature de Québec [microforme]Chapitre 16 sur 17 · SEE · texte numérisé non relu

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Elle est subséquemment amendée sous M. Chap'eau en 1881. (4445 Vic. Chap. 15).

En 1885, sous l’Honorable M. Ross, est établie la première loi pour protéger la santé et la vie des personnes employées dans les manufactures. (48 Vic. Chap. 32). Cette législation fut par la suite améliorée en 1894 par M Taillon, sous le statut 57 Vic. Chap. 30, “pour assurer la sécurité des travailleurs dans les établissements industriels,” en même temps que se reglémen-

tait aussi par législation la durée du travail des femmes et des enfants.

En mai 1888, est créé le bureau d'inspection du travail et c’est sous une administration conservatrice qu'est passée une loi appropriant 1,500,000 acres de terres publiques pour subvenir aux écoles techniques.

Cette question, reprise plus tard, mais différemment par un ministère libéral est suivie de l’établissement, en 1907-1911 d'écoles publiques à Québec et Montréal et d'institutions subventionnées à Shawinigan, Sherbrooke et Beauceville. Les écoles de Québec et de Montréal ont coûté plus d’un million et pour les construire le gouvernement Gouin a garanti un emprunt se chiffrant à $1,200,000. L'école des hautes études, à Montréal représente une autre garantie d'emprunt se montant à $600,000.

Déjà en 1896, l’Honorable M. F lynn avait donné une considération sérieuse à cette question des écoles techniques. Plus tard en 1908 et en 1910, l'opposition conduite par M. Tellier, définit sa politique à ce sujet, tout à fait différente de celle des libéraux. Au lieu de ne placer des écoles techniques que dans les grands centres comme Québec et Montréal, elle proposa qu'elles fussent annexées aux manufactures des centres ruraux. Après avor comme d'habitude, résisté, le gouvernement se rendit p'us tar 1 à cette proposition.

C’est de la cont'nuation dé cet e législation paternelle, œuvre des gouvernements conservateurs en f iveur de la classe ouvri:re, que peuvent seulement se glorifier les cabinets libéraux, et il est souverainement faux et injuste de vouloir affirmer le contraire.

Depuis l’accession des libéraux, les députés de l'opposition n'ont pas cessé de réclamer des améliorations au ‘“status” de l’ouvrier et leurs demandes finissaient généralement par triompher, bien que d’abord refusées au moment où elles étaient faites.

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Un des plus brillants membres de l'opposition, M. Arthur Plante, député de Beauharnois, prit un intérêt particulier aux quest ons intér.ssant les ouvriers et à de fréquentes reprises fit entendre à l’Assemblée ses revendications en leur faveur.

En 1911, il proposait l'abolition du vote plural et demandait à la Chambre de déclarer “que tout citoyen ne puisse exercer son droit de suffrage qu’une seule fois et cela au lieu de son domicile.” Le premier ministre fit mettre de côté cette proposition par un amendement proposé par les députés de Lotbinière et de Laval, mais en 1912 il l’incorpora sans scrupule dans sa loi électorale.

Au sujet de la réduction des heures de travail, M. Plante prit encore l'initiative en 1909. En 1910 il demanda la réduction du travail des femmes et des enfants à 55 heures au lieu de 58 par semaine. Le gouvernement s’y opposa mais l'£ dopta en

Ce même député soumit un amendement à la loi “des accidents de travail” pour porter de $2,000 à 83,000 l'indemnité payable à la veuve de l’ouvrier, au cas de mort de ce dernier. La majorité libérale vota en bloc contre cette proposition.

Pour revenir à ce qui se passa spécialement au cours de la dernière session, rappelons que lors de la décision prise par le cabinet Gouin de nommer une commission pour faire rapport sur les meilleures mesures à prendre en vue du renouvellement du contrat entre la cité de Montréal et la compagnie des Tramways, ce fut à la suggestion de M. Sauvé que fut nommé le représentant ouvrier dans cette commission, M. Verville.

Comme on le voit par ce qui précède, les livres de nos lois et les “rocès-verbaux de notre assemblée législative, donnent la preuve ir-éfutable des nombreux actes des députés et des ministres conservateurs en faveur de la classe ouvrière.

La nomenclature que nous avons du faire pour appuyer cette réclamation, bien qu’un peu aride est néanmoins nécessaire pour démentir les fausses assertions du premier ministre et de son acolyte des travaux publics. Les faits, les dates et la mention des statuts, sont une réponse précise à leurs vantardises et à l’effronterie de leur refus de reconnaître l’œuvre de leurs adversaires.

Lorsqu'il s’agit de la vulgaire recherche du vote dans la période électorale, ces messieurs, abordent l’ouvrier, chapeau bas, et font luire devant ses yeux, avec la prodigalité inouie

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des gens qui n’ont pas l’'ntention de tenir leurs promesses, tout ce qu'ils ont l'intention de lui donner pour augmenter son bienêtre et faire justice à ses réclamations. Après le quart d’heure de Rabelais électoral, ils se prévalent d’un triomphe obtenu pe leurs fausses représentations pour réclamer en faveur de eur politique néfaste l'approbation des classes laborieuses, qu'ils négligent ensuite et auxquelles ils ne donnent plus le moindre souvenir.

Les vrais amis de la classe ouvrière ont toujours été dans le passé et sont encore les conservateurs. C’est ce parti qui a inauguré et continué les améliorations successives d’où est sortie la législation actuelle et qui ont promulgué ces idées saines et fructueuses dont elle a pu bénéficier depuis des années.

Chez nos adversaires, en cela comme à peu près en tout le reste, on constate beaucoup de poudre jetée aux yeux, du bruit et de la prétention appuyée sur quelques actes clairsemés dont ils grossissent la valeur et s’attribuent tout le mérite.

Simples copistes, ils se proclament créateurs.

Il a toujours été dans le catéchisme du démagogue de flatter l’ouvrier. Et le libéral ne serait pas complet s’il n’ajoutait au reste de son arsenal de démolition ses méthodes trompeuses et son effronterie sans limites. Quand la flagornerie, servie à hautes doses, a pour résultat naturel et logique de déterminer des demandes pressantes et quelquefois dangereuses à refuser, il procède par demi-mesures, car notre libéral n'aime pas l’ouvrier. Chez lui il y a toujours un fonds de snobisme qui ne s'accorde guère avec l’apparente démocratie dont il s’entoure pour cacher son véritable tempérament de tyranneau et d’oligarque. / Le démagogue prend alors la tangente essaie de se dérober et demande du temps. Puis il arrive de deux choses l’une: ou bien il manque sans honte à la parole donnée, ce qu'il fait aussi souvent qu’il le peut, ou bien dans son intérêt égoïste et par la force même de l'élément qu’il a voulu attirer à lui il est forcé de donner ce qu’il a promis. Alors il entonne son propre hosanna et se tresse des couronnes jusqu’à ce qu'une main vigoureuse lui arrache ses oripeaux et le montre dans sa laideur naturelle. Oh! alors, ce n’est pas joli.

Questions Municipales

Ce n’est que bien légèrement et très indirectement qu’au cours de la récente session, on a touché au sujet de l’autonomie municipale.

Conséquemment, comme nous ne relatons ici que ce qui a fait l’objet de discussions à la Chambre, nous n’y ferons qu’une référence bien courte et bien sommaire.

Toutefois, il est permis de dire qu’à chaque occasion où l’on n’a même qu’effleuré la question d’une consultation populaire, le ministère y a opposé une fin de non recevoir si abrupte et si décidée que l’on peut facilement en déduire son peu de disdisposition à conserver et augmenter les privilèges des municipalités.

En ce qui concerne la cité de Montréal, le cabinet n’est directement intervenu que pour le règlement de la question dite “des tramways”, ce qui lui a donné l’occasion de nommer une grosse commission dont le travail utile est plus que douteux.

Pour ce qui regarde l’administration générale, a ville continuera à glisser tranquillement au fond du gouffre que lui creusent sûrement ses administrateurs.

Montréal et Québec empruntent chaque année pour couvrir des déficits qu'une saine économie pourrait empêcher. La charge des contribuables devient de plus en plus lourde. Le gouvernement n’en a cure. Il autorise Montréal à faire un emprunt de $1,400,000, sans protester mais il repousse le “referendum” sur la question du tramway qu’il dé”'re à une commission nommée pa" ‘est un gros morceau de son autonomie qu’il enlève à la viile

Sur la question üe la prohibition non seulement il fa’t refuser par sa majorité la “onsultation populaire, mais il essaie même d’étouffer la discussitn par une étroite interprétation des règlements dont M. Sauvé ne triomphe qu’avec l’aide du président, M. Galipeault.

Discutant la colonisation, M. Turcotte proposait que la distribution des octrois fût laissée aux municipalités, plus au fait le la nécessité des travaux et des endroits où ils doivent s’exécuter. Le ministre répond qu’il a plus confiance en ses ingénieurs. N'est-ce pas plutôt à la perte possible d’un utile patronage que rêvait M. Mercier en justifiant ainsi son refus ?

Par une loi nouvelle, le ministre de l’agriculture acqui. t

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le droit de mettre les stations d’écrémage sous 1e contrôle de son ministère sans consulter le Conseil de la Société d'Industrie Laitière.

Pourquoi enlever ce contrôle à des gens compétents ?

Lors de l’étude de la législation créant de nouveaux impôts le cabinet a repoussé une proposition de M. Sauvé qui tendait à donner un droit de taxe sur les véhicules moteurs aux municipalités, ce qui leur serait d’un grand secours pour l'entretien de leurs chemins.

Enfin, si ce n’eût été que de l’action du Conseil Législatif le ministère aurait pu glisser dans les statuts, aux dernières heures de la sessivn, une loi relative au régime des eaux dans la province. Cette législation nouvelle constituait un nouvel empiètement sur l’autonomie des municipalités et une mainmise sur toutes les rivières de la province au profit des in lustriels et des spéculateurs.

À cette occasion, M. Sauvé 4 soutenu que nos nombreux pouvoirs d’eau ne devaient pas être réservés uniquement pour la grande industrie mais qu'ils devraient d’abord être utilisés pour donner aux municipalités rurales l’électricité à bon marché et faire servir nos forces hydrauliques à l'intérêt commun.

Le gouvernement Gouin, malheureusement pour les petites gens, a peu d’égards pour l’humble travailleur, Les faibles sont rudement mis de côté. Ce n’est pas chez lui que l’on trouvera une s--mpathie active pour cette grave question d’autonomie municipale. Ce qu’il lui faut : r-dessus tout c’est la centralisation, entre ses mains, de tou. ‘s pouvoirs, amenant après elle le patronage, engin merveill..x de corruption dent la mise en œuvre par des experts, ass. à un gouvernement peu scrupuleux, la continuation d’un pouvoir que ne lui mérite certes pas sa piteuse administration de la chose publique.

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Conclusion

Nous ne prétendons pas avoir fait autre chose qu'effleurer les divers sujets qui ont nécessairement attiré l'attention de nos législateurs, au cours de la dernière session de l’Assemblée.

Notre intention, exprimée dès le commencement de cette revue, n’a été que de rappeler aussi clairement que possible, mais d’une façon forcément succincte, les discussions les plus intéressantes auxquelles l’oposition fut appelée à prendre part.

La méthode suivie par le ministère, de reléguer aux dernières heures la considération de ses plus importantes mesures, n’a pas permis à ses critiques, trop peu nombreux, de toucher à tous les points qui sollicitaient leur examen.

Le retard apporté à la préparation des réponses aux interpellations qu'il a faites, a privé le chef de l'opposition et ses collègues de précieux renseignements auxquels ils avaient droit et qui leur étaient indispensables pour faire une critique raisonnée des actes de leurs adversaires.

Comme nous l’avons vu, cependant, les questions les nlus importantes au point de vue de l'avenir et du progrès de la province, celles de l’agriculture, de la colonisation et de l’immigration, de l'établissement de nouveaux impôts, des intérêts ouvriers et municipaux, ont été l’objet d’études sérieuses, démontrant, sans conteste, l’incurie et la méthode routinière de nos administrateurs.

En toutes occasions, soit aux séances régulières, soit en comité plénier, les actes administratifs du cabinet Gouin ont été passés au crible d’un examen franc ei honnête, dont la haute portée et la justesse ont mis à nu bien des faiblesses et bien des lacunes.

Ce travail fatigant, mais nécessaire, exécuté avec vigueur n’est que l’avant coureur de celui qui se continuera aux sessions prochaines.

Bien d’autres questions seront reprises et touchées plus longuement; de nombreuses explications seront demandées et devront être fournies.

Parmi les diverses branches de l’administration que nous n’avons fait que mentionner au cours de cette étude, signalons la législation, le personnel administratif, l'instruction publique, l'administration de la justice, les travaux publics, la voirie, 1:

terres et forêts, la loi des bons chemins, la perception du revenu, etc.,

Toutes ces divisions du service provincial reçoivent leur pb! portion des sommes mises, chaque année, à la disposition

+ uvernement, par la législature. Le mode de distribution

rule de détail typixues. Une étude approfondie ferait voir le “otre revenu est dépensé dans trop de cas, malheureuse- 1011, avec une prodigalité inouie quand il s'agit d’accumuler du ital politique et dans les autres, avec une mesquinerie nou‘ lable que l'intérêt de la province est seul en jeu. ue la législation, nous aurions pu référer, au long, s 1 du travail de la commission de législation privée et rappel, venir cuisant de l'usage qui en fut fait, il n’y a pa: bien des années, par son président d'alors, pour recevuir un ribut rémunérateur de ceux qui étaient à la recherche de jois nouvelles ou d’amendements aux lois existantes. La question Mousseau, peut, malgré son âge, avoir un regain d'actualité.

L'instruction publique mériterait une étude spéciale. Le rapport de l'inspecteur du comté de Pontiac est intéressant, lorsqu'il traite de l'enseignement bilingue auquel nos adversaires ont paru porter tant d'intérêt, dans une autre province, et qu'ils négligent fermement là où ils ont eux-mêmes la direction et la responsabilité.

Lorsque nous entendions encore l'écho de la plainte du ministre de l’agriculture sur l'exiguité de ses moyens, nous aurions pu faire une plus pénétrante incursion dans les domaines du service administratif et des travaux publics et lui faire voir, à côté de salaires de famine payés aux subalternes et aux oua des exemples de prodigalité et de favoritisme inexcusales.

Nous aurions, de même, pu rappeler au ministre des travauxf publics qu’il lui seyait mal d'inscrire au budget de ses dépenses une somme de près de $80,000 pour Spencer Wood, en une seule année, quand son parti, s'était toujours élevé contre le maintien de cette dispendieuse résidence, de même qu'il protestait naguère contre l'existence du Conseil Législatif, composé, à l'heure présente, presque exclusivement de bons et parfaits libéraux.

En examinant avec soin le détail de la dépense faite à la suite de gros emprunts successifs négociés par le cabinet Gouin

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pe les ‘’bonnes routes”, et la garantie des obligations pour es écoles techniques et des hautes études; pour la réserve des eaux sur les rivières Saint-Maurice et Saint-François et la construction du palais correctionnel de Bordeaux, probablement aurions-nous trouvé, la trace évidente d'une préoccupation plus grande pour l'enrichissement de quelques favoris que pour l'amélioration véritable des différentes sections de la province.

L'administration de nos terres et forêts, l'aliénation de notre domaine public et de nos forces hydrauliques, profondément étudiées, seraient pour notre peuple une salutaire leçon de choses.

Nous croyons cependant en avoir dit assez, pour commencer à déchirer le voile derrière lequel se dissimulent l’hypocrisie, la fausse administration et l’impéritie du cäbinet qui nous dirige.

La colonisation et l'agriculture, les deux forces vivez le notre existence et de notre progrès, sont pour les libéraux : jouets avec lesquels ils s'amusent de façon criminelle,

Quand leur manque de jugement et de prévision fait péricliter l’une et agoniser l’autre, ils ont encore l'audace de s’en servir comme d’une estrade pour y battre le tam-tam de leur partisannerie et pour y rapetasser les lambeaux de leurs oriflammes défraîchies et effiloquées.

Leur ministre de l’agriculture, en face d’une situation menaçante due à la paresse de son esprit et à l’inertie de sa routine administrative, ne trouvera rien de mieux à faire que de parler de désastre quand il n'y a encore rien d’irréparable et de disette de main-d'œuvre, d’après lui cause de tout le mal, quand les statistiques lui démontrent que c’est plutôt l'absence de méthode et le manque d’encouragement et d'éducation agricoles que le manque de bras pour l’exploitation de nos terres, qui mettent un gros point noir à l’horizon.

La situation du pays demande que marchent parallèlement par un commun effort, le recrtement agricole et le recrutement militaire.

Le danger qui nous menace est grand des deux côtés: mais, par une sélection avisée nous pouvons, à la fois, donner les renforts demandés par nos bataillons qui ont traversé les mers pour nous défendre contre le péril commun et conserver

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aussi pour nos champs les mains expérimentées qui y feront croitre la moisson qu’ils peuvent et doivent nous donner.

D'ailleurs le recrutement militaire ne s'exerce pas dans le même milieu que celui de l’agriculture et nombreux sont les hommes qui impropres, par l’âge ou d’autres objections au service militaire, peuvent donner un effort superbe pour maintenir et même élever le niveau de la production agricole.

Mais l'esprit de parti domine absolument notre cabinet; grossir l’apparence du danger, créer un épouvantail pour notre peuple, édifier une responsabilité erronée sur une base vide de tout fondement solide, puis en rejeter le poids sur les adversaires, voilà la manière constante de cette estimable confrérie.

La résolution de la Chambre de Commerce de Montréal, adoptée le 28 mars dernier donne comme une des causes de la rareté de la main-d'œuvre, la désertion des campagnes à raison de la modicité des salaires ou du bénéfice des fils de cultivateurs. Elle attribue la diminution de la production à l'absence d'outillage et de méthodes modernes, à l'insuffisance de connaissances techniques et au manque de facilités d'emprunt, à taux raisonnables, pour l’amélioration et le développement de l'exploitation agricole.

Elle recommande comme remède, l'établissement d’un système de crédit agricole, d’un bureau central de propagande et d’une petite ferme modèle dans chaque comté.

À ces propositions, le ministre répond que les moyens suggérés sont bons quand “il est possible de les organiser et que nous avons les fonds suffisants pour cette fin.”

Cette réponse est absolument dénuée de vérité. Le gouvernement a tout le crédit nécessaire; il peut dévouer à l’agriculture des sommes bien plus considérables que celles qu’il lui donne avec une si grande parcimonie. Nous l’avons amplement démontré dans un précédent chapitre. “

Continuant sa réponse à la résolution de la Chambre de Commerce de Montréal, le ministre provincial de l'Agriculture déclare que toute œuvre de propagande agricole “ne pourra avoir de succès tant que la main-d'œuvre fera défaut entièrement.”

Voici encore une exagération voulue d’un état de choses qui, au moins dans notre province, est loin d’être aussi aigu que le ministre voudrait le faire croire.

Chacun sait que au cours de l’année 1916 le recrutement

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a diminué d’une manière notable par tout le Canada et surtout dans notre province et que son effort s’est surtout affirmé l’année précédente, en 1915.

Or, la différence entre la superficie cultivée dans le Québec pendant les trois années d’avant guerre, c’est-à-dire de 1911 à 1914, accuse une diminution de 5, 375,000 acres en 1911 à 4, 863,850 acres en 1914 soit plus de 500,000 acres, à une époque où on ne parlait nullement de guerre, tandis que de 1914 à 1916

cette diminution n’a été que de 263,650 acres. Ê Si l’on examine maintenant la valeur de la récolte on trouve uue celle de 1911 se chiffrant à $106,248.000 a diminué à $99,- 279,000 en 1914, tandis que, de 1914 à 1916, cette dernière valeur a augmenté à $102,937,300 en 1916, soit près de trois millions.

L'état de choses actuel demande une étude plus approfondie que la considération superficielle que lui a donnée jusqu'ici le ministre.

Malgré que la question de la main-d'œuvre soit d’une grande importance et demande à être traitée avec prudence et habileté, il est faux d’affirmer comme le fait le ministre “que l’on doive assurer à tout cultivateur‘‘ qu’ilne sera pas contraint au service militaire, même dans le cas de conscription et que nous aurons de suite fait un grand pas pour aider l’agriculture”.

Les raisons données par la commission d'agriculture de la Chambre de Commerce de Montréal sont conformes aux faits; elles sont le résultat d’études consciencieuses, et méritaient du ministre une réponse plus honnête. Car en fait, ce que ce dernier affirme c’est qu’il a fait tout son devoir, qu'il est incapable de donner une aide plus efficace à l’agriculture et qu’en somme ce qui aidera le plus à augmenter la production agricole, ce sera l’assurance au cultivateur qu’il ne sera pas astreint au service militaire, même au cas de conscription.

C’est un pauvre certificat que donne M. Caron au ministère qu’il dirige et ce n’est guère flatteur pour le cultivateur.

La lettre du ministre est une pure évasion de sa responsabilité; une subversion des faits et une tentative de rejeter sur le cabinet fédéral, chargé de la question militaire, tout le poids d’une situation qui va s’aggravant depuis plusieurs années, qui existait déjà avant la guerre et que le gouvernement Gouin n’a fait aucun effort pour améliorer.

L'exode des campagnes vers les villes n’est pas d’aujourd’hui ni d'hier; l’augmentation du nombre des consommateurs et

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la diminution de celui des producteurs n’est pas non plus chose nouvelle; elies datent déjà de longtemps. La construction de nos grandes voies de communication, le développement de nos industries, l’augmentation du chiffre de notre immigration, sont toutes des conditions de l’existence d’un pays jeune et encore en période de formation, qui, même en temps normal, demsndent une extension constante de la superficie productrice de même que des méthodes améliorées pour faire face à la demande toujours croissante des citoyens qui consomment et ne produisent pas.

Il faut donc coloniser d’une manière plus intense et plus suivie; ouvrir d’autres terres à la culture; abandonner les méthcdes surannées, encourager par l'intervention sage et bienfaisante de l’état, l’initiative individuelle et donner une popularité nouvelle à la culture de la terre.

C’est une grave erreur de supposer et de vouloir faire croire que la production normale de la terre canadienne, surtout dans notre province, souffre ou souffrira seulement par la diminution de la main-d'œuvre et surtout que cette diminution est due à la crainte de servir.

Dans sa remarquable. étude sur la-‘“‘cherté de la vie”, M. Geo. Pelletier, en analysant les causes du renchérissement des différents produits soit des manufactures, soit de la terre, Studie l'effet de :1 création de l’armée canadienne sur la main-d'œuvre du pays.

Le recrutement absorba graduellement les milliers d'hommes libérés par l’achèvement de nos chemins de fer et l’armée des sans travail de toutes classes dont le chômage était dû à l'arrêt de l’industrie causé ici et aux Etats Unis par la guerre. Les commandes de munitions permirent aussi de reprendre les ouvrie's que l’on avait licenciés au début et bientôt il y eut absorption graduelle puis complète des gens sans emploi.

Ceux qui connaissent un tant soit peu les populations de nos campagnes, savent bien que l’enrôlement n’y a en aucune façon diruinué la population agricole et que c’est surtout dans les villes que le recrutement a eu le plus de succès.

Vers la fin de juin 1916, on pouvait constater, d'après un renseignement officiel donné par un officier recruteur de Toronto que sur un total, pour tout le Canada, de 262,205 enrôlés, seulement 14,200 étaient des recrues rurales. Tous les autres ‘habitaient les villes.

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Il est bien oiseux de supposer qu’une promesse d’exemption de tout service militaire aurait un effet quelconque sur la maind'œuvre agricole dans nos campagnes.

Nous sommes maintenant à l'ouverture du printemps. La saison des semailles va bientôt commencer. Il n’est aucunement question de conscription. Les agriculteurs sont restés au pays. Nous avons à faire face à notre consommation intérieure accrue d’une demande toujours croissante venant de l'extérieur à des prix qui encouragent l'exportation et accroissent le coût de la

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Il ne faut pas seulement produire autant, il faut produire plus, beaucoup plus et à cela il est nécessaire que M. le ministre de l’Agriculture donne son concours le plus absolu. Sa responsabilité est grande.

S'il se repose et attend de voir l’effet de l’enrôlement sur la main-d'œuvre, s’il escompte le résultat d’une promesse d’exemption du service militaire dont l'obligation n'existe pas et ne se produira pas, pour améliorer la situation, il court bien risque de voir passer la semaille et la récolte. Il manquera encore plus à son devoir et sera coupable non seulement de parse étroite et dangereuse, mais de négligence quasi-crimi- 5 nelle.

Il faut agir et de suite. Il connait ou doit connaître les moyens. Ils lui ont été suggérés au cours de la session et depuis. S'il ne sait que faire, qu’il cède la place à un autre mieux disposé ou plus renseigné.

Nous avons insisté sur ce point car il est d'importance capitale. Il ne faut pas leurrer l'opinion publique, surtout sur une question aussi sérieuse.

Malheureusement, nous voyons dans la politique toujours suivie par le ministère, cette idée fondamentale d'essayer de rejeter la responsabilité sur d’autres épaules. C’est la résultante de sa tactique habituelle et de son mode désastreux de gouvernement.

On s’en rend facilement compte lorsque l’on examine les autres branches de l’administration et si l’on consulte les rapports officiels et les statistiques. On se demande alors quel droit un tel cabinet peut avoir à la confiance du peuple de notre province.

Mais ses clameurs assourdissantes, sa démocratie de mauvais

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