CHAPITRE X
Questions Ouvrières et Municipales
Lorsque le 4 décembre, au cours de la discussion sur l’agriculture et sur la cherté de la vie, le chef de l'opposition proposa une réunion du Comité de l’Agriculture pour connaître l'avis des représentants du commerce et de l’industrie nous avons dit que le ministre, rétif devant une initiative de son adverxsire, refusa d’abord pour ensuite revenir le lendemain sur son opposition de la veille.
La réunion eut lieu le 13 décembre.
L'espoir qu'avait manifesté M. Sauvé que l’enquête serait complète et ne passerait pas par-dessus la tête de la classe ouvrière de Québec, ne fut pas réalisé.
Cette classe de consommateurs, la plus nombreuse et la plus affectée par l'extraordinaire augmentation du prix des denrées, méritait pourtant d’être entendue sur un pareil sujet. Mais l’indifférence notoire du cabinet Gouin pour toutes ces questions qui demandent une attention soutenue et une étude approfondie ne lui permit pas de songer aux droits de la classe laborieuse. L'égoïsme et le mépris des humbles, hors la période électorale, sont les pivots de sa conduite.
Les ouvriers organisés de Québec ont certainement eu raison de se plaindre, comme ils l'ont fait, de ce manque d’égards de nos grands seigneurs et cette circonstance particulière a démontré, une fois de plus, à quel point les libéraux peuvent oublier, à la fois, les règles les plus élémentaires de la justice et de la bienséance.
A peu près vers la même date, lors de l’examen du budget des Travaux Publics, M. Sauvé attira l'attention de la Chambre sur l’exiguité des salaires payés aux ouvriers à l'emploi du gouvernement. Il en profita pour traiter de la question ouvrière à son point de vue le plus élevé. Il représenta ce problème
économique comme un des plus difficiles et des plus délicats, trop souvent exploité par la démagogie libérale, sans égard pour la hauteur et la dignité de la question.
Il démontra combien elle tient “au bonheur du foyer, à l’ordre de la société, à la sécurité de nos institntions et au progrès du pays et jusqu’à quel point elle requiert d’être traitée avec franchise, respect et reconnaissance et non avec les flagorneries du démagogue.
Au point de vue des chiffres, M. Sauvé s’est enquis du ministre s’il croyait être juste en payant, notamment: $1.9214 par jour aux menuisiers, $2.20 aux maçons, $1.65 aux gardiens, jardiniers et portiers et 824.75 par quinzaine aux charretiers.” Voici un gouvernement ‘“‘a-t-il dit,” qui se dit le père de l’ouvrier, se proclame démocrate et ami du peuple et donne à ceux qu’il emploie, des salaires de famine que n’oseraient offrir ni les industriels ni les cultivateurs.”
À toutes ces critiques, qu'a trouvé à répondre le ministre du Travail? ‘‘Les ouvriers, juges en la matière, dit-il, ont parlé aux dernières élections.” Nul commentaire n’est requis pour montrer la parfaite ânerie d’une semblable justification. Le ministre, d’ailleurs, est coutumier de ces répliques qui ne font qu’éluder la question et fournir un moyen de l’éviter.
Mais plus grave encore a été l'attitude du premier ministre qui n’a pas jugé au-dessous de lui d'affirmer que si d’un côté son parti avait toujours été l’ami et le protecteur du prolétaire, les conservateurs avaient toujours ignoré l’ouvrier.
Avec le chef de l'opposition donnons à M. Gouin une petite leçon d’histoire. Il est encore assez jeune pour apprendre. Il pourra du moins en garder le souvenir si l’on ne peut espérer qu’il y conforme ses actes et ses paroles.
D'accord avec les faits, nous établirons que depuis les origines de la province en 1867, jusqu’à 1897, les cabinets conservateurs ont été les véritables pionniers de la législation dont les classes ouvrières ont pu bénéficier depuis des années. Une courte énumération donnera la preuve sans conteste du bien fondé de cet avancé.
En 1869, sous l’administration Chauveau, est passée une loi, (32 Vic. Chap. 17) au sujet des écoles industrielles. C’est le premier pas. En 1870, le même cabinet met aux statuts la loi 33 (Vic. Chap. 20) pour protéger le maître et le serviteur.
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