CONCLUSION
Je croyais toucher à ma fin, et je suis encore envie, et près de moi dans le vallon j'entends les bêlements de l'agneau. Qu'il était triste! je m'en souviens, le premier jour de l'année! Je comptais mourir avant de voir les perce-neige et voici les violettes.
Ah ! douce est la nouvelle violette, plus douce encore la voix de l'agneau, pour moi qui ne peux me lever. Doux est l'aspect de la campagne, la vue des fleurs écloses. Plus douce la mort que la vie, pour moi qui aspire à m'en aller.
Ne plus voir le beau soleil! D'abord cela m'a semblé bien dur. A présent, il me semble dur de rester en ce monde. Que la volonté du Seigenur soit faite! Mais je crois que bientôt je serai délivrée, car le prêtre, cet excellent homme, m'a dit des paroles de paix. Bénie soit sa voix consolante! Bénis soient ses cheveux blancs! Que toute sa vie soit bénie jusqu'au jour où nous nous retrouverons dans une autre région.
Béni soit son cœur compatissant et sa tête blanche! Je l'ai béni mille fois quand il s'est agenouillé devant mon lit. En me signalant le mal, il m'a fait voir la miséricorde. Maintenant, quoique ma lampe ait été si tard allumée, il viendra, Celui qui doit me conduire.
Maintenant, si cela se pouvait, je ne désirerais pas renaître à la vie. Je désire m'en aller vers Celui qui est mort pour moi. Je n'ai point entendu le chien hurler, ni l'araignée de la mort frapper sur le mur. Entre la nuit et le matin, j'ai eu un autre présage.
Donnez-moi votre main, mère. Asseyez-vous de ce côté, Effie de l'autre, et je vous dirai mon présage.
Dans une orageuse matinée du mois de mars, j'ai entendu la voix des anges. La lune venait de disparaître, le ciel était noir, le vent sifflait et les arbres gémissaient. Dans cette orageuse matinée de mars, les anges appelaient mon âme.
J'étais parfaitement éveillée et je pensais à vous et à Effie. Je vous voyais assises toutes deux à notre foyer, et moi, je ne devais plus y être. Ardemment je priai pour vous et je me sentis résignée et, dans la vallée, le souffle du vent devint une musique.
Je croyais rêver. J'écoutais dans mon lit. Et je ne sais quelle voix me parlait, ni ce qu'elle disait. Toute mon âme tressaillit, inondée d'une grande joie, et de nouveau le vent répandait des sons harmonieux dans la vallée.
Vous dormiez alors et je me dis : Si cela n'est point pour ma mère et ma sœur, c'est pour moi, et si cela revient trois fois, c'est un signe assuré, et de nouveau la musique aérienne retentit jusqu'à nos fenêtres. Alors il m'a semblé que, morte, je m'en allais au ciel, au milieu des étoiles.
Ainsi je crois que mon heure approche. Je sais que cette musique venait du chemin par où mon âme doit passer. Pour moi, je ne m'inquiète pas si je m'en vais aujourd'hui. Mais quand je ne serai plus, vous prendrez soin d'Eftie.
Et vous direz à Robin une bonne parole. Vous l'engagerez à ne pas s'affliger. Il trouvera une autre jeune fille meilleure que moi. Si j'avais vécu, peut-être serai s-je devenue sa femme. Mais je n'ai plus le désir de vivre et tout est fini.
Voyez : le soleil commence à s'élever, et le ciel est radieux. Le soleil brille sur les vastes
campagnes et sur tous ceux que je connais. Je n'errerai plus dans les champs qu'il éclaire. Les fleurs de la prairie naîtront pour d'autres mains que les miennes.
Etrange et douce pensée ! Avant la fin de ce jour, la voix qui maintenant vous parle sera par delà le soleil, à jamais, à jamais avec les âmes justes et fidèles. Qu'est-ce que la vie? Pourquoi y attacher tant d'importance? Pourquoi la regretter?
A jamais, à jamais dans la demeure bénite, où bientôt je vous attendrai, vous et la petite Effie, où comme à présent je suis sur votre sein, je serai dans la lumière de Dieu, où l'on n'est plus troublé par les méchants, où de ses fatigues on paix on se repose.