FRANCE JAPON MOTIFS PRÉSUMÉS MRS SUICIDES
Pour 100 des suicidés
Revers de fortune, misère, elc 18 14
Dissensions domestiques 12 3
Jalousie, amour 8 6
Ivresse, abus d'alcool 14 B
Remords, crainte de jugement 3 •>
Souffrances physiques 21 i5
Aliénation mentale 17 4l)
Aufres motifs ou motif inconnu .... 7 10
Os ehiffres-là nous mèneraient à conclure que presque la moi-
E. Tarnowski. — LE SUICIDE KT LA CRIMINALITÉ AU JAPON 815
tié des suicides au Japon doit être attribuée aux maladies mentales ou à la folie, tandis qu'en France 17 pour 100 des suicides sont commis dans un accès de folie. C'est une disproportion invraisemblable et qui ne s'explique que par les défauts d'enregistrement. Autrefois, en Europe, presque tous les suicides étaient présumés fous ou aliénés pour des motifs religieux, juridiques et autres. En France même, il y a vingt-cinq ans, la proportion des fous parmi les suicidés était censée d'être 3i pour 100 : elle est descendue à 17 pour 100 à présent, parce que les causes qui faisaient attribuer le suicide à la folie, par crainte de quelques suites préjudiciables à la postérité ou à la mémoire du défunt, ont perdu leur importance. Puis les suicides des aliénés des hospices sont devenus bien plus rares à la suite d'une inspection plus vigilante et humanitaire. On peut donc présumer que le trop grand chiffre des suicidés aliénés au Japon n'est qu'une erreur, qui disparaîtra à l'avenir. Il paraît aussi que les suicides des alcooliques, qui ne sont pas montrés séparément, entrent dans le nombre des suicides des aliénés. Le nombre des alcooliques ne doit pas être bien élevé au Japon, mais on ne peut pas admettre, si l'on ne se tient qu'aux chiffres du tableau précédent, que l'alcoolisme n'y est pas une des causes influentes de la mort volontaire.
En nous bornant parle précédent paragraphe à ce qui concerne le suicide au Japon, jetons un coup d'œil rapide sur sa criminalité. Ici encore, nos conclusions doivent être d'une circonspection extrême. Nos statistiques européennes donnent lieu à tant de malentendus, d'interprétations fausses ou inexactes, à plus forte raison on doit se garder de présomptions hasardées sur les chiffres d'un pays relativement peu connu. Mais, quoi qu'il en soit, la curiosité nous force d'examiner les chiffres de la criminalité japonaise; quels que soient nos risques d'en être induit en erreur, il en sortira toujours quelque chose de vrai. Il faut mentionner en passant que le code pénal et la procédure des affaires criminelles ont été élaborés au Japon d'après le modèle français avec le concours d'un juriste français 1 Boissonnade). L'inamovibilité des juges et la publicité des jugements sont officiellement reconnues
dans l'empire du Soleil Levant ; mais le jury n'est pas admis. Toutefois, l'organisation judiciaire, les tribunaux, le parquet, l'instruction rappellent le système français. Il y a i cour de cassation à Tokio, 7 cours d'appel dans les villes principales de l'empire et 49 tribunaux de première instance, à part !iio tribunaux de paix. L'ile de Taïwan (Formose) a 9 tribunaux d'organisation différente (sans justice de paix). La similitude de l'organisation judiciaire nous permettra plus loin de comparer les chiffres relatifs à la criminalité de la France et du Japon. Une question principale se dresse tout d'abord : la criminalité augmente- t-elle ou décroît-elle au Japon? C'est une question qui n'est pas si facile à résoudre, comme elle ne l'est pas même pour les pays européens les plus avancés où la statistique judiciaire est depuis longtemps organisée. Pour le Japon, nous n'avons pas sous la main des chiffres antérieurs à 189a et à 189.5 (pour l'ensemble des poursuivis en justice). Examinons d'abord le nombre total des accusés pour crimes, délits et contraventions pour la période 1895-1905 en y comptant les accusés par défaut1.