oo
66.880 67 . 382 69.188 58 . ni'( 55 . 201 58 . 3oo 56. 766 /1o.o37 38.659 37.43o 36. 393 \ 0.966
Ce tableau nous montre une réduction encore plus grande des délits communs que des crimes graves. La diminution a été également sensible pour presque tous les délits intéressant l'ordre public . Même si nous prenons comme terme de comparaison les années 1892 et iyo3,en omettant les années de guerre avec la Russie, nous voyons une diminution appréciable des coups et blessures, des vols simples et avec effraction (ceux-ci sont devenus deux fois moins nombreux . sans parler des jeux, de hasard, dont la gravité morale n'a pas d'importance. Les coups et blessures sont en général peu nombreux au Japon et leur nombre décroît rapidement, fait contraire à ce que nous apprennent les statistiques criminelles de la France, de l'Allemagne et de la Russie. Il 11 y a que l'Angleterre où les vols et les coups diminuent simultanément comme au Japon, encore cette diminution est moins marquée en Angleterre. Gomme traits caractéristiques
des mœurs japonaises, il faut noter encore le faible nombre des propos injurieux contre le Mikado (délit de lèse-majesté) : en six années (1898-1903), il n'y a eu que 7 accusés de ce délit. Dans les états monarchiques de l'Europe, c'est par centaines que l'on doit compter les prévenus de lèse-majesté chaque année. Sans parler de la Russie où ce crime était fréquent avant la crise de 1904- 1905 et l'est devenu bien plus après en Allemagne, en une seule année (1902) il y a eu 274 accusés de lèse-majesté envers l'Empereur et les autres princes de l'Empire.
Ce fait, que la criminalité commune (sans les contraventions), n'augmente pas et même diminue au Japon, attire notre attention et ne manque pas de faire la meilleure impression sur tout investigateur impartial. En réalité, nous pouvions nous attendre à bon droit à un tout autre résultat, en prenant en considération la profonde crise morale que traverse le Japon moderne. C'est un fait bien établi d'après les expériences européennes que tout changement brusque d'institutions, de mœurs, de conditions matérielles, toute crise sociale ou politique produit invariablement un bouleversement profond et varié de la morale d'un peuple, bouleversement qui se traduit, entre autres faits, aussi en une recrudescence de la criminalité, renforcée dans son courant par tous les déclassés, les inadaptés, les malchanceux de toute condition, déracinés par le remue-ménage général. Or, ce fait de disharmonie sociale, amenée par le changement des assises de la vie sociale, est singulièrement atténué au Japon, bien que ce changement y soit plus rapide et plus effectif que celui des réformes de Pierre Ier en Russie ou même de la Révolution française. Nous n'allons pas nous hasarder à en trouver une explication satisfaisante, nous nous bornons à constater le fait et à le signaler aux sociologues.
Il nous reste à présenter quelques chiffres sur les conditions individuelles des accusés. La répartition des sexes des condamnés est différente au Japon de celle de la plupart des pays européens. En France, les femmes sont au nombre de i/\ pour 100 accusés et prévenus ; en Allemagne, 20 : en Angleterre même,
Ë. farnowski. LE SUICIDE KT LA CRIMINALITÉ Al JAPON 821
2a et plus. Au Japon, il n'y a que 8 femmes pour ioo accusés (crimes et délits), et les hommes sont au nombre de 0,2 pour 100. Cette faible criminalité féminine n'est pas exclusivement propre au Japon, elle est caractéristique pour presque toute l'Asie, surtout pour les régions mahométanes. La Russie d'Europe compte 10 à 10 pour 100 des femmes parmi les accusés, mais dans la Russie d'Asie la proportion des femmes descend à «S et 5 pour 100, au-dessous du niveau japonais.
L âge des accusés au Japon ne présente pas des particularités spéciales: les chiffres japonais reproduisent la répartition des accusés par âge dans n'importe quel pays européen, avec de légères modifications. L'âge des accusés est presque le même pour les prévenus de délits comme pour les graves criminels.
AGE des condamnés (igoS-igoo) Crimes Délits
.Moins de ao ans i3 (i/o 1400
4o-5o — iH ir>
60 ans et au-dessus 3 ■>
Totai îoo o o 100 0/0
La proportion des mineurs (jusqu'à 20 ans) est moindre au Japon qu'en France et en Allemagne (de même qu'en Russie), mais les autres âges n'offrent pas de dissemblances sensibles. Le nombre relatif des condamnés ayant passé la quarantaine est presque le même en France, en Russie et au Japon.
Les renseignements sur l'instruction, la profession, etc., des accusés ne sont relevés que pour les crimes graves. L'état civil des condamnés pour les années 1908-1905 se fait voir dans les chiffres suivants : pour 100 condamnés. 46 étaient célibataires, .*>2 mariés et 2 veufs ou divorcés. La proportion des mariés est plus forte que dans la plupart des pays européens et n'est surpassée que par le chiffre russe (56 pour 100) Les veufs et les divorcés au contraire sont faiblement représentés parmi les criminels, bien moins qu'en France (6 pour 100) et même en Russie (4 pour 100). Mais comme ces institutions matrimoniales et 1 organisation de la famille au Japon diffèrent sensiblement de celles de l'Europe, il n'y a pas lieu d'insister sur ces dissemblances.
L'instruction des condamnés (crimes graves) est moins élevée qu'en France, mais supérieure à celle des condamnés russes. Sur ioo condamnés au Japon en ioo3-i9o5, ont reçu quelque instruction ou savent lire et écrire, 65; en France, 86 et en Russie, 45 seulement. Nous ignorons, d'ailleurs, si les accusés japonais ignorant l'alphabet chinois, mais se servant de l'alphabet japonais (katakana ou hiragana) ont été compris au nombre des illettrés ou des sachant lire et écrire. La différence pourrait être considérable, mais les sources japonaises ne nous l'apprennent pas,
Par leur profession, les accusés criminels se répartissent comme suit :