‹ A la mémoire de Alphonse LusignanChapitre 16 sur 22 · MA PREMIERE CAUSE · texte numérisé non relu

MA PREMIERE CAUSE

bien par avance quelque remords de le ravir au glaive de la justice ; mais ce scrupule devait-il aller jusqu'à nous faire perdre notre première cause ?

— Nous le sauverons ! s'écria mon collègue.

— Nous le sauverons ! répondis-je en chœur. Nous attendions avec hâte le jour du procès.

Le grand jury tardait bien, au gré de nos désirs, à f lire son rapport. Enfin il le fit. Nous étions en Cour, mon collègue et moi, pour demander à ce que le procès fût fixé le plus tôt possible.

La preuve contre notre client était si peu concluante, son innocence apparut avec tant d'éclat aux yeux du grand jury, qu'il fut renvoyé immédiatement des fins de la plainte.

Le geôlier lui fit même des excuses de l'avoir retenu si longtemps en prison, et lui en ouvrit les portes à deux battants.

Le coup qui brisait les chaînes de l'accusé fut rude pour ses défenseurs, dont cet acquittement prématuré étoufiait l'éloquence. Mon collègue surtout, qui ne devait pas parler, mais qui maintenant regrettait l'occasion perdue, mon collègue était consterné.

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— ^ Nous l'aurions sauvé ! me dit-il en sortant du tribunal.

— En es-tu bien sûr ? lui dis-je. Quant à moi, j'estime qu'il a agi prudemment en se faisant acquitter par le grand jury. Il se serait peut-être noyé avec nous.

Cet incident décida de ma vocation. Il n'y avait pas à en douter, je ne savais pas distinguer un innocent d'un coupable. Le flair juridique me manquait. Sur l'heure, je donnai ma robe à un pauvre garçon qui venait de se faire admettre au barreau, faute de mieux, et qui, depuis, est sournoisement passé huissier dans un autre district.

Voilà pourquoi, moi, de mon côté, d'avocat je suis devenu chroniqueur pour vous servir.

Hector Fabre.

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