G A LA MER
à la vie que je rêvais; mais les conseils de mon père, les supplications de ma mère furent complètement inutiles; je dirai plus, et je l’avoue à ma honte, ils produisirent un effet diamétralement contraire à celui qu’ils en attendaient : loin d’éteindre en moi cette passion du vagabondage qui me poussait à courir le monde, ils me firent chercher avec plus d’ardeur que jamais tous les moyen possibles d’arriver à mon but. Il en est souvent ainsi chez les natures obstinées, et l’entêtement, quand j’étais jeune, constituait mon principal défaut. L’amour du fruit défendu est, il est vrai, commun parmi les hommes, et peut-être, en ne rêvant qu’à l’objet qui m’était interdit, ressemblais-je à beaucoup d’autres. Toujours est-il qu’en dépit des remontrances de mon père et des efforts qu’il faisait pour me détourner de la marine, toutes mes pensées, toutes mes aspirations étaient dirigées vers l’Océan. Mais personne n’eut jamais autant . de motifs que moi de regretter d’avoir désobéi à ses parents: je ne tardai pas à me repentir et à songer avec amertune au chagrin que j’avais causé à tous ceux qui m’aimaient.
Il me serait impossible de me rappeler comment cette passion m’était venue; je la retrouve, dans ma mémoire, unie à mes premiers souvenirs, et comme antérieure à tous les faits qui reviennent à mon esprit. Je suis né au bord de la mer ; tout