SCENE III
F j^TJXj (entrant sans faire attention à Mme de ^f auves j
Leur cœur est malade au réveil. . .
Ils ont tous deux la bouche amère !.". .
Tra deri... dera! la... la !... Affez de muficomanie! J'infulte la Nature, Pauftère Nature, je profane le myftérieux silence des bois par mes trémolos exagérés... Qu'efl-ce que cela fait à la Nature, je le demande, que les amoureux se grifent de la liqueur de feu que verfent les regards des femmes qu'ils aiment, & que les buveurs s'enivrent de rayons de soleil en bouteille?... Peuh ! Elle a bien autre chofe à faire, la Nature ! Et moi aufli... Adieu mufique! Salut à toi, peinture!...
(Paal s'assied sur un tertre, le dos tourn } à Mme de Maaves, mstalle sa boite à couleurs devant lui, et commence une esquisse.)
Par un beau matin d'été. 269
Ce n'eft point un commis-voyageur... c'eft unartifte... Il a l'air d'être ici comme chez luij & ne daigne pas s'apercevoir...
pj^TJXj (chantonnant)
Etre ivrogne ou bien amoureux, Après tout c'est la même ivresse. . .
L'un boit l'amour, vin capiteux, L'autre le vin, chaude caresse !. . .
Joli petit motif que j'ai choifi là!... II s'arrange à merveille... Quel calme il vous tombe de ces grands arbres qui reffemblent à des arceaux de cathédrale!... Le Guafpre serait heureux s'il était à ma place... Mais je ne suis pas Le Guafpre. . . & je ne suis pas heureux ! (n soupire) Allons ! bon ! voilà mon cœur qui se met à ronfler!... Quelle invention abfurde, le cœur ! . . . C'efl moi qui me serais
bien paffé de cela ! . . . (n chaalonne de nouveau)
L'oubli leur vient à tous les deux Noyés en des flots de tendresse :
Au même titre ils sont heureux. . .
La bouteille vaut la maîtresse !
Incorrigible! Pourquoi troubles-tu le silence solennel de ce bois charmant ? Ne sais-tu pas
26o Par tin b3au matin d'été.
que tu peux réveiller les plaintives syl vaincs qui peuplent ce myftérieux bocage ?. . . (H chaaie,
L'un boitramour, vin capiteux, L'autre le vin, chaude caresse !. . .
Allons, bon! je recommence... Tiens, attrape ! (lUe tape sur lesdogts.) Aïe ! aïe ! tu m'as fait mal...
Il eft original... Décidément il a trop Tair d'être ici comme chez lui... Mais c'eft qu'en effet il eft chez lui tout autant & plus que moi-même... Ceft son terrain, c'eft sa place... & cela me fait souvenir que ce n'eft pas la mienne...
(Elle fait un pas comme pour s'en aller.
Paul se retourne.)
Tiens ! Quand je difais que j'allais effaroucher une belle hamadryade... (oaïamment) Raviffante sylvaine, veux -tu la moitié de mon cœur ? La moitié seulement : c'eft tout ce qui me refte, l'autre moitié ayant été dévorée par un animal féroce répondant au nom italien de Fragoletta.. petite fraife — parce qu'elle les
adorait au kirsch... (changeant de ton ; respestueuse-
Par un beau matin d'été. 26 1
ment:) Madame... je suis confus... Croyez à mes regrets. . . à mon repentir. . .
i»<Œme I3B i>,ff.A.XT-VBS (souriant)
Je vous pardonne volontiers, Monfieur...
Votre erreur était on ne peut plus flatteufe pour moi... Et je me féliciterai toujours d'avoir pu paffer, même pendant une minute, aux yeux d'un homme de goût, pour une nymphe... bocagère... Adieu, Monfieur!...
Ah! Madame! un inftant... de grâce!...
Je me suis préfenté à vous d'une façon ridicule, inconvenante surtout, & je m'en voudrais éternellement, Madame, de ne pas emporter avec moi le bonheur d'avoir été pardonné...
mais pardonné sérieufement... sincèrement !
Sérieufement, sincèrement, je vous ai pardonné, Monfieur... Je crois qu'il serait maintenant d'une convenance douteufe que vous infifl:afliez davantage pour me faire voir une injure où je n'ai vu qu'une méprife fort excufable... d'autant plus excufable, je vous le répète, qu'elle eft exceflivement flatteufe... Ainfi Monfieur...
xfe Par un beau matin d'étL
CMi ! par pitié ! Madame, ne tous en allez pas ainfi !... Votre indulgence eft trop difficile à supporter... elle eft trc^ mêlœ d'ironie... Quoique vous Êd&ez & difiez. Madame, je sens bien là que mes torts sont d^une nature inqualifiable & j'afpire à les efiEsicer. . .
AC1M :ds i>dLA .u vas (Croidem^t}
Vraiment, Monûeur, je ne vous comprends plus, & votre infiftance a lieu de me choquer. . . Pour efecer un tort, bien imaginaire, vous en commettez un plus grave... celui de retenir en quelque sorte prifonnière une femme qui...
P.A.X7XJ (s^clinant, respectaeox)
Madame...
Adieu, encore une fois, adieu, Monfieur !