‹ A la porte du paradis [microforme]Chapitre 1 sur 2 · PARADIS · texte numérisé non relu

PARADIS

Jucements de Mer saint Pierre sur fe es de quelques appelés se présoi tant pour être DIE

QUEBEC IGPRIMERIE DE LEGER Brotssha:

Due Burcts. 41

A ODA SRE EU E'AISAADES

: ON d

"Le Pas fai comparaitre devant sant Pierre un certain nombre de spécimens de l'homme tel qu'il est ordinairement dans les régions et dans les catégories où Dieu Fa placé sur cette terre. Les individus qni de.

Hilent après leur mort devant le vigilant gardien du paradis viennent répondre de fleur:

actions. Ils se d''ndent avec chaleur et hxbileté, mais saint Pierre ne leur cède en rien : il les écoute patiemment, attendant qu'ils se découvrent : il leint de tomber d'accord avec eux et Les pousse à faire valoir ieurs mérites jusqu'à ce qu'il juge le moment venu de le, arréter par une réponse soudaine, imprévus et irréfutable, Puis les prévenus se courbant eux-mêmes sous la loi dontils recon.

naiss ntla justice, vont au châtiment oui la récompense. “ous la forme légère, forme qui est toujours de la meilleure sittératuire, que M, le Pas a adoptée (et avec raison, €rnvons nous), On trouve plus d'une chose #e.

rieuse et méme très-sérieuse.

Le riche évoiste, l'homme publie ambitieux. l'homme iniluent sui oublie ses de:

voirs, Ja dane qui fait la charité par oston: tation, et aussi le prèétre, sinon coupable au inoins titde, ont avec saint Pierre des dis:

eu-sions intéressantes etinstructives dont la morale sort d'elle-mème : il n'est pas jusqu'à la fausse dévotion quine paraisse avec son assurance ordinaire et ne soit reçue comme elle mérite de l'être. Nous tenons à louer le bon sens véritablement exquis dont est formée chaque réponse que l'auteur met dans l1 bouche de saint Pierre. C'est à peine si, parmi les vingtcinq chapitres dont se com.

pose ce voluine, nous avons eu à noter une ou deux idées développées jusqu'où l’exagération commence, quelques phases un peu emporttes et quelques expressions trop har.

(iles,

Avouons qu'en signulant ces petites taches, auusjie sonnnes pas faché d'avoir à dire «velles disparaissent à peu près au milieu de mille traits d'esprit incisifs et charmants.

Louis VEUILLOT

one quoi ai ciel Consime sta Hat terre les riches sonfies plus fôtés.

Ils avaient vécu ensemble une vie de misere, de chaorins et d'humiliations, et lorsque, à bout de forces, l'homme s'étendit sur son pauvre orabat pour ne plus se relever, la femme, à qui venait à inanquer son dernier appui, ne se sentant plus capable de poursuivre seule sa route, s'était à son tour couchée auprès de son vieux compagnon. Ainsi ils s'étaient ensemble endormis du dernier sommeil ; ensemble ils s'étaient reveillés sur le chemin de l’autre monde:

ense nble ils avaient comparu devant le tribunal de Dieu : ensemble ls en sortaient absous, portant à saint Pierre l’ordre du Maitre de leur ouvrir la porte du paradis, et l'on peut s'iimaginer s'ils étaient contents.

Mais, commeils se sentaient en-

core un peu faibles, à li suite des erandes privations qu'ils avaient subies pendant leur séjour en ce bas monde: un peu fatigués du lone irajet qu'il leur avait fallu faire pour monter de la terre jusqu'au ciel ; un peu émus de l'impression qu'ils avaient éprouvée au Jugement, et que, d'ailleurs, ils trouvaient fort de leur œout la belle et riche avenue qui conduisait du tribunal de Dieu au paradis, ils ne se pressatent pas beartcoup (surs qu'ils étaient de leur af:

jaire), pour v arriver plus tôt. Le front riant. le sourire aux levres, aspirant à pleins poumons le bon air du ciel, et jetant autour d'eux des regards ravis, 1ls s'avancçalent, appuvés doucement l'un sur l'autre. ef, tout en marchant, 11s causaient.

—Hh ‘bien, femme, disait l'homme, qu'est-ce que Je t'avais toujours dit © Et comment trouves-tu l’aceneil que nous à fait le bon Diou :

— Ah ! mon homme, répondit-clle, cest vrai que {u avais raison, et que Je bon Dieu nous a bien reçus ! Mais qui l'aurait jamais pensé ? Qui se seralt imagine que nous, plus mnisé-

rables sur Ja terre que des chiens, qu'on regardait avec mépris et qu'on fuvait comme Ja peste, nous serions aceueillis avec de tels honneurs, maloré nos habits tombant en loques ei nos souliers sans semelles.

—C'est qu'au ciel, vois-tu, dti l'homme, Les choses, comme je te lai répété cent fois, vont autrement que sur la terre, Et cependant, malgré cela, j'étais quelque peu gèné de ce que, par les trous de mon habit, l'on pouvait voir que j'étais sans chemise.

Et toi-mûme, ma pauvre vieille, c'était bien inutilement que tu faisais de ton mieux pour paraitre avec avantiœe devant les saints et les saintes qui entouraient Ile trone de Dieu. Ifeureusement personne n'a parn choqué de voir tes jambes.

—-Bien au contraire, repartit a femme. As-tu remarqué, mon homme, comme le grand saint Joseph m'a saluée poliment ?

— it toi donc femme, dit l'homme, as-tu vu comme la bonne sainte Vierge m'a sourl ?

— 1 les anges, qui nous regar-

ES

daient comme si nous étions de grands personnages |

—Et le bon Dieu, qui nous a dit :

# Soyez les bienvenus, mes chers enfants ! ??

—ÂAh ! mon homme, dit la femme, si les riches, qui nous méprisaient tant jadis, nous voyaient ainsi reçus, quelle drôle de mine ils feraient, et que je voudrais la voir !

—-Elle serait longue, bien sûr, dit l'homme, car enfin, ils ne peuvent s'attendre à être traités ici comme nous.

—Non, certainement, dit la femme, il ne manquerait plus que cela !

Chacun son tour, ce n’est que juste.

—Et cependant, ma femme, dit l’homme, combien de fois n’as-tu pas murmuré, en nous voyant condamnés à souffrir, lorsque tant d’autres jouissalent. ‘‘ Ils ont de belles maisons, disais-tu, et de beaux habits, et une bonne table, et un bon lit, et des serviteurs, et des servantes, et tout ce qu'ils peuvent désirer. Pourquoi n’avons-nous pas notre part de tous ces biens ? Qu’avons nous fait

nd

au bon Dieu ? ” Tu t'en souviens, n'est-ce pas, femme ?

—Mon homme, dit-elle, à quoi bon rappeler cela ?

—C'est pour te rappeler, ditil, ce que je te répondais alors, que le bon Dieu est un bon pére ; qu'il tient une juste balance entre ses enfants,et que ceux quin'ont pas eu leur part de bonheur sur la terre, s'ils n’ont pas mérité de la perdre,l’auront sûrement -dans le ciel. Mais tu ne voulais pas m'écouter, femme; tu semblais ne pas croire à la justice de Dieu.

—Tais-toi donc, mon homme, ditelle ; si le bon Dieu allait t’entendre!

—N'aie pas peur, femme; le bon Dieu est bien trop bon pour te punir de cela maintenant. Tu as eu ta puñition sur la terre, en y souffrant davantage, comme tous les gens peu résiynés. Car tu n'étais pas résignée ; avouc-le, femme, tu ne l’étais pas. Tu n'étais pas même toujours juste. Combien de fois ne m'as-tu pas fait des reproches que je ne méritais point ? ‘‘ Si tu avais fait ceci ou cela, disaïis-tu, nous n’en serions pas

ne

où nous en sommes. ” Moi, j'avais beau te prouver que je ne m'étais pas trouvé à même de faire ni ceci ni cela, et que c'était bien certainement Dieu qui nous voulait dans la peine pour notre plus grand bien à venir.

—“ Pour notre bien à venir !” disaistu, en haussant les épaules. Oui, oui, tu les haussais, femme; tu n’oserais le nier ?

— Mais, encore une fois, mon homme, pourquoi chercher ainsi à me mettre dans mon tort ?

—Ce n'est pas pour te mettre dans ton tort, femme ; c’est seulement pour te prouver que c'est moi qui avais raison, quand je disais que notre pauvreté nous vaudrait un jour une grande richesse, et que si nous étions sur la terre traités comme des chiené par les riches, nous serions reçus comme des riches dans le paradis du bon Dieu : mieux que des riches,puisque les pauvres doivent être les premiers au ciel.

Tout en causant ainsi, ils approchaient du lieu de leur destination, et déjà ils pouvaient distinguer,

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au bout de l'avenue qu'ils suivaient, les portes de diamants hautes de cent coudées qui allaient s'ouvrir devant eux, quand audessus de leur tête passa un ange, qu'ils crurent reconnaître, à son vol rapide, pour un messager céleste.

Il suivait le même chemin qu'eux, c'est-à-dire qu’il venait en droite ligne du tribunal de Dieu et se diriœeait vers le paradis, agitant au bout de son bras étendu, ainsi qu’un porteur de bonnes nouvelles, un parchemin revêtu d’un large sceau. En un clin d'œil. il eut atteint le but de sa course, et un formidable coup de marteau fit retentir sous sa main pressée les portes de la céleste enceinte,

À cet appel impérieux, saint Pierre était accouru, et, sur un mot que lui dit l’ange, il ouvrit les portes à deux battants ; puis il se mit à sonner à grande volée une grosse cloche suspendue à l’entrée du paradis, comme s’il voulait annoncer à ses habitants un événement d'importance. En effet, au son de la cloche, une troupe

empressée de saints et de saintes apparurent sur le seuil. On ne pouvait à distance entendre ce qu'ils disaient ; mais à l’expression de leur visage, à leurs gestes, il était facile de deviner qu'ils interrogeaint saint Pierre et l'ange, et que la nouvelle qu’ils en apprenaient les comblait d’étonnement et de joie.

Après s'être consultés un moment, ils rentrèrent tous ensemble, mais pour revenir bientôt, les uns portant dans leurs mains des guirlandes et des couronnes de fleurs, et les autres, des bannières éclatantes. D’autres encore dressaient en toute hâte, devant l'entrée du paradis, un arc de triomphe qu'ils ornaient de brillants festons.

Il devenait évident pour nos époux que les habitants du ciel préparaient une glorieuse entrée à un ou des personnages importants. Mais ce ou ces personnages, qui était-ce ?… ils n’osaient s’avouer leur pensée, mais ils se regardaient mutuellement du coin de l'œil, et ne pouvaient s'empêcher de se redresser nn peu et

lo

de sentir en eux-mêmes un certain * chatouillement qui,involontairement, » les faisait sourire. Ne portaient-ils : pas, en effet, sur leur visage et dans - toute leur personne les signes distinctifs de ceux qui au ciel doivent être “ les premiers ©

En ce moment, leurs préparatils

. étant terminés, les saints et les sain- > tes se formèrent en cortêége, et sorti-

rent deux à deux du paradis. Saint

: Pierre marchait à leur tête, et tous, agitant leurs bannière, leurs palmes, leurs guirlandes et leurs couronnes, * savançaient au-devant des deux . époux.

— En vérité, ma femme, dit l’hom-

me, ® ne sais Ce que j'en dois croire, mais ne dirait-on pas qu'on vient à

notre rencontre ?

— Mais oui, mon homme, dit la femme, on le dirait certainement. Et

même il n'y a plus de doute. Vois

plutôt ; l'ange nous montre du doigt

et l’on pousse des cris de bienvenue.

Salue donc de la main, puisque tu n'as pas de chapeau. Encore ! encore !

et plus vite ! et plus bas !.. Bon! j'ai

manqué de tomber en faisant la révérence !...Ah!si les riches d’en bas nous voyaient, quelle humiliation pour eux !... Mais c’est écal, j'aimerais inieux être un peu proprement accoutrée pour me présenter devant ces beaux saints tout chamarrés d'argent et d’or.

—I] est de fait, ma femme, dit l’homme, qu'attifée comme tu l'es, tu ne risques pas d’exciter leur admiration.

— Ni toi, celle des saintes, mon homme, repartit la femme un peu piquée.

— (C’est bon, c'est bon, ma femme.

dit l’homme. En attendant, remets ton bonnet droit, et fourre dedans les mèches de cheveux quite pendent sur la nuque.

—Kt toi, mon homme, fit la femme, mets tes deux mains sur fes genoux percés. |

Ma femme, dit l’homme, c'est vraiment sottise à de bons époux comme nous de toujours s’asticoter ainsi. Sur la terre, passe encore ; mais au ciel la paix doit régner. Et tenez, voici le cortége qui n'est plus qu’à

MR Ne

Ningt pas de nous. Déjà saint Pierre Moussourit. À défaut de beaux habits, Drenons notre mine des dimanches, HL'honneur qu'on nous fait vaut bien

À ce moment, saint Pierre les aborait.

Bonjour, mes amis, dit le saint. fous venez chez nous, je le vois. C’est bien, braves gens. Je suis charmé de us voir. Quoiqu'on ne m'ait pas ‘évenu, vous trouverez vos places prêtes ; et de bonnes, je vous en rébonds. Mais je n'ai pas le temps de causer. Nous allons au-devant d’un riche dont le bon Dieu m'a fait annoncer arrivée, et il faut y mettre de l’embressement. Ni vous voulez vous joindre au cortége, vous rendrez votre bart d'honneur à celui que nous allons recevoir.

Aïnsi parlant, saint Pierre reprit sa route, suivi de en brillant cortége, lerrière lequel marchaient n 'osant aire autrement nos deux époux un Jeu penauds.

—Eh bien ! mon homme, disait la femme, est-ce encore toi qui avais

raison, et les riches ne sont-ils pas

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