‹ À la recherche d'une religion civileChapitre 30 sur 75 · Fttstel de Coulaoges, la Cité antique , p. m · texte numérisé non relu

Fttstel de Coulaoges, la Cité antique , p. m

ments publics, d'y célébrer les mariages, d'être en un mot pour la communauté lés ministres de la morale comme les instituteurs l'étaient pour les enfants de l'école * .

A côté des instituteurs, à côté des officiers municipaux et même au-dessous d'eux, nous voyons les vieillards exercer une espèce de sacerdoce. Ici encore les réminiscences païennes, les souvenirs du sénat romain, de l'aréopage d'Athènes, des éphores, des archontes, de tant de fonctions impor-

1. « La lot du 1 3 fructidor an VI ordonna aux administrations municipales de se rendre en costume, les jours de décadi, au lieu destine à la réunion des citoyens, pour y donner lecture des lois^ des actes de l'autorité^ du bulletin des affaires générales de la république et pour y célébrer les mariages. La loi permettait aux ofBciers municipaux^ chargés des lectures, de se faire remplacer par les instituteurs. (Voy. Circulaire de François de Neu/châteauy ao fructidor an VI.) Plusieurs instituteurs ne craignirent pas de se montrer dans la chaire de l'église pour y enseigner la morale révolutionnire»

tantes remplies le plus souvent par les anciens de la nation, hantaient Timagination des organisateurs révolutionnaires. L'Eglise catholique n'avait jamais cessé de prêcher le respect pour la vieillesse. Elle avait fait mieux ; au lieu de passer le temps en dithyrambes stériles sur la dignité des vieillards, elle avait ouvert de toutes parts des asiles pour les malheureux âgés et infirmes. Mais cette œuvre de bienfaisance ne suffisait pas à un siècle qui avait besoin d'étaler sa sensibilité et de déclamer ses vertus. A mesure qu'on approche de la Révolution, il est impossible d'ouvrir un traité d'éducation morale sans y trouver quelque tirade sur le culte de la vieillesse. En 1788, le P. Corbin parlant de ce ces hommes vénérables, dont les actions et l'expérience sont une morale vivante et la tradition active du bien » , nous représente la jeu^esse entourant quelque « vieux Nestor », l'écoutant en silence, et exprimant « dans ses yeux étincelants l'ardeur

dont elle se sent enflammée au récit des combats qu'a soutenus ce grand capitaine ' 2>. La même année , Barthélémy promenant ses lecteurs sur les pas du jeune Anàcbarsis, dans les différentes contréeâ de la Grèce, montrait en particulier les Spartiates entourant les vieillards d'un vrai culte, se levant quand ils paraissaient, se taisant quand ils parlaient, leur laissant toujours « les premiers rangs dans les assemblées de la nation ]», et accordant « à peine aux jeunes gens la permission de les interroger ^ » .

1. Traité d éducation civile, morale et religieuse, par le P. Corbîn, 1788, p. 817^ Sig. « La pesanteur du corps^ les glaces del^âge empêchent les vieillards d'agir; mais la maturité de leur jugement et leur longue expérience portent la lumière dans les dëlibérations. L'habitude de manier les passions et de les voir agir leur en fait deviner les effets et les guide dans l'art de les prévenir; leur prudence indique comment il faut déconcerter a propos les projets de Pambitieux^ etc. » Ibid, C'est toujours l'exagération ri« dicule d'une idée juste.

2. Barthélémy^ Voyage du jeune Anacharsis, édit. Didier^ 1843, t. I, p. a8, 568; t. II, p. 46. Barthélémy ne

La Révolution porta à son apogée ce que nous pouvons appeler la religion de la vieillesse. Non contente d'établir pour cet âge la fête spéciale dont nous avons parlé, elle lui confia, en quelque sorte , des fonctions sacerdotales dans les solennités publiques.

Prêtre ne veût-il pas dire vieillard ? Ce sont les Vieillards que Saint-Just charge d'entretenir l'encens qui doit fumer nuit et jour dans les temples sacrés. Ce sont eux qui occupent la place d'honneur dans les assemblées décadaires *. C'est un vieillard qui

manque pas de citer ce trait d'un vieillard arrivant dans une Olympiade aux gradins occupés par les Lacédémoniensy après avoir ëtë mal reçu ailleurs. Tous les jeunes gens et la plupart des hommes se lèvent avec respect et lui offrent leurs places. Des battements de mains éclatent de toutes parts et le vieillard attendri ne put s'empêcher de dire : « Les Grecs connaissent les règles de la bienséance, les Lacédémoniens la pratiquent. »

\, La circulaire de François de Neufchâteau (ao fructidor an VI) réserve des c places d'honneur aux vieillards i , à côté des magistrats et des guerriers blessés pour la patrie. Chénier, dans son rapport du ai décembre 17941 réserve aussi les places d'honneur dans les réunions décadaires aux sexagénaires des deux sexes, voulant, dit-iJ^

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préside à la fête des époux. II est là, debout sur les degrés les plus élevés de l'autel, entouré dés autres vieillards ^ a Son aspect est le signal du silence. On le respecte, on Taime, Il parle aux jeunes époux de leurs obligations les plus sacrées. y> 11 leur décrit les joies et les dangers de la route qu'il a parcourue avec tant de sagesse. Dans la fôte du 10 août, David faisait paraître a un char vraiment triomphal », formé d'une charrue sur laquelle étaient assis a un vieillard et sa vieille épouse, traînés par leurs propres enfants, exemple de la piété filiale et de la vénération pour la vieillesse ^ », Dans la solennité la plus grandiose de la Révolution, celle de l'Être suprême, les vieillards avaient été placés au haut de la montagne

donner « une nouvelle preuve de notre respect pour la vieillesse et pour le caractère sacrc^ des pères de famille ».

1. Boissy-d'Anglas, loc, cit., p. 77-79. « Les plus anciens ëpoux du canton l'environnent, ils sont les chefs de la cérëmonie. »

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