Manuel des théophilanthropes ^ p
aucun lien de cœur^ aucune prochaine espé-
rance.
Nous connaissons maintenant le dieu de la Révolution et le genre d'hommages que les organisateurs des fêtes nous permettent de lui adresser. A voir avec quel soin ils ont écarté de la prière à r Etre suprême tout ce qui peut rappeler les usages des religions positives, on peut pressentir que le culte nouveau se distinguera par une extrême simplicité. On commence par interdire toute cérémonie.
« Les rites extérieurs sont défendus, dit Saint- Just... Le prêtre d'aucun culte ne peut paraître en public avec ses attributs sous peine de bannissement ; j> mais le séide de Robespierre ajoute immédiatement après : ce L'encens fumera jour et nuit dans les temples publics et sera entretenu tour à tour, pendant vingt-quatre heures, par les vieillards
âgéa de soixante ans ' . » II semble qu'on ne pouvait pas refuser à l'Eternel un honneur qu'on avait accordé à Marat. L'encens avait fumé autour du corps putréfié du farouche montagnard, et comme il vint à manquer dans le cours de ce funèbre triomphe, on alla chercher de la poix-résine chez l'épicier voisin. II ne convenait pas de traiter l'Etre suprême avec plus de parcimonie que Marat. Aussi le jour de la grande fête célébrée par le pontife Robespierre, vit-on l'encens fumer au Champ de Mars, autour de la montagne où étaient placés les vieillards, les adolescents et la représentation nationale. Boissy-d'Anglas désapprouva cette partie de le solennité, t Pourquoi, dit-il, cette pratique puérile empruntée des religions qui ne sont plus... Le culte doit être purement spirituel ; il n'y a pas loin de la fumée de l'encen à scelle des holocaustes et
i. Sainl-Just, Fragments dinstitutions répubUcaines^ p. 6ti.
à toutes les autres chimères créées par la superstition et par l'erreur *. » C'est une preuve nouvelle de la difficulté qu'il y aura toujours à organiser la religion naturelle.
Les pratiques admises par les uns sont condamnées par les autres comme un héritage des vieux cultes, comme un emprunt aux religions positives.
Une religion ainsi simplifiée devait trouver plus facilement des ministres. Les réformateurs se souvenaient d'ailleurs que les Romains n'avaient pas eu besoin de prêtres
1, Boissy-d'Ânglas^ Essai sur les fêtes j p. 70-71. Boissyd'Angias se dit également peu satisfait de la « pantomime allégorique de Tincendie de Fathéisme et de Texaltation de la sagesse, outre qu'elle a été mesquine dans PexécutiOQ » . — David, dans le programme de la fête du 10 août (Moniteur du i5 juillet 1793)> avait dit : « Des cassolettes brûleront des parfums autour du char » traîné par huit chevaux blancs^ où était déposée l'urne renfermant les cendres des héros juorts pour la patrie.
comme intermédiaire entre eux et la Divinité. Le père de famille était à la fois le chef temporel et religieux de sa maison. Dans le gon* vemementy Tautorité politique exerçait en même temps les fonctions sacerdotales ; le prince était grand pontife ; le magistrat avait dans ses mains c les auspices, les rites, la prière, la protection des dieux * b. Le censeur, la couronne sur la tête, offrait un sacrifice au nom de la cité. Les préteurs, les édiles, présidaient aux fêtes religieuses.
Pourquoi les magistrats de la république française, s'inspirant de ces exemples, n^au* raient-ils pas exercé les fonctions et exécuté les cérémonies qui pouvaient avoir quelques rapports avec la religion naturelle, avec la morale publique ? Ne nous étonnons pas dès lors que les officiers municipaux aient été chargés de présider les assemblées décadaires, d'y donner connaissance des docu-