‹ À la recherche d'une religion civileChapitre 55 sur 75 · Fragments (t institutions républicaines, p · texte numérisé non relu

Fragments (t institutions républicaines, p

à sa manière ; mais la grandeur des événements, répouvante répandue dans le monde par des crimes qui allaient se renouvelant chaque jour, avaient jeté comme un voile sur le fond de misère qui était à la base de ce gouvernement. Sous le Directoire cette fumée de gloire se dissipe pour ne laisser voir que la décomposition et la pourriture, sans qu'il se trouve là un Robespierre pour rétablir la fête de la pudeur.

ce Nous ne pouvons attribuer qu'à l'immoralité d'un trop grand nombre de Français, disait Barbé-Marbois dans son rapport au conseil des Anciens, la lenteur avec laquelle se consolide notre république. » Vaines plaintes, récriminations stériles. Le fleuve d'immoralité, élargissant chaque jour ses rives, continue à rouler ses immondices, et à la fin du siècle, en 1800, les écrivains qui veulent enfin ramener la France aux vrais principes dépeignent avec des couleurs saisissantes l'étendue du mal auquel

il s'agit de porter remède. « L'Europe, dit Quatremère de Quincy, ne nous a vus depuis huit ans que par le reflet extérieur de notre gloire militaire. Toutes les vertus semblent en effet s'être portées en dehors et les vices être restés au centre. On dirait qu'une sorte d'extravasion des éléments de courage, d'honneur, de générosité, ait tari dans l'intérieur le principe de la vertu, et que, comme ces sépulcres que la fureur du vandalisme a détruits, la France, si belle à l'extérieur, n'ait renfermé que les restes cadavéreux et la pourriture du corps social ' . »

L'enfance, la jeunesse, soustraites aux in-

\. Rapport fait au conseil général de la Seine, le i5 fructidor an VIII, sur l'instruction, les bourses, le scandaledes inhumations, etc., par Quatremère de Quincy. — Félix Rocquaio : l'Etat de la France aui% brumaire^ ^^lAt in-ia, donne les rapports de Barbé-Marbois et autres commissaires envoyés dans les départements.

fluences chrétiennes, n'avaient plus aucune sauvegarde contre le ravage des passions.

Le mal devint si grand dans les écoles, les collèges, queBarbé-Marbois, dans le même rapport au conseil des Anciens, crut devoir dénoncer la jeunesse scolaire comme « dépassant dans ses excès toutes les limites, et jusqu'à celles que la nature elle-même semble avoir assignées aux désordres de Tenfance. Les parents, ajoutait-il, se hâtent de retirer leurs enfants de ces écoles, devenues celles de la licence, et la plus profonde ignorance paraissait mille fois préférable à une science payée par le sacrifice de tout ce qui donne du prix et du lustre à la jeunesse ».

Ce culte civil, impuissant à protéger l'enfance , ne sut pas sauvegarder la dignité des mariages et des sépultures. Les documents contemporains nous montrent mariés, mariées et témoins, entassés pêle-mêle dans la salle comme sur des bancs de taverne. On voit, monté sur une antique estrade d'un vieux

bois enfumé, un officier public, les cheveux roulés et en chétive redingote ; une grande statue de THymen ayant en mains deux vieilles couronnes flétries ; enfin, quelques scribes pour tenir les registres. Vient alors l'appel des couples, le oui sacré jeté à la tête du président, au milieu des rires et des propos obscènes de là foule qui assiste à cette scène. Un tel spectacle n'avait rien de particulièrement imposant. Le divorce, en faisant du mariage un bail résiliable à volonté, acheva de tout perdre. Il fallait entendre, sous la Convention, l'officier municipal, en carmagnole et en bonnet rouge, haranguer les divorcés : ce Jeunes époux qu'un tendre engagement a déjà unis, leur disait Chaumette, c'est sur les autels de la liberté que se rallumentpour vous les flambeaux de l'hymen; le mariage n'est plus un joug, une chaîne; il n'est plus que ce qu'il doit être, l'accomplissement des grands desseins de la nature, l'acquit d'une dette agréable que doit

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tout citoyen à la patrie \ » Le mal s'aggrava encore sous le Directoire, et La Révellière-Lepeaux disait que ces cérémonies du mariage ressemblaient trop souvent à a un tableau de prostitution ^ » .

La Révolution ne fut pas plus heureuse dans ses efforts pour assurer le respect des morts. Le lecteur a vu plus haut les merveilleuses peintures que Boissy-d'Anglas et les autres réformateurs avaient tracées des nouveaux cimetières, à la suite de Bernardin de Saint-Pierre. Hélas! cette apothéose de la mort n'eut guère de réalité que dans rimagination de ces rêveurs. Il se trouva que la dépouille de ceux qui n'étaient plus avait été mieux protégée par l'espérance d'une seconde vie et d'une résurrection glorieuse, par le simple drap mortuaire surmonté de la croix que l'ancien culte déposait

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