‹ À la recherche d'une religion civileChapitre 56 sur 75 · Journal de Perlet, octobre · texte numérisé non relu

Journal de Perlet, octobre

2. La Réveil ière-Lepeaux, Reflexions sur le culte, p. 36-38.

sur les cercueils. De même que la Révolution avait établi la fête de la reconnaissance sans convertir beaucoup d'ingrats, consacré les temples décadaires Eugénie et à \d^ victoire sans arriver à les remplir, fait crier : Respect à la vieillesse, respect au malheur, sans faire honorer davantage les malheureux et les vieillards; elle ne réussit pas mieux, en répétant Respect aux morts, à les faire respecter. Il semble que la Terreur eût glacé jusqu'aux sentiments les plus indestructibles du cœur de Fhomme. Tous les documents de l'époque nous montrent les trépassés livrés à « d'impurs fossoyeurs », les familles s'habituant à «c considérer les restes d'un époux, d'un père, d'un enfant, d'un frère, d'une sœur, d'un ami, comme ceux de tout autre animal dont on se débarrasse * » .

\ . Voy. La Révellière-Lepeaux,i6û/., p. 29. — Le « scandale des inhumations » avait mis la questioa à l'ordre du jour. Le aô prairial an IV, Emmanuel Pastoret fit au conseil des Cinq-Cents un rapport sur la violation des sepultures et des tombeaux. En thermidor même année, Couppé

Le mal prit de telles proportions, qu'en 1800, Lucien Bonaparte, ministre de Tintérieur, proposa à l'Institut d'examiner ce quelles sont les cérémonies à faire pour les funérailles et le règlement à adopter pour les lieux de sépulture » . Ce concours provoqua quelques-uns des mémoires que nous avons fait connaître. Certains auteurs, passant de la profanation à l'idolâtrie pour les morts, ne parlaient de rien moins que de les enchâsser dans des reliquaires, de ressusciter les momies de l'Egypte ou les autels des dieux lares, de convertir les jardins en cimetières, d'apporter, en quelque sorte, des urnes à l'antique dans les boudoirs, des fioles funéraires parmi les pots de fleurs, des lacrymatoires

fit imprimer un écrit sur les sépultures. Le 5 vendémiaire an y, Legouvé lut à l'Institut an discours en vers sur le même sujet. Le ai brumaire, Daùbermesnil fit son rapport sur les inhumations, et, presque aussitôt, un ancien député de Paris à l'Assemblée législative publia des vues sur les sépultures. Enfin, Guillon-Pastel écrivait sur le respect dû aux tombeaux, Vindécence des inhumations ac' tuelles.

dans les salles de bal, des lampes sépulcrales pour éclairer les petits soupers.

En attendant, les cadavres humains étaient traitéscomme ceux descc brutes ». En 1800, le citoyen Cambry , chargé par l'administration centrale de la Seine de faire un rapport sur Tétat des sépultures à Paris, ne crut pouvoir le publier qu'en latin, tant il y avait de honte dans ces funérailles barbares, où les corps, sans voile, de tout âge et de tout sexe, étaient jetés pêle-mêle, et quelquefois donnés en pâture aux chiens qui servaient d'adjoints aux prétendus gardiens des cimetières * . Vainement l'administration de la Seine, pour rappeler la France à la pudeur»

ordonna-t-elle « qu'un officier de police suivrait les enterrements avec un crêpe à son chapeau ». On sentait que la religion

1. Voy. le texte de ce rapport : Annales philosophiques, t. I, p. 4oa. — A La même ëpoque, les préfets des départements, en particulier, celui de la Seine, se plaignent de a l'indécence des inhumations ».

seule pouvait ici assurer le respect. Duval, dans un mémoire couronné par Tlnstitut, avait été obligé d'avouer que ce Thomme qui ne croit pas à l'immortalité de Tâme ne peut, sans contredire son système, honorer un cadavre » . Pour les anciens qui pensaient que les mânes errent autour des tombeaux, que ces ombres légères sont sensibles aux sacrifices offerts; pour les chrétiens convaincus que Tâme entend les prières des hommes et qu'elle reprendra un jour le corps dont elle a été séparée par la mort, « rien de moins nécessaire, disait Duval, qu'un Code funèbre. Tout peuple qui a une religion a, par cela seul, des institutions funéraires * ». Le respect pour les tombeaux s'était perdu avec les haines irréligieuses, qui s'étaient attaquées jusqu'aux cimetières, pillant, dispersant tous les objets qui* rappelaient l'ancien culte;

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