‹ À la recherche d'une religion civileChapitre 7 sur 75 · Moniteur du 11 novembre 179a, sëance du · texte numérisé non relu

Moniteur du 11 novembre 179a, sëance du

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ner et les rendre heureux. » Lorsque le comité viendra décrire à la tribune les moyens de faire fleurir la morale sur la terre : « Nous ne concevons rien que des images, dira Fabre d'Églantine. Dans l'analyse la plus abstraite, dans la combinaison la plus métaphysique, notre entendement ne se rend compte que des images, notre mémoire ne s'appuie et ne se repose que sur des images ^ • » Ces paroles de Fabre d'Eglantine ne nous montrent pas seulement en lui un disciple de la philosophie sensualiste, elles prouvent qu'en 1793, comme en 1791, la volonté du législateur n'était pas seulement de présenter à la jeunesse la vérité, mais encore de la passionner pour elle, et de la conduire au bien, en s'emparant de son imagination , de ses sens, de ses facultés tout entières. Nous verrons cette résolution s'affirmer toujours

i. Moniteur du i8 novembre 1793.

davantage à mesure que nous avancerons dans le cours de la Révolution. La convietîon générale est que le pouvoir peut et doit opérer cette transformation morale.

c( Les hommes, dit David, ne sont que ce que le gouvernement les fait. »

Mais quel sera ici le levier du gouvernement dans cette grande œuvre ? D'où tirerat-il \es prestiges , que Mirabeau, que Vergniaud, que tous les orateurs déclarent nécessaires à une action morale qui veut être féconde? Il les tirera des institutions.

Des institutions y des institutions, pour donner un point d'appui solide à la morale , tel est le cri cent fois répété, a Les institutions, écrit Saint-Just, sont la garantie d'un peuple libre contre la corruption des mœurs. » — « Les institutions, s'écrie Boissy-d'Anglas, deviennent, avec le temps,

la seule puissance des empires... C'est par la seule puissance des institutions que l'on peut perpétuer les peuples au delà même de leur dissolution... Voyez les Juifs. Par elle seule on pourra donner de l'action et de la vie aux préceptes sacrés de la morale * . »

Près de deux ans plus tard , la Convention , à la veille de se dissoudre pour faire place au Directoire, entendait le même langage.

« Il ne suffit pas de détruire, disait Thirion, il faut édifier et planter en quelque sorte sur les débris du despotisme l'arbre vivifiant de la liberté... Pour constituer une république, il faut trois choses : 1® des institutions; 2° des institutions; 3^ des institutions...

C'est par les institutions que Moïse , Lycurgue et tous les grands législateurs ont consolidé leur ouvrage ^. » C'était proclamer par trois fois les institutions nécessaires à l'œuvre moralisatrice de la Révolution, comme

i. Boîssy-d'Anglas , Essai sur les fêtes, p. 8-i3. 2. Moniteur du ai janvier 179S.

Démosthène avait proclamé par trois fois la toute-puissance de l'action chez l'orateur.

C'est qu'il s'agissait d'animer les règles du devoir; il s'agissait d'élever plus encore que * d'instruire; il s'agissait de former à la vertu, et dans ce but, disait Boissy-d' Anglas , de « parler à l'âme , au cœur, non moins qu'à l'esprit et à la raison » ; il s'agissait d'éclairer, de former « l'un et l'autre par des institutions politiques et morales » ; il s'agissait d'opérer dans les mœurs publiques le changement que Rousseau avait opéré dans la vie privée. Comment Rousseau avait-il réussi à convaincre les femmes de son siècle? c'est en émouvant leur cœur. Eh bien, disait Boissy-d' Anglas , « les peuples sont, comme les femmes , disposés à ne céder qu'à ceux qui les émeuvent et qui leur plaisent » . Le moyen d'émouvoir l'homme , de lui assurer « l'existence morale » , c'est de s'emparer de lui par les institutions, a Nourrissons-le par toutes nos institutions », tel

est le mot d'ordre donné par Robespierre , tel est le but que poursuivent à Tenvi les législateurs.

Mais quelles seront ces institutions destinées à nourrir l'enthousiasme , à façonner Tâme, le cœur des générations nouvelles?

Boissy-d'Anglas va nous l'apprendre, a Les institutions publiques, dit-il, doivent former la véritable éducation des peuples ; mais cette éducation ne peut être profitable qu'autant qu'elles seront environnées de cérémonies et de fêtes, ou plutôt qu'autant qu'elles ne seront elles-mêmes que des fêtes et des cérémonies. » — « Les fêtes, ajoutait Boissy-d'Anglas , mettent l'enseignement en action , donnent du mouvement et de la vie aux préceptes sacrés de la morale. Elles élèvent et agrandissent la carrière de l'imagination et de l'esprit; elles développent cet amour ardent des grandes choses que la nature a placé dans le cœur de tous les hommes. Elles parlent à l'âme le langage qu'elle

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entend le mieux , celui des sensations et des images. » Voilà le grand secret, voilà le fameux instrument d'éducation qui va permettre de transformer les générations nouvelles, toutes les conditions et tous les âges. Il ne s'agit plus , en effet , comme autrefois, de borner les bienfaits de l'éducation à la jeunesse. Désormais , dit Rabaut-Saint- Etienne, « le local sera tout le territoire français... Vieillards, jeunes gens, femmes, ignorants et savants, nous serons tous élèves... L'instruction demande des lycées, des collèges, des académies, des livres, des instruments , des calculs , des méthodes ; elle s'enferme dans les murs. L'éducation nationale demande des cirques, des gymnases, des armes , des jeux publics , des fêtes nationales, le concours fraternel de tous les âges et de tous les sexes, le spectacle de la nature * . »

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