Rapport de David, a3 me9sidor an II, sur l'a
DUNE RELIGION CIVILB. 15
Quelle confiance dans l'avenir moral de la nation ! Quelle noble ambition ! Il ne s'agit de rien moins que de transformer la nature humaine et de faire de chaque Français un modèle de toutes les vertus, afin de lui assurer tous les bonheurs. Quel sera le moyen d'atteindre ce merveilleux résultat?
On paraît se rendre compte de la différence qu'il y a entre voir et agir, entre montrer le bien et le faire pratiquer.
L'ancien culte, qui vivifiait l'idée froide du devoir par la pensée du Dieu fait homme, par la perspective des récompenses ou des châtiments à venir, est maintenant persécuté, proscrit. Il faut s'occuper de combler le vide qu'il laisse dans les consciences; il faut chercher des motifs à la morale. Bien que Robespierre ait fait décréter l'existence d'un Être suprême et l'immortalité de l'âme, on sent que, pour que ces vérités
pothéose de Barra et Vials^ {Moniteur du aS juillet 1794.)
soient fécondes, il ne suffit pas de les inscrire dans un article de loi. Il y a pour nous un puissant intérêt à connaître l'expérience qui va être tentée, à suivre les efforts des rapporteurs, qui, en se succédant à la tribune des Assemblées, sont toujours en quête de séductions, d'impulsions assez puissantes pour entraîner l'adhésion de la jeunesse, de la nation à la morale, pour allumer dans l'âme l'enthousiasme du bien.
Ils comprennent parfaitement qu'on ne gouverne pas l'humanité par la raison pure.
a L'homme, disait Mirabeau, obéit plutôt à ses impressions qu'au raisonnement. Ce n'est pas assez de lui montrer la vérité; le point capital est de le passionner pour elle, de s'emparer encore de son imagina* tion. Il s'agit donc moins de le convaincre que de l'émouvoir. » — Qu'on ne croie pas, ajoutait-il, que le progrès des lumières ait modifié cette loi constitutive. Le Fran-
çais et le Français du dix-huitième siècle , pour pratiquer ses devoirs, pour suivre ses idées et satisfaire jusqu'à ses goûts, ce parait avoir besoin de les transformer en passions, et de les environner toujours de quelques prestiges * ». A la même époque, Talleyrand proclamait, à la tribune de la Constituante, que « la morale arrive à rhomme en s'emparant de son intelligence, de ses sens, de ses facultés, de toutes les puissances de son être ^ ». La Législative, la Convention, le Directoire , parleront ici comme la Constituante et obéiront dans la confection des lois aux mêmes préoccupations. « Gardons-nous des abstractions métaphysiques, s'écriait Vergniaud ', la nature a donné aux hommes des passions ; c'est par les passions qu'il faut les gouver-
i, Mirabeau, Travail sur l'éducation publique^ 1791^ p. 8a-a3.
2. Talleyrand^ Rapport sur ^instruction publique, 1791^ in-4«, p. iii-iia.