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CHAPITRE II

IDÉAL PAÏEN SUBSTITUÉ A l'iDÉAL CHRÉTIEN.

La pensée d'employer les fêtes comme instrument de moralisation n'était pas une invention de la Révolution. Pendant des siècles, l'Eglise , en convoquant les foules à ses solennités religieuses , avait su élever l'âme du peuple aux grandes pensées et aux grands devoirs ; mais on comptait désormais faire sans elle et mieux qu'elle.

Déjà sous la Constituante, avant même que l'ancien culte fût aboli , s'était manifestée la tendance à exclure des fêtes publiques cette religion qui, depuis l'origine de

la monarchie, avait mêlé ses pompes à toutes les joies comme à toutes les tristesses de la patrie. Sans doute, le temple avait encore retenti des Te Deum demandés par l'Assemblée, et les trois ordres s'étaient réunis dans ses murs avant d'inaugurer leurs travaux. Sans doute, le 14 juillet 1790, trois cents prêtres revêtus d'aubes blanches avaient assisté l'évêque d'Autun à la fameuse fête de la Fédération ; mais la religion, pour y être admise, avait dû prendre la cocarde des patriotes. Les prêtres portaient des écharpes tricolores, les encensoirs étaient peints aux couleurs nationales, et un ruban tricolore passé autour du saint Sacrement attestait aux plus défiants que Dieu avait juré obéissance à la constitution. Le moment approche où la religion d'ancien régime ne sera plus jugée digne d'être associée aux réjouissances d'un peuple régénéré. Dès 1791, Mirabeau et Talleyrand demandent , sous prétexte de ne

pas Fexposer à un manque de respect, qu'elle soit écartée des cérémonies nationales ^ , et volontiers ils auraient répété avec le poète :

De la foi du chrétien les mystères terribles D'ornements égayés ne sont point susceptibles.

Au fond , il s'agissait moins pour les no-

i. « La religion chrétienne^ dit Mirabeau {Travail^ etc.^ p. gS) , paraît avoir négligé tous les soins d'ici-bas. C'est un commerce intime et continuel de la créature avec la Divinité. Le tumulte, la joie, toutes les passions étrangères à la seule qu'elle proclame^ altèrent sa pureté majestueuse, et son visage se voile à Taspect des bruyants transports et des attachements humains qui les inspirent. Votre respect pour ses dogmes augustes et pour sa morale divine se montrera bien mieux dans une attention scrupuleuse à ne pas la tirer de l'enceinte sacrée des temples que dans un empressement aveugle à la transporter au milieu de spectacles où tout ne peut être digne de ses regards. L^objet de nos fêtes nationales doit être seulement le culte de la liberté, le culte de la loi. Je conclus donc à ce qu'on n'y mette jamais aucun appareil religieux , et je crois entrer ainsi dans les intentions que vous avez manifestées^ et donner une preuve de ma profonde vénération pour la foi de nos pères. » — Talleyrand, dans son rapport^ exclut aussi la religion des fêtes publiques. « Il ne convient pas qu'elle y paraisse^ dit-il, il est plus religieux de l'en écarter. »

valeurs d'assurer le respect de la religion que d'écarter la présence d'un culte détesté. Lorsque la persécution ouvertement déclarée aux antiques croyances leur permit de dire hautement leur pensée et de donner libre cours à leurs rancunes, ils se complurent à développer les raisons qui devaient faire proscrire, dans les solennités publiques , toute intervention d'une religion qui avait grandi en France avec la monarchie et le despotisme. Il faut entendre les rapporteurs , les orateurs , les écrivains , en particulier Boissy-d' Anglas , nous peindre cette religion formant en France, avant 1789, un

Etat dans l'Etat, séparée de la nation, ayant ses usages à elle , ses mœurs , ses lois , ses institutions, et jusqu'à sa langue propre, ne tolérant que ses fêtes , dont aucune n'avait « un but politique et moral » , dont toutes avaient pour résultat l'oisiveté ; frappant de ses censures les réjouissances publiques, ne connaissant d'autre voie , pour conduire à la

vertu , que les « jeûnes ou macérations » , mettant enfin en éternelle opposition « le devoir et le plaisir* ». Comment associer aux solennités républicaines une Eglise qui a déifié la croix, et dont les ministres ont conspiré avec les tyrans?

Oh ! si on avait sous sa main cette religion païenne que Mirabeau^, dans un poétique langage , nous montre remplissant de ses charmes la nature entière , peuplant les bois, les campagnes, les fleuves, les sites les plus riants, de ses dieux a indulgents et sensibles » , ouverts à toutes les affections humaines, on aurait pu la faire asseoir à toutes les fêtes publiques. Pourquoi ne pas évoquer ces souvenirs? Pourquoi ne pas faire des emprunts à ces civilisations antiques où, disait Boissy-d'Anglas , « les institutions politiques et religieuses j> se prêtaient un mutuel secours; où « une religion

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