‹ À la recherche d'une religion civileChapitre 10 sur 75 · Mirabeau, Traçait, etc.^ p · texte numérisé non relu

Mirabeau, Traçait, etc.^ p

brillante » se présentait avec des dogmes qui promettaient « le plaisir et le bonheur », « ornée de toutes les cérémonies qui frappent les sens , des fictions les plus riantes , des illusions les plus douces » ?

Que veut dire un tel langage? Que signifie ce parallèle entre le paganisme et le christianisme, qui conclut invariablement en faveur du premier? Evidemment, nous glissons sur une pente qui va nous ramener à Athènes et à Rome. Pour comprendre une telle aberration , il faut se rappeler le discrédit où était tombé le christianisme. La foi , qui était encore vivante dans les masses , où n'avaient pas pénétré les livres des philosophes et les mauvais exemples des grands seigneurs , avait vu lui échapper la tête de la nation. Les croyances, presque honteuses de se produire au grand jour, passaient pour des préjugés gothiques, et le regard public , en se détournant du Calvaire , se portait instinctivement vers Rome

et vers la Grèce. L'humanité reculait de dixhuit siècles; l'idéal chrétien avait pâli devant cette résurrection du paganisme. Un livre , paru presque à la veille de la Révolution, était venu accroître encore cet engouement pour la civilisation antique.

L'abbé Barthélémy, en promenant le lecteur sur les pas du jeune Anacharsis dans tous les lieux de la Grèce , en lui montrant les fêtes des Athéniens et des Spartiates, de Délos et de Thèbes , en le faisant assister aux jeux Olympiques, Isthmiques, Pythiques, Néméens, etc., avait laissé croire à un peuple désabusé de ses propres institutions qu'il pourrait faire revivre des habitudes perdues depuis deux mille ans.

Lisez un à un les projets des comités relatifs à l'établissement des fêtes publiques, vous y verrez les rapporteurs hantés.

obsédés en quelque sorte par les souvenirs de la Grèce et de Rome. L'esprit de Talleyrand « se porte avec charme vers ces fêtes antiques où^ au milieu des jeux, des luttes, de toutes les émotions d'une allégresse universelle, Tamour de la patrie, cette morale presque unique des anciens peuples libres, s'exaltait jusqu'à l'enthousiasme et se préparait à des prodiges * ». Mirabeau, qui a consacré tout un discours à prouver la nécessité des fêtes publiques, n'apporte pas moins d'ardeur à évoquer les souvenirs de l'antiquité. Il nous montre les Grecs assistant, après Marathon, à l'éloge funèbre des guerriers morts pour la défense de la liberté, écoutant, aux jeux Olympiques, leur propre histoire écrite par Hérodote, s'animant aux. chants de Pindare, distribuant aux artistes célèbres, aux grands citoyens, des applaudissements avec

1, Talleyrand^ Rapport^ p. 111-112.

des couronnes. Pourquoi ne pas transporter en France ces institutions ? Mirabeau le propose, et après Mirabeau, après Talleyrand, tous les hommes qui jouèrent un rôle dans la révolution française tinrent le môme langage. Danton demande-t-il à la Convention de consacrer le Champ de Mars aux jeux nationaux, c'est en souvenir de l'antiquité.

a Si la Grèce, dit-il, eut ses jeux Olympiques, la France solennisera aussi ses jours sans-culotîdes * . » Robespierre parle ici comme Mirabeau, comme Talleyrand, comme Danton. Le froid dictateur ne peut contenir son enthousiasme au souvenir des fêtes nationales de la Grèce où apparaissaient les grands hommes qui avaient sauvé, illustré la patrie ; où les pères montraient à leurs fils Miltiade, Aristide, Epaminondas, Timoléon. ce Rassemblez les hommes, disait-il, vous les rendrez meilleurs; donnez

i . séance du 6 frimaire an II.

à leur réunion un grand motif moral et politique * », et vous aurez assuré l'éducation morale de la nation. Ces réformateurs ne se demandaient pas si la France était bien prête à recevoir lés institutions de la Grèce et de Rome. La seule pensée que la Crète devait ses lois à Minos, Sparte à Lycurgue, Athènes à Solon, Rome à Numa, les petits Etats de la Grande-Grèce aux disciples de Pythagore, suffisait pour convaincre les acteurs de la Révolution qu'ils pouvaient changer à leur gré les mœurs et les institutions de la France.

Ce souvenir obsédera les organisateurs dés fêtes publiques durant tout le cours de la Révolution. N'est-ce pas de vrais jeux Olympiques que propose Mirabeau lorsqu'il parle de récompenser dans les solennités nouvelles les patriotes y les hommes d'État, les guerriers, les philosophes? quand il

i. Bûchez, Histoire parlementaire, t. XXXII, p. 373.

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veut que « les grands poètes, les orateurs éloquents, y récitent leurs vers, y prononcent leurs discours, y recueillent les acclamations d'un peuple immense; que les grands peintres, les grands sculpteurs, y livrent leurs ouvrages à son admiration passionnée; que les musiciens célèbres y fassent entendre des accents inconnus à des oreilles esclaves * ». Le sentiment religieux, qui autrefois remuait les masses, sera remplacé par Tamour de la liberté.

C'est la liberté qui sera Tàme des fêtes destinées à un peuple de citoyens. « L'architecture, disait Chénier^, élèvera son temple ; la peinture et la sculpture retraceront son image, l'éloquence célébrera ses héros, la poésie chantera ses louanges, la musique lui soumettra tous les coeurs, la danse égayera ses triomphes. » — Les arts, autrefois « esclaves », disait Talley-

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