A la recherche de la vérité révélée [microforme]
La science joue maintenant un rôle prépondérunt Cars le monde, ct les magnifiques découvertes qui sont à son crédit lui assurent, à bon droit, notre reconnaissance et notre admiration.
Pourtant, que les temps sont changés, et comme nous serions tentés de croire que les idées ont subi la mouvante influence du fleuve rapide qui entraîne les hommes et les choses !
Autrefois, qu’on me pardonne d'employer au début une définition de la scolastique, le mot science signifiait simplement la connaissance de certaines conclusions obtenues des premiers principes par voie de démonstrations. (1) On l’app'iquait de préférence à la philosophie qui s’intitulait modestement la reine ou la science des sciences.
La physique et les mathématiques n’étaient, en quelque sorte, que des chapitres assez restreints de la philosophie réelle, qui daignait à reine s'occuper des êtres matériels considérés sous le rapport de l'étendue et du nombre.
Mais la matière délaissée pendant des siècles a pris, de nos jours, une éclatante revanche.
L'esprit humain qui l'avait tenue jusque-là en médiocre estime, s’est reconcilié avec elle et
(1) St. Thomas 3, sent. Dist, 28 q. I'art, 6.
n’a pas tardé à faire converger ses efforts et ses lumières vere les choses visibles et palpables.
La spéculation intellectuelle y a perdu, mais l'expérience y a gagné.
On est allé de découvertes en découvertes, de merveilles en merveilles, ct, à l’étonnement pour ne pas dire à la stupéfaction du monde, on a vu certains hommes, dérober à la nature ses secrets les plus cachés, dompter ses forces ignorées jusque-là et en faire les instruments docilcs de l’industrie humaine.
La physique, devenue trop vaste pour être contenue daus une seule branche du savoir humain, s’est divisée en un certain nombre de rameaux qui, se multipliant à leur tour, ont fini rer remplir nos bibliothèques de leurs encyclopédies, de leurs revues et de leurs in folios,
C’est à cet ensemble de sciences physiques, positives, naturelles, expérimentales, plus ou moins doublées de mathématiques, qu’est maintenant réservé l’auguste nom de science,
Un savant, de nos jours, est un homme qui fait des AE aligne des chiffres, se tient rivé à l’oculaire d’une lunette astronomique ou d’un microscope, collectionne des métaux, herborise, se tient à l’affût d’insectes inoïfensifs. (C’est un antiquaire qui débrouille de vieilles inscriptions ; un juriste qui cherche à faire la lumière dans le chaos non moins compliqué d’un code ;
enfin un discipie d’Esculape, qui puise dans l'étude des cadavres des Panacées universelles.
Ceux qui ont accès aux mystérieux laboratoires, j'allais dire aux temples de la Science, et qui sont plus ou moins initiés à ses secrets, sont les érudits ou savants universels.
Quant aux philosophes, qui ont l'esprit rempli d’abstractions, ce ne sont plus que des rêveurs rétrogrades qui vivent de chimères et s’obstinent : à s’éclairer d’une bougie quand le progrès moderne a mis à notre disposition de radieux soleils électriques !
Loin de moi la pensée de demander à messieurs les savants de descendre de leurs trépieds où ils se tiennent en Permanence, L’humanité Suspendue à leurs lèvres y perdrait à coup sûr de nombreux oracles, Mais si nous voulons bien laisser à Ja science devenue matérialiste l'empire qu’elle s’est arrogé sur l’esprit humain, dn moins nous sera-t-il permis, à nous qui ne foMmmes pas satisfaits du dieu matière, de porter Plus loin nos investigations, et de nous demander s'il n’y a pas au-delà des corps solides, liquides OU &azeux, quelque chose qui mérite notre attention : par exemple, une autre vie que celle du temps, un Dieu, une religion, en un mot, des‘ intérêts éternels que nous devons sauvegarder.
Nous nous accordons d'autant plus volontiers : cette permission que, parmi les problèmes qui
nous intéressent, à n’en est pus de plus important que lu vérité religieuse. |
Car, s’il est utile de connaître les lois qui régissent le monde physique, nous ne voyons pas, d’un autre côté, quel mal il peut y avoir à ce que dans l’immensité des cieux, il y ait un astre qui accomplisse son évolution à notre insu, ou, dans le sein de notre globe terrestre, une parcelle de iatière non analysée.
Les découvertes modernes ont certainement agrandi le champ de nos con:aissances et favorisé le commerce et l’industrie, mais, ont-elles véritablement amélioré le sort de la race hunaine ?
De nos jours, où la vapeur et l’électricité sont devenues nos humbles servantes, comme au temps des patriarches, et plus peut-être, il y a des infortunés qui souffrent, des malheureux qui manquent de pain, des malades qui gémissent, des désespérés qui se suicident et, dans tous les cas, des cadavres qui descendent dans la tombe !
Le progrès indéfini par la science est une amère dérision, un mirage trompeur, qui augmente la soif des jouissances au lieu de l’apaiser, excite et multiple les désirs de l’homme bien loin de les combler.
I] n’y a pas longtemps qu’un célèbre écrivain, revenu de son engouement pour la science moderne, déclarait cette dernière en banqueroute avec toutes ses promesses.
Il n’en est pas ainsi des vérités qui se râpportent à la religion.
Elles nous font connaître si oui ou non nous soIMmes supérieurs à la brute ; s’il est un Dieu intelligent créateur de toutes choses qui a droit à nos hommages ; Sül est une loi venant de lui que nous devons observer. Elles ont, par le fait, une influence d’une Portée incalculable sur notre existence d’ici-bas qu’elles transforment en un simple pélerinage sur une terre d’exil, un Court voyage à double issue qui doit nous introduire dans le séjour de la gloire où dans le lieu de la réprobation.
Grâce à ces vérités, la vertu et le vice revêtent leur véritable caractère : l’une avec sa conformité à la règle de tout bien, l’autre avec son Opposition à la loi divine. Le bien et ie mal, le juste et l’injuste,dans leurs notions,ne sont plus de vains Inots, des termes de convention inventés par le Préjugé populaire ou l'intérêt commun, mais bien le cri de la Conscience qui porte en elle, inscrits en caractères ineffaçables, les préceptes de la loi naturelle, qui sont la manifestation, dans le temps, de la loi éternelle.
Elles règlent les meurs, éclairent l'esprit, font régner l'harmonie entre les différentes Classes de la société. Elles disent aux riches et aux Puissants : soyez généreux et justes ; aux pau- ‘res et aux petits : soyez au moins résignés à
vctre sort, car il est une autre vie où le mérite seul donne droit aux récompenses.
En un mot, ces vérités ont une telle importance pour nous qui vivons sur la terre, que sans elles, notre existence deviendrait une énigme, une voie sans issue, une infortune sans €spoir, une pénible corvée sans aucune rémunération. Alors le monde, notre demeure, serait transformé en un champ elos où nos passions, 8e donnant libre cours, nous engageraïent les uns et les autres dans une lutte acharnée.
Voe victis ! Tel était le cri de l’antiquité pui.ine. Telle serait aussi notre unique loi, si nous n’avions pour nous guider que le seul appt des biens qui nous sont jetés en pâture sur cette terre.
Mais, si nos intérêts temporels demandent que nous soyons fixés sur les problèmes de l’o:dre supra naturel, il va sans dire qu'un motif plus impéricux encore nous engage à nous occuper de la question religieuse.
I] y a une éternité ou il n’y en a pas ; si cette éternité existe, il serait téméraire, et même insensé, de ne pas nous en préoccuper, quand même le souci de la vie présente nous aurait fait perdre plus ou moins la notion des choses d’outre-tombe. Car, sachonsle bien l’homme ne fait pas la vérité, il la subit. Peu importe que nous soyons libres-pen-
VPN ET.
seurs, matérialistes, athées ou indifférents. La dispositon de notre csprit ne change rien à l’ordre établi dans le monde. Le ciel ne croule pas parce qu’il nous plaît de douter de son existence, Et, malgré la fière allure de l'esprit fort, s’il est un Dieu juste, et si nous sommes immortels par nos âmes ; en face du croyant, du sceptique ou de l’incrédule se dresse toujours l’effroyable dilemme des peines et des châtiments éternels,
dont la double solution enveloppe l’humanité toute entière.
Bref, la question religieuse s'impose à tout homme sérieux qui ne se laisse pas absorber par les exigenc:s du moment. Est-il, du reste, un sujet plus digne d'occuper notre esprit ?
La vérité est toujours belle, même quand elle ‘e rapporte aux choses les plus infimes. Mais l'étude de la science du monde matériel, qui nous est inférieur par nature, ne sont pas faites précisément pour élever le niveau intellectuel ct moral chez l’homme.
Elles nous acheminent seulement vers un autre genre d'idées qui appartiennent au monde spirituel, et ne sont qu’un premier échelon d’où notre intelligence peut s’élever graduellement à la connaissance des choses qui nous sont supérieures.
Tant pis pour nous si nous restons au dernier
degré de l’échelle des êtres !
10 AŸANT-PROPOS
Là ou l'esprit humain grandit véritablement, c'est quand il se met en rapport (supposons qu’elles existent) avec les substances spirituelles, Dieu et les anges, et surtout avec la vérité venue jusqu’à nous de l'intelligence incréée, par voie de révélation.
Les efforts que nous devons faire pour atteindre les régions où planent les purs esprits nous grandissent, développent en nous la faculté de connaître, et, si les divins rayons de la révélation s’ajoutent aux lumières de la raison, il en résulte une manifestation inappréciable de la vérité qui nous permet d’envisager, non pas un seul aspect de notre monde, mais l’univers dans son harmonieux ensemble, dans ses rapports avec Dieu, son principe ct sa fin.
C’est pourquoi nous avons cru nécessaire d’entreprendre, en commençant par les problèmes qui sont du domaine de la raison, une étude, ou pour mieux dire, un voyage intellectuel, par la voie la plus court, à la recherche de la vérité revélée.
Si nos démonstrations réussissent à fortifier la foi ou à produire-la conviction dans l'esprit de nos lecteurs, nous serons pleinement récompensé, quelle que soit du reste l’appréciation des critiques littéraires au jugement desquels il est
bien difficile d’être sans reproche.