Voiture de voyage
LE MOUJIK PAKHOM 211
parlent. Pakhom ne comprend pas ce qu'ils disent : il voit qu'ils sont gais, qu'ils crient quelque chose et rient. Puis ils se taisent, ils regardent Pakhom, et l'interprète dit :
— On m'ordonne de te dire que, pour ta générosité, on est content de te donner des terres autant que tu en veux. Montre seulement du doigt laquelle ; elle sera à toi.
Ils recommencèrent à parler, à discuter entre eux. Et Pakhom demanda : « De quoi parlent-ils?» Et l'interprète répondit :
— Les uns disent qu'il faut en référer au starschina, car sans lui la chose n'est pas possible, et les autres disent qu'on peut se passer de lui.
Comme les Baschkirs discutaient, tout à coup parut un homme en bonnet de peau
de renard. Tous se turent et se levèrent.
— C'est le starschina, dit l'interprète. Pakhom prit aussitôt sa plus belle robe et la
présenta au starschina, ainsi que cinq livres de thé. Le starschina accepta, et se mit à la première place. Aussitôt les Baschkirs lui soumirent l'affaire. Le starschina écoutait, écoutait. Il sourit et se mit à parler russe.
— Eh bien! dit-il, soit! Il y a beaucoup de terre : choisis où tu voudras.
— Gomment donc prendre autant que je veux? pensait Pakhom. Il faut que ce soit régulier, car autrement on dirait : « C'est à toi! » et puis on le reprendra.
Et il dit au starschina :
— Je vous remercie de vos bonnes paroles. Vous avez beaucoup de terres, et moi, il ne m'en faut pas beaucoup. Il s'agit seulement de savoir quelle terre sera à moi. 11 faut, d'une façon ou d'une autre, la délimiter, et régula-
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riser la cession. Car nous sommes tous mortels. Vous, bonnes gens, vous la donnez, mais il peut arriver que vos enfants la reprennent.
Le starschina se mit à rire.
— Soit, dit-il. Nous ferons de manière que rien ne soit plus régulier.
Et Pakhom dit :
— Moi, j'ai ouï dire qu'il est venu chez vous un marchand. Vous lui avez donné aussi de la terre, vous lui avez passé un acte, eh bien! vous m'en passerez un aussi.
Le starschina comprit.
— Soit! dit-il; nous avons un pissœr*. Nous irons à la ville dresser l'acte et y apposer tous les sceaux nécessaires.
— Et quel sera le prix? dit Pakhom.
— Notre prix est unique : mille roubles pour une journée.