‹ A la Sorbonne, à l'Ecole centrale, à l'Institut Pasteur, à la Faculté de médecineChapitre 1 sur 14 · DON | | JACQUES .KAYSER · texte numérisé non relu

DON | | JACQUES .KAYSER

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Poux le Prix Nobel

MM. le Président et les.membres de l’Institut Nobel, & Stockhôlm.

Messieurs, EE 4

Jai eu l'honneur d’èfre présenté à vos-suffrages en 1901 pour le-Prix;de la Paix, etma candidature a été posée #e nouveau les dnnées suivantes, par les per SONGS Jes mieux güalifiées. Au

Du dossier qui vous avait été fourni, VOUS pouviez conclure que nul n’a contribué plus puissamment que moi, ni dans des conjonctures plus critiques, ni surtout au risque de plus grands périls personnels, à créer dans la nation française un état d'esprit favorable au

maintien de la paix générale.

Vous n’avez jamais pris cette candidature en considération; vous avez couronné des pacifistes de salons et des apôtres en chambre

Je cherchais le motif de cette exclusion.

L'affaire Curie nous le révèle.

Il me manque évidemment d'avoir adhéré aux doctrines de morale indépendante que les penseurs scandinaves ont importées chez nos peuples trop scrupuleux.

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et que vous ÿ cherchez, à fâtons, des arguments ad hominem, je m'emprésse de vous en fournir à foison : non seulement tout ce qu'on vous à dit de moi est véritable, mais ceux qui vous ont si complaisamment renseigné ne vous oht laissé entrevoir qu'une minuscule partie de la vérité. Je ne suis malheureusement pas « la dernière dés crapulès», car je ne suis pas assez optimiste pour croire qu'on n’en verra plus d’autres après moi, mais j'ai le cynisme de consentir à vous apparaître sous ce jour. Admettons, s'il vous plaît, que je sois perdu de vicés, de dettes et de crimes. Tenez, en ce qui concerne les & mœurs », — et, ici, jé prends comme vous le mot dans le sens spécial où lentendent les proviseurs et les ecclésiastiques, — je crois inutile de vous céler plus longtèémps que, sur pris dans une prairie de St-Nazaire, où cé n'était pas l’herbe que je « broutais », je fus condamné deux fois pour attentat à là pudeur. Depuis lors, incorrigible récidiviste, j'ai roulé dans toutes les fanges. Habitué de la villa Boulouris, j'ai failli être arrêté avec Flachon, el si le juge d'instruction a bien voulu nre laisser en liberté provisoire, je n'ai dû cette faveur qu'à l'indéfectible bienveillance dont M. Fallières m'a si souvent prodigué les marques:

Là, êtes-vous satisfait, et vous en faut-il éncoré ? Cela dit, je prétends que cela ne prouve rien. Si cela prouvait qüelque chose, ce serait contré vous, Ou, si vous préférez, contre cette université judéo-laique d'où je sors: Je pourrais vous dire : « Jugez l'arbre par ses fruits. » Mais cela ne m'enlèveraiten rien le droit de critiquer les leçons de morale que vous m'avez données; au contraire, j y trouverais une raison nouvelle de vous demander des comptes. Je n'ai pas besoin-d'être un grand, ni même un petit poète

pour me permettre de porter un Jugement sur les vers de Victor Hugo ou d'Édmond Rostand.

Je n'ai pas davantage besoin d'être un saint pour parler de vertu. Et vous m'accorderez que si les saints avaient seuls le droit d’en parler, il y a déjà quelque temps qu'il n'en serait plus question...

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Quant au procès qui fut l’origine de ce débat, vous en dites : « En somme, dans tout ce bruib, il y a beaucoup et plutôt le plaisir (humain hélas! mais surtout social) qu'éprouvent les médiocres à découvrir ce qu'ils croient pouvoir appeler des fares au génie. » Je crois pouvoir vous affirmer, monsieur le professeur, que telle ne fut point l'intention de Mme L... Quant au « génie » de Mme G..., je ne sais sil'est encore à Poitiers article de foi, maïs j'ai entendu à Paris plusieurs savants dyas de créance s’indigner ou rire aux éclats de cette plaisanterie un peu trop prolongée. J'entends bien que vous m’opposez : « Personne n’ignore que Mme C.….

est le seul savant qui ait eu deux fois le prix Nobel. » Précisément! Demandez donc à voire collègue de philosophie en quoi consistent lè cercle vicieux et la pétition de princige.

Mais négligeons, s’ilvous plait, ces personnes, ces détails et ces contingénces. Venons-en tout tout de suite au passionnant problème qui m'a valu votre lettre. Vous dites eñcore :

On Hit dans l'Œuvre (n° 49 p. 2 et notes des pages 5: et suivantes) que vous, M. Gustave Téry, professeur de philosophie, vous répondez, au sujèt du principe des devoirs, à la question : « Pourquoi faut- il? » — « Parce que Dieu existe et que les convictions TONIEUSSE le commandent. >»

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Non, monsieur, je vous jure que vous avez mal lu : je n'ai jamais rien dit de pareil. Et si je me suis mal expliqué sur ce point, il faut que j'y insiste. Je ne tiens pas plus pour la « morale religieuse » que pour la « morale bourgecise ». Je n'ai pas « fait maintes fois étalage de mon athéisme », comme me le reproche une lettre anonyme (au style, comme à l'anonymat, je reconnais un ancien collègue); non, je ne fais pas profession d’athéisme, car il y a, dans l’athéisme, une intrépidité métaphysique aussi naïve que la foi du charbonnier ; mais il est bien certain que je n’ai plus rien de commun avec un petit garçon qui servait autrefois la

messe de l’abbé Brisorgueil, “ans la chapelle ducollègeoù s’agenouilla l'élève Chateaubriand ; c'est un incrédule qui est sorti de la classe où le professeur Lévy-Bruhlenseignaitla philosophie, pour entrer dans la salle de conférences ou le professeur Georges Lyon exposait la morale d'Epicure. Devenu moi-même professeur de philosophie, j'ai failli être exclu de l'Université parce que je ne voulais pas faire mon cours avec un crucifix au-dessus de la tête. Vous fautil d’autres gages de mon « laïcisme »? Mes enfants ne sont pas baptisés, et toutes les pratiques religieuses nous sont inconnues, y compris celles du Grand-Orient.

Voulez-vous que j'aille encore plus loin dans la voie des aveux ? Non seulement je necherche pas en Dieu le « fondement de l'obligation morale », comme disent les philosophes, maïs s'il m'était démontré qu'on ne peut pas le découvrir ailleurs, je ne saurais pas retrouver la foi que j'ai perdue; bien plus, je n'aurais même pas le cœur de la recommander aux autres.

Ce n’est donc pas les intérêts d’une Eglise que je défends ici (était-il besoin de l’affirmer?) et

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si les gens d’Eglise s’imaginent que je travaille pour eux, ils s’abusent. Celui qui vous parle n’est ni un croyant, ni un mécréant repenti; c’est un «laïc » tout ce qu'il y a de plus authentique, et c'est là justement ce qui fait l’intérêt de la question que je pose, et que je ne suis plus le seul universitaire à poser.

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Ne restreignez pas, je vous en prie, la portée et la grandeur de cette question. Ne feignez pas de croire que notre unique dessein soit d'empêcher Abélard de flirter avec Héloïse.

Laissez cette méprise à M. de Porto-Riche, qui, toutes les fois qu’on prononce le mot de « morale », se figure que l’on conteste son droit à ce qu'il appelle l'amour. Non, ce qui nous préoccupe, c’est que l’incohérence, le désordre et l’anarchie, dont cette troisième République nous offre le spectacle lamentable, ont une cause profonde, et cette cause du mal, il la faut chercher à la source même de la vie nationale, c'est-à-dire à l’école. C’est là que l'on sent d’abord, et le plus douloureusement, le défaut d’une règle, et il faudra bientôt avoir la franchise de reconnaître que ce défaut explique toutes les défaillances, dont nous écrivons ici au jour le jour la désolante chronique.

N'y a-t-il donc plus de règle, quand il n’y a plus de religion ? Ce n’est pas moi qui soutiens cette thèse, mais j'aurais plaisir à voir les « rationalistes » et les « libres penseurs » la réfuter autrement que par des injures, des coups, des lois de spoliation ou de bannissement, d’innombrables attentats à cetteliberté qu'ils prétendent servir. Vous n'êtes pas assez franc-maçon pour croire, monsieur le professeur, que le mot

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Dieuaunsensstrietement contessionnel, Depuis Platon: jusqu'à Renan, le mot Dieu. a résumé tout: l'idéal: que l'homme, depuis qu'il. pense,.a été capable de concevoir. En biffant Dieu des programmes, ivez-vous biffé tout: idéal ? J'en ai peur, et, l'idéal disparu, il est malheureusement trop certain que-toute moralité s'évanouit.

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Qu'est-ce, en effet, que la moralité sous sa forme la plus élémentaire et la plus pure, la plus humble et la plus haute ? C'est la vertu du sacrifice. Pense et agit moralement l’homme qui est capable de se subordonner à quelque chose qui le dépasse, l'enveloppe et le domine.

— C'est bien ainsi que nous l’entendons, direz-vous : nous appelons moralité l'effort de l'homme pour sacrifier son intérêt personnel à l'intérêt général, toutes les fois qu'ils sont aux prises. Mais ce sacrifice, nous ne l'exigeons pas en vertu d'une consigne surnaturelle ; nous l'obtenons gracieusement de l'agent moral, par la simple et claire aperception de l'intérêt commun, qui{s’impose à sa conscience avec le caractère d’une obligation librement consentie.

Quelle bonne, ou plutôt quelle mauvaise plaisanterie! Ecrivez cés choses dañs vos manuels, mais vous savez bien que le plus ingénü de vos élèves n'en croira pas ün mot. Vous lé reconnaissez Œailleurs loyalemént, puisque vous mÉCrIVeZ :

Au lieu de nous emballer sur de. grands mots, ‘de véüloir constamment jouer où fairé jouer à surnomme, noùs ferions mieux dé constater qu'au point de vue de ce que l’on catalogue « morale », la vie réelle ne corres-

pond en rien — ou que par lé plus grand des hasards — à la théorie.

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