DETTE
garçon, préparateur à 1.800 francs par an et sans avenir. (On s'arrange d’ailleurs pour qu'il n’en aie pas.)
— Célèbre Professeur, dit le préparateur, j'ai une idée à vous soumettre; je compte essayer de préparer le radium pur à partir de l’amalgame.
— Petit Préparateur, répond le professeur, si vous n’aviez pas eu cette idée, je l’aurais eue sans doute; nous travaillerons en collaboration.
Pendant six mois, le préparateur travaille dix heures par jour. Le professeur bavarde dans les congrès lointains, sable le champagne, ébauche des idylles. Enfin, les expériences sont terminées, et le professeur daigne signer le mémoire rédigé par le préparateur. Sensation dans le monde savant, notes dans les journaux. Et voilà comment s'établit une réputation scientifique.
Une autre méthode à l'usage des arrivistes consiste à publier plusieurs années de suite le même mémoire, mais servi à différentes sauces. La recette est la suivante : prenez un nègre, faiteslui faire quelques expériences, assaisonnez de mathématiques, et rédigez. Si vous êtes professeur de Chimie physique, par exemple, vous ferez faire par votre nègre un travail sur le. mouvement brownien ; vous publierez premièrement un résumé succinct dans les Comptes Rendus; puis un mémoire plus complet dans le Journal de Physique; nouveau mémoire à peine différent dans le Journal de Chimie Physique, de (Genève; remémoire aux Annales de Physique et Chimie. Ayez d’autres. nègres pour traduire le mémoire en angläis, en allemand, en chinoïs,en patagon; faites-le paraitre dans vingt périodiques en vingt langues différentes. N'oubliez surtout pas les petites conférences à l’usage des gens du monde et des snobinettes. Le résultat couronne justement vos efforts.
Tout le monde s'écrie : « Quelhomme! Quel travail! Quel dentiste ! »
TT
PARSTEUE RSS I RE LES MINES
Ainsi, l'exploitation des savants pauvres, laborieux et incapables d’intrigues, la mauvaise foi scientifique, la gabegie et l’anarchie dans les laboratoires de. recherche, la décadence croissante de l'enseignement supérieur, tel est le bilan de la Sorbonne.