‹ A la veillée [microforme]Chapitre 13 sur 28 · LE FEU DES ROUSSI · texte numérisé non relu

LE FEU DES ROUSSI

Quinze ans s'étaient écoulés depuis ce jour de bonheur et d'union, quinze ans de païx, tels que Cyprien n'avait Jamais osé les souhaiter luimême à ses heures de rêveries les plus égoises, La petite famille s'était augmentée d'un gros garçon bien fait ot bien portant, ei, comme Cyprien s'était vite apprivoisé travail, une modeste récompensé

à l’idée du aisance l'avait de sun labeur assidu.

C'était à Paspébiac qu'il habitait maintenant; car il Jui avait été difficile de demeurer longtemps dans un village qui ne Jui rappelait que le souvenir de ges fredaines passées.

Là, il avait trouvé de l'emploi auprès de la maison Robin qui avait su apprécier cet homme sobre, actif, rangé ; et petit à petit les écus allaient au fond du grand coffre qui renfermait Je linge blanc, et s'y amoncelaient en attendant l'époque où le fils Jeannot Pourrait aller commencer ses études au petit séminaire de Québec.

Cyprien s'était bien mis en tête de lui faire faire son cours Classique, et Jeannot avait débuté en écoutant attentivement sa mère lui inculquer ces Principes sages, cet amour de Ja religion et cette triste expérience du monde qu'elle avait su jadis faire passer dans l'âme du petit Cyprien.

Le bonheur terrestre semblait fait pour cette humble maison ; la paix de l'âme y régnait en souveraine, lorsqu'un soir une

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Catastrophe sondaine y fit entrer {es larmes et les sanglots.

C'était en hiver, au mois de janvier.

Marie était seule à Préparer le souper auprès du poêle rougi: Cyprien et Jean s'en étaient allés Causer d’affaires à Ja

maison occupée par les employés des Robins.

Que se passa:t il pendant cette triste absence ? Personne ne put le dire,

Seulement, lorsque Cyprien et son fils furent arrivés sur le seuil de leur demenre, ils entendirent des gémissements plaintifs. Ils se précipitèrent dans la cuisine, et le pied du malheureux père heurta le Corps de sa pauvre femme, qui gisait sur le plancher au milieu d’une mare d’eau bouillante, À ses côtés, “ne bouilloire entr'ouverte n'indiquait que trop comment le malheur était arrivé.

Pendant &eux heures, Marie ent le courage de vivre; elle offrait à !}:n ses indicibleg souffrances, en échange de cette absolntion qu’elle savait ne pouvoir

ou

Obtenir sur Ja terre » CaT lors la côte était desservie.par un Pieux missionnaire qui restait À une grande distance de Paspébiac.

Agenovillés, Cyprien et Jean plenraient à chaudes larmes. Déjà Marie, les yeux demi-fermés, semblait reposer, lorsque tont-4-coup elle les ouvrit démesurément grands, Cyprien vit qu'elle baissait : il se 16Va pour se pencher sur elle, et il l'en tendit murmurer :

— Ta promesse, Cyprien, de ne plus boire... ,

— Je m'en souviens toujours, et je la tiendrai ; sois tranquille; dors, mon enfant !

Alors Marie s’endormit,

Le silence et les larmes avaient envahi Ja maisonnette du Pauvre Cyprien, Le coup fut rude à SUpporter; aussi Cyprien prit-il du temps à s'en remettre, Ce départ avait tont dérangé et, comme bien d'autres Projets, celui de mettre Jean au séminaire fut aba: ‘onné, En

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ces temps de douleurs, son père avait vieilli de dix longues années; cette vieil.

lesse prématurée affaiblissait ses forces ainsi que son Courage, et Jean lui-même avait demandé à rester Pour venir en aide au travail paternel.

Les jours passaient devant eux, mornes et sans joie, lorsqu'un matin Daniel Gendron fit sa bruyante entrée dans la Maison des délaissés. Gendron avait entendu dire que par ex bas la pêche était bonne. Si la pauvreté contrariait maître Daniel, en revanche l'esprit d'ordre ne le taquinait pas trop, et, repoussé de toutes les formes du comté de Montmorency, il s’en était venu solliciter un engagement à la maison Robin. Sa première visite était pour Cyprien avec qui il avait bu plus d'un joyeux coup, lors des interminables flâneries de jadis.

Cyprien n’aimait Pas trop à revoir

ceux qui avaient en Connaissance de sa vie de jeunesse ; AUS] lui fit-il un aceneil assez froid. Gendron ne put s'empêcher de le remarquer :

— Comment in as l'air jourd’hui, maître C ne te ferait pas plai

tont drôle an.

Yprien ; est-ce que ça sir de me revoir ?

— Oui, oui, Daniel, ça me ferait Plaisir en tout autre moment ; mais aujourd’hui c'est jour de pêche et, comme tu es novice, j'aime à te dire qu'on ne Prépare Pas en une minute tout ce qu'il fant €Mporter pour aller au large,

— Tiens! je serais Curieux de t’ Pagner pour voir Ça ; Première leçon.

1, tu ferais mieux de profiter de ton dernier jour

travaille dur Par ici.

— Bah! ça me fait plai

une ligne: et Puis, nous bon temps.

Sir d'aller jeter Parlerons du

— Ah ! pour cela, non ment Cyprien, rappelle !

l dit énergique.

Je n'aime Pas qu'on me le

— Pourquoi donc,

mon cher ? Nous buvions se

cet nous chantions fort alors!

rôle an.

è que ça oir ?

It plaisir urd’hui tu es prépare il faut

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suivre rofiter ar on

jeter’ is du

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Nous lors!

Est-ce que cel Cyprien ?

a n’était pas Je vrai plaisir,

— Daniel, ce

qui est mort est mort :

laissons ça là.

— Comme tu voudras, Monsieur: mais tout de même, tu es devenu fièrement ennuyeux ! et toi qui riais de si bon cœur de notre curé, tu as rattrapé le temps

perdu, et te voilà Maintenant plus dévot que le pape,

Sans répondre, Cyprien se dirigea vers la grève, suivi de Jean et de Daniel ; Jà

ils poussèrent la berge à l’eau, et se mirent

Le temps était ; Petit vent souf.

Promettait une ntait une chan.

ant que Cyprien et ieusement la lame ;

bonne pêche. Daniel cha son de Tameur, pend Jean fendaient silenc cela dura ainsi jusqu’à ce qu'ils fussent arrivés sur les fonds ; alors, ils se mirent Courageusement à pêcher.

Pendant deux bonnes heures, allèrent de tout cœur, et la berge

ils s'em-

as RES

Em comen

plissait de morues, lorsque Daniel interrompit son travail, en disant :

— Ne tror-.tn pas, Cyprien, que la brise rentorcit ? il serait prudent de rentrer, qu’en dis-tu ?

* Cyprien sembla sortir d’une longue rêéverie: du regard, il fit le tour de l'horizon ; puis, d’une voix brève, il commanda à Jean :

— Lève la haussière !

Et se tournant vers Daniel :

— Déferle la voile! je prends la barre!

déferle vite, nous n'avons pas de temps à perdre, Daniel!

Une minute après, la berge était coquettement penchée sur la vague et

Volait à tire-d’aile vers la pointe dû banc de Paspébiac.

On était alors ver: les derniers jours de mai: il fait encore froid à cette époque, surtout par “2 grosse brise, et rien de supren?r t si les mains s’'engourdissaient facile. :. Laniel se SOufHait dans les

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1, que la : de ren-

longue tour de

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à barre!

temps à

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S jours ‘poque, rien de ssaient ans les

doigts depuis quelque temps, mais portant la main à Sa poche, il en retira une bouteille de rhum.

Il la tendittriomphalement à Cyprien :

— Prends un COUP, mon

homme, ça réchautte, et ca n'est p

as l’occasion qui man.

que par cette température-ci. Diable !

qui a eu l'idée d'appeler cette baie la baie des Chaleurs ?

— Grarde pour toi, prends pas, merci !

l'écoute |

Daniel ; je n'en Veille toujours à

Et il secoua tristement sa pipe par.

dessus bord de l'air d'un homme qui ne se sent pas le cœur à l'aise,

e, et pour cet all rien da

ant en ce momen des pieds à la tête.

, 5 dif ; p pui

Roussi tint bon tout de même ; sa main n'avait pas lâché Ja barre; ses habits ruisselaient, Le froid augmentait, et Daniel qui avait à demi esquivé ce coup de mer, s'en consolait en reprenant un second | Coup.

— Là, vraiment, Cyprien, tu n’en prendrais pas ? Ça fait furieusement du bien pourtant, lorsqu'on est mouillé !

Cyprien eut un frisson ; il ne sentait plus la pression de ses doigts sur la barre ; l'onglée l'avait saisi, et détachant une main du gouvernail, il la tendit enfin vers Daniel et but à longs traits,

ee mn TR

Il avait menti à sa Pauvre morte !

| Le lendemain matin, on trouva à l'en.

trée du Banc une berge jetée au plein la quille en l'air,

Depuis ce sinistre, on aperçoit à Ja veille du mauvais temps une flamme bleuâtre courir sur la baie,

— Suivant les rapports de ceux qui il l'ont examinée, dit’ l'abbé Ferland, elle ji s'élève parfois du sein de la mer, à demi.

; Sa main S habits et Daniel » de mer, 1 second

en prendu bien

> sentait a barre ; ant une it enfin

à à l’en.

plein la

t à Ja lamme

X qui d, elle | demi-

. terprétation Populaire,

distance entre Cara

quet et Paspébiac.

Tantôt petite

comme un flambeau, tantôt ndue comme un vaste incendie, elle s’avance, elle recule, elle

s'élève, Quand le voyageur croit être arrivé au lieu où il Ja voyait, elle disparaît tout-à-coup, Puis elle se montre de nou- Veau, lorsqu'il est éloigné. Les pêcheurs afirment que ces feux marquent l'endroit Où périt dans un STos temps une berge conduite par quelques hardis marins du nom de Roussi: cette lumière, selon l'inavertissait les S Pauvres noyés.— Ceci est Ja Pure vérité.

Passants de prier pour le

Aussi, Voyageurs et vous verrez o au fond de

pêcheurs, lorsque sciller un Point lumineux la baie des Chaleurs, agede Profundis Car Vous aurez vu le feu

nouillez-vous, et dites un pour les d éfunts, des Roussi,

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