‹ A la veillée [microforme]Chapitre 18 sur 28 · LE FANTÔME DE LA ROCIIE · texte numérisé non relu

LE FANTÔME DE LA ROCIIE

Depuis longtemps le corps de Martial Dubé avait disparu sous les vases de la Baie de Ste. Croix.

Les biens de la terre continuaient à combler mon oncle de leurs faveurs: la

: Prospérité débordait autour de lui, et son commerce l'avait mis à même d'acheter

une belle propriété située dans le bas de Beaumont.

Là, il vivait heureux et honoré: ses capitaux étaient utilisés de manière à

profiter à tout le monde. Il s’appliquait surtout à donner un véritable cours d'agriculture pratique aux paysans, et chacune des grosses récoltes qu'il engrangeait prouvait plus contre la vieille routine que n'importe quel argument. Les saines leçons qu'il avait puisées dans ses champs d’Ecosse le servaient à ravir, à en juger par les blés magnifiques que vers l'automne il s'en allait échanger à la ville contre du bon or anglais.

On était alors au 21 octobre 1779 ; mon oncle venait d’avoir 41 ans, et

comme il ne remettait jamais au lende. :

main ce qui pouvait se faire la veille, il était dans son champ et donnait A4 ordres pour le faire labourer. L'été

sauvages arrivait, et ce matin-là, 1e temps s'était révélé superbe pour la charrue et pour les bœufs. Leurs grands naseaux humaient à délices les chaudes efluves qui sortaient du sol: au loin la nonnette et Ja mésange jetaient leurs cris plaintifs dans les feuilles qui, avant de mourir, se drapuient frileu-

Lo!

2, mm

appliquait ble cours aysans, et qu'il encontre la quel arguait puisées ervaient à agnifiques : échanger lais,

bre 1779:

L ans, et

au lende- :

a veille, il nnait das L'été Hin-là, 1e : pour Ja rs grands s chaudes : au loin jetaient illes qui, it frileu-

sement sous leurs couleurs vives et pleines du jen des lumières, On aurait dit qu’un souffle de printemps passait sur la prairie : l':isecte bruissait sous l'herbe Jaunie, le vent était tiède, le soleil chaud, et pourtant tonte cette nature allait dis.

Paraître avant un moi

S SOUS un épais Tinecuil de neige. |

La terre ressemble dans nos climat: du nord à l’homme vieilli : l’une renaît et meurt sous les baisers du soleil ; l'autre, parti de l'enfance, s’en retourne vieux et chancelant Par l'enfance, et l’une est un

enseignement pour l'autre,

Or, après avoir donné ses ordres, mon grand oncle descendit vers un petit vallon, où coulait une source d’eau vive.

IU dut sy rafraîchir. Une demi-heure après, Pierre Touchet, qui guidait les bœnfs, le vit reparaître et se diriger vers sà maison, Il était pâli, et lui qui d’or.

dinaire marchait si alerte et si droit, il s’en allait distraitement, Ja tête penchée

et les deux mains derrière le dos, Pierre crut à quelque chose d’extraor.

dinaire et, laissant là sa charrue, il le suivit à distance pour voir ce qui allait se passer.

M. Fraser gravit lentement les marches de son perron, Sa femme était précisée ment à la porte qui balayait l'entrée : il la baisa au front, et, décrochant le cor qui lui servait à rappeler les hommes du :

travail, il se prit à le sonner vigoureusement.

Debout sur le seuil de son manoir, de capitaine Fraser ressemblait à une apparition de sa jeunesse disparue. (C'était ainsi qu'il devait sonner l'hallali du cerf,

au fond des gorges sauvages des montagnes du Morven; calme et impassible, c'était ainsi qu'il devait redresser sa haute stature sous la pluie de balles que le Royal Roussillon et le Royal Angonlème faisaient grêler sur son régiment, au terrible jour de la bataille des plaines d'Abraham.

Tous ses hommes cournient à travers champs; on les voyait venir à qui mieux mieux, croyant trouver la maison ou les

rrue, il le > qui allait

es marches it préciséentrée : il le cor qui mmes du * igoureuse-

manoir, de une appae. C'était li du cerf, des monnpassible, resser Sa balles que xl Angourégiment, es plaines

à travers jui mieux son ou les

bâtiments en feu ; mais le capit Sans répondre aux questions, toujours du cor, jusqu'à ce q Vallières, le dernier arrivé, eût mis le pied dans la salle où d'ordinaire les trac vailleurs mangeaient.

Le

aine Fraser,

sonnait ue Louis

Alors il ferma la porte, & un fauteuil, et, faisant monde, il dit:

e fit apporter asseoir tout le

— Mes enfants, j'ai tenu à vous réunir Pour vous dire combien je suis heureux de vous voir tons aimer l'agriculture et tous assidus au travail, gagnez toujours votre p et vous vous a honorée, J

Continuez:

ain honnôtement, ssurerez une vieillesse e n'ai pas cessé de songer à votre bien-être, et quand je ne ser là, mes héritiers ont ordre de vous traiter avec là même sollicitude. Maintenant veuillez me pardonner les torts que j'ai PU avoir envers vous; l’homme est né pécheur, et bien des lois j'ai pu vous froisser par ma sévérité : aujourd'hui l'heure de l'oubli est venue, Ne cessez Pas d'être doux et bienveillants pour vos

ai plus

semblables. Tout est récompensé en ce monde, et parce que jadis je fus bon envers un nécessiteux, je viens de recevoir une grâce inespérée. Dieu a permis que je fusse averti: au soleil couchant je dois mourir. Martial Dubé m'est apparu sur la roche du vallon: il m'a dit que tout était fini, et je n’ai que le temps de me Préparer. Attelle au plus vite, Pierre, et va chercher M. Duchesnau, notre curé.

Pierre se mit en route pendant que tout le monde pleurait, et que ma grand’tante ne savait où donner la tête.

Au milieu de tout ce monde en sanglots, mon oncle conservait son sang-froid ; il donnait ses dernières instructions, écrivait des lettres à ses parents d’'Ecosse ; puis, quand le curé fut arrivé, ils s’enfermèrent tous deux, et Dieu seul sut ce qui se passa entre ces deux hommes, Seulement, lorsque l'abbé sortit, on m'a rapporté qu'il avait les yeux pleins de larmes, pendant que le front de mon grand-oncle rayonnait d'une sérénité angélique.

nsé en ce fus bon s de rece- | a permis uchant je st apparu que tout s de me Pierre, et e curé.

lant que a grand’le.

sanglots, froid ; il ns, écri- Ecosse ; s s’enferat ce qui

Seulem'a rapeins de de mon snité an-

Cependant Je jour baissait: c'était en octobre, cinq heures allaient sonner, et le soleil part Vers cette heure-là. Mon oncle fit rouler alors son grand fauteuil auprès de la fenêtre qui regarde l’île d'Orléans et les Laurentides : il Murmura quelque chose à l'oreille de sa femme ; Puis, reposant sa main gauche dans celle de ma Srand'tante, de l’autre il bénit ses enfants à genoux auprès de lui.

En ce moment Je soleil l'horizon, et mon oncle Fra légèrement la té

plongea sous ser, inclinant te, remit son esprit entre

les mains du Seiwneur, Depuis lors

doit mourir |

apparaît,

» Chaque fois qu’un Fraser e fantôme de la roche lui

Page 1