‹ A la veillée [microforme]Chapitre 22 sur 28 · Z- VOUS · texte numérisé non relu

Z- VOUS

r, mes in peu

l'époupersait se reice se n qui Jules bois ; icaux disait s-rons comsique Tenri

sonnait de la trompette, comme si les modestes murs de la maison eussent été les murailles de Jéricho ; Napoléon, les doigts étendus devant la lampe, tâchait de façonner sur la tapisserie l'ombre du profil d’un lapin, et mère-grande, joyeuse, libre et débarrassée de cette meute aboyante, se livrait alors au plaisir favori de la journée : elle endormait le petit Charles,

Petit Charles était le Benjamin de ma mère. Trop grand pour son âge, maigre, souffreteux, en le voyant on pressentait qu'un jour il partirait, et cesserait d'être notre frère pour devenir l'ange gardien de la famille, Aussi, l’une des berceuses favorites de ma grand'mère était celle qui commence ainsi :

Les anges de ton âge Dorinent leur doux sommeil, Bercés dans un nuage Soyeux, frais et verineil, Leurs rideuux sont le voile De lu mère d'amour ;

Lour lumpe est une étoile Du céleste séjour,

D'autres fois, penchant sa figure ridée et blanchie par l'expérience et par l’âge, sur le visage émacié du petit, grand’.

mère fredonnait doucement la triste Complainte de Voitelain :

Dodo, l'enfant dodo !

Les malheureux vieillissent vite ; Dodo, l'enfant dodo!

Garde tes larmes pour tantôt !

Charles s’endormait petit à petit, et mère-grande, lui passant au cou le chapelet du Pape, se levait alors sur la pointe des pieds, et allait le déposer sans bruit dans la petite conchette en noyer qui est devenue aujourd’hui l'héritage des Sœurs Grises,

Le chapelet du Pape ! Ah! c'était moi qui, dans une de mes longues courses par le monde, lui avais rapporté cette précieuse relique.

Dix fois dans le mois, grand'mère me faisait raconter Comment je l'avais eue; et, puisque ces choses me reviennent foujours à la mémoire, vaut autant vous

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les dire tout de suite, Bien que ma grand'mère soit morte, je suis persuadé que son âme m'écoutera avec autant de plaisir que jadis ;—et il me semble l’entendre m'interroger, tout en conduisant ses aiguilles dans la trame de son tricot :

—Eh ! bien, Henri, tu as donc eu la chance de voir le Pape ?

—Oui, grand'mère, je l’ai vu; je lui ai parlé et il nous a bénis, vous en particulier,

—Allons, raconte-moi ça, mon enfant, et tâche de te bien rappeler toutes ses paroles ; la mémoire est un des dons du Saint-Esprit, et tous les jours je remercie le bon Dieu de me l'avoir conservée,

Alors les aiguilles s'arrêtaient dans le tricot; et toute la bruyante nichée se rapprochait pour saisir toutes les paroles de mon récit, :

—Grand'mère, commencçai-je alors, vous n'êtes pas sans savoir que le Pape demeure au Vatican, immense palais situé à droite de la sainte basilique de l’apôtre

Pierre. Or, par un dimanche tout ensoleillé, comme j'étais en train de dégringoler les quatre wiani de mon hôtel pour aller dîner, je m'arrétai tout court sur l’une des marches du dernier escalier, car un bruit de voix sonores sortait de la loge du concierge: Mon nom fut prononcé ; puis, j'entendis le bruit sec et métallique d'une mullette d'éperon battant le parquet en marbre.

C'était un dragon pontifical qui venait m'apporter un billet de monseigneur Negroto, m'annonçant que Sa Sainteté me recevrrait en andience, ce jour-là même, à deux heures précises,

Sollicitée depuis plusieurs jours, cette audience était sans cesse remise; et puis, dois-je vous l'avouer, grand’mère ? il fallait quitter Rome bientôt, et mon cœur se désespérait,

Mais ils’agissait bien de cela maintenant.

La lettre de monsignor était là sur ma table, et il ne faut pas s'étonner si, ce jour-là, le dîner fut oublié.

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Nous avions autre chose a penser D'abord, je dis nous » Car il fallait se procurer un long voile pour Joséphine, les femmes n'étant admises an Vatican que voilées et vêtues de noir. Il fallait encore rassembler tous les objets de piété que nous voulions rapporter bénis au Canada ; puis, trouver quelques minutes pour ous recueillir un peu ; car c'était à ne pas y croire, grand'mère: dans une heure nous allions parler au Pape !

À une heure trois quarts pourtant, tout était prêt. Une voiture de place nous attendait, et bientot nous traversions rapidement le pont Saint-Ange, pour ne

‘plus nous arrêter qu'en face de la statue

équestre de Constantin. Nous étions au Vatican, et ce fut l'âme joyeuse, le cœur léger, que nous passämes entre les halle.

bardiers Suisses, et que nous montâmes linmense escalier qui conduit à la salle des audiences publiques.

Une trentaine de Personnes y étaient déjà réunies. C'étaient des prêtres, des religieuses, deux militaires, trois ou

quatre bourgeois, un attaché d’ambassade, et mon œil se plaisait à errer de groupes en groupes, lorsqu'un bruit traversa la salle, et l'une des portes laté.

rales s’ouvrit pour laisser Passer trois pré-

lats vêtus de violet.

Au milieu d'eux marchait un homme de haute stature, un peu replet, et portant : droite et fière une tête resplendissante de calme.et de Paix intérieure,

Nos genoux fléchirent ; à sa sontane blanche, nous avions reconnu Pie IX.

Mais lui, d'un geste tout paternel, nous fit relever, et, commençant par la droite, il adressa Cordialement la parole à celui qui se trouva le Premier sur son passage ; c'était un trappiste. J'étais du côté privilégié, mais à la queue tout-à-fait, près de la porte de sortie. Et pourtant :il approchait, grand'mère, et à mesure qu’il s'avançait, j'entendais distinctement mon cœur battre dans ma poitrine,

Déjà le Pape était arrivé à mon voisin :

et tout à coup une voix claire, sympathi-

l’'ambaserrer de n bruit tes latérois pré-

homme

portant :

lissante

outane

à IX.

I, nous droite, \ celui ssag'e ; té prit, près tant il e qu'il it mon

"oisin ; pathi-

que, fortement nuancée d’accent italier.

me dit en français:

— D'où êtes-vous, mon enfant ?

—Du Canada, répondis-je en levant les yeux.

Le pape était là, debont devant moi!

—Ah! ah! de mon Pays de prédilection, continua:t-il en souriant, Votre patrie est une terre de braves, une terre d'exemple et de bénédiction.

Puis, changeant brusquement de sujet:

— Votre évêque n'est:l pas monseigneur.....Geon, Regeon ?

—Monseigneur Baillargeon, votre S

ain-

teté.

—Ah! bien, bien! je me remets son nom maintenant ; c’est moi qui l’ai nom-

mé, mais il y en a tant que je ne puis me les rappeler tous. Ah! j'ai bien travaillé Pour votre pays. C'est moi qui ai érigé les diocèses de Bytown, de Trois-Rivières, de St. Hyacinthe, de Hamilton, de Sand-

ge.

diocèse de Rimouski, votre Sainteté,

—Celui-là même, mon enfant. Ah! si Dieu daigne Préserver ma vie, Je ferai encore autre chose Pour vous, pour l'A.

mérique, avec l’aide du St. Esprit et de Sa grâce,

Puis, se tournant du

côté de ma femme qui se tenait debout pr

ès de moi :

— Quelle est cette dame ? votre sœur, sans doute ?

— Pardon, saint Père, c'est ma femme.

— Votre femme !

mais vous êtes bien jeunes tous les deux

» Mes enfants.

- Que Voulez-vous, saint Père, j'ai cru !'udent de ne pas attendre l'âge des patriarches, et Je suis marié depuis un an.

Le pape se Prit à rire de mitallique sant ;

ce gros rire qui lui est Parliculier, en di.

er, celuilaÏs, mais auvage,

Rimouski,

Ah!si Je ferai pour l'A.

rit et de

femme

€ sœur,

emme.

>s bien

j'ai cru des paun an,

OS rire en di-

— C’est bien, très-bien, mes enfants.

Puis, redevénant grave tout-à-coup:

—Maintenant, je vais vous bénir, ainsi que les objets de dévotion que je vous vois entre les mains,

Nous nous agenouillâmes, et c'est en ce moment que je demandai an pape l'indulgence in aticulo mortis pour vous, grand'mère, ainsi que pour tous les membres de la famille,

Pie IX leva la main; vous étiez tons bénis et la faveur suprême nous était accordée.

Le pape allait s'éloigner et traverser la

salle, lorsqu'en retournant d’un pas, il laissa tomber cette question :

— Et que faites-vous là-bas, au Canada ?

—Je suis officier du gouvernement canadien, et à mes heures de loisir, je m'occupe de littérature.

Alors revenant vers moi et. me regardant fixément, il dit en scandant chaque mot :

—La plume est n grande que l'épée; c'est Par elle que la bible et l'évangile nous Ont été transmis.

Servez-vous toujours de la vôtre avec des

intentions de paix, de justice et de dé- Vouement à l'Eglise votre mère,

ne puissance plus

Il devint rêveur

une seconde, puis reprit :

—Quand vous serez retourné là-bas, Mon enfant, dites à vos COMpatriotes que Vous avez vu le pape et que, fort de la Parole toute puissante de Dieu, il ne craint rien des embüûches qu'on luitend, L'E.

glise catholique a soif de Persécutions ; elles forment la sève de son tronc vivace, et plus elles sont fortes, plus l'arbre immortel grandit et s'élève Mmajestueusement vers l'éternité.

11 nous quitta alors, et parcourut Jusqu'au dernier les divers loupes qui étaient disséminés dans la salle. Puis, lorsqu'il ent donné une bonne parole à chacun, le Pape s'approcha de quelques marches disposées au fond de l'appartement, et, redressant sa haute Stature, se

sance plus elle que la 6 transmis.

‘e avec des et de dé-

nde, puis

16 là-bas, riotes que ort de la [ne craint nd. L'E.

écutions :

C vivace, irbre imestueuse-

arut juspes qui > Puis, parole à [uelques apparteture, se

prit à dire, d’une voix forte, à la foule Prosternée de nouveau :

“ Mes enfants, voici l’heure venue de vous donner ma bénédiction. Je vous bénis, vous et vos parents, et cette béné.

diction ira s'étendre jusqu’à la quatrième génération. Je bénis vos proches, vos amis, tous ceux qui vous aiment ; je bénis VOS pays, Vos évêques, vos prêtres, et tous Ceux qui vous gouvernent, afin que vous soyez toujours dans la voie droite, et que Vous V persévériez jusqu’an jour où, je l'espère, nous nous renCcontrerons tous dans la félicité sans bornes. Elevez vos cœurs ! Priez, pour être tons pénétrés des dons et des lumières du Saint-Esprit, et au jour où, brisés par l’agonie, vous vous tordrez, pleins de terreurs, sur l'oreiller solitaire de la mort, vous vous apercevrez, quoi qu’en disent les beaux esprits et les libres-penseurs, que la bénédiction de l’humble vicaire du Christ peut encore et pourra toujours jusqu’à la fin des siècles anéantir la puissance du démon et de son Cortége immonde., Allez

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en paix, et soyez donc tous bénis, au nom du Père, au nom du Fils, et au nom du Saint-Esprit.”

Un silence profond suivait toujours ce récit; chacun se recueiliait et semblait se répéter les dernières paroles du pape.

Appuyée dans sa berceuse, grand'mère Jjoignait ses mains sur ses genoux; alors, la tète inclinée, elle semblait recevoir de son petit-fils cette bénédiction de Pie IX.

Puis sa voix tremblante disait :

—Æt le chapelet, Henri, tu ne t'es pas trompé ; c’est bien celui du pape ?

—Oui, grand'mère, c’est bien lui,

Alors elle se levait lentement et s'en allait, appuyée sur sa canne de frène, l'enlever des mains de petit Charles endormi. Elle baisait avec ferveur le saint souvenir; ses lèvres tremblaient en murmurant l’Ave, et ses doigts roidis et noués par l’âge couraient pieusement sur les dizaines. La soirée s’envolait ainsi, et ce fut comme cela que le chapelet devint un

JS, AU nom 1 nom du

ujours ce semblait du pepe.

and’mère ix; alors, cevoir de

e Pie IX.

e t'es pas e ?

lui,

it et s’en de frène, iarles enr le saint en muret noués

sur les isi, et ce evint un

des plus grands enseignements de notre faille,

Si vous vous en souvenez bien, nous étions une nichée de dix à la maison.

Or, petit à petit, chacun de nous avait fini par sortir la tête hors du nid, L'imprudent mesurait l’espace un instant, battait de l’aîle, puis finisenit par prendre sa volée, Les uns partirent pour l’étranger, d’autres pour le collége on le couvent, et un jour grand'mère se trouva seule avec le petit Charles, inquiet et toujours souffreteux.

L'aiguillon du mal avait développé l'in.

telligence de Charles, Grand'mère mettait à son service sa longue expérience et la sagesse de ses vieux ans. C'étaient là les hochets de l'enfant, et rien n'égalait la joie charmante qu'il éprouvait lorsque la leçon se cachait sous un de ces contes

É Li comme elle seule savait nous les dire.

Une nuit pourtant, ces lèvres fines et gauloises se fermèrent à tout jamais,

Une faible indisposition s'était décla-

rée; puis, survint un léger étourdissement; alors grand'mère avait voulu se faire transporter sur le canapé où, cinquante ans auparavant, son. mari était mort, et là, sans douleur et sans remords, elle mourut,

Dans la maison, tout le mânde sanglottait, et pourtant il fallut bientôt se séparer de la chère dépouille, Grand'mère prit le chemin du cimetière, suivie d’un convoi bien mince; les justes laissent si peu de traces ici-bas! Mon compagnon de route et de tristesse fut le petit Charles, Sa main dans la mienne, il marchait à pas inégaux, les yeux rougis, sans trop savoir pourquoi; c'était le premier mort qui traversait sa vie, et le pauvre enfant

ignorait encore le profond mystère de la

tombe. 11 fut silencieux jusqu’à la fosse ; ais lorsque les cordes crièrent, lorsque le cercueil, balancé au-dessus du trou, fut déposé dans son lit de terre, lorsque le premier coup de pelle du fossoyeur eut ganchement fait rouler un gros caillou sur le couvercle de la bière, Charles me

tourdissevoulu se é où, cinaari était remords,

> sanglote séparer nère prit l'un connt si peu gnon de Charles, rchait à ans trop ier mort e enfant ère de la la fosse ; lorsque du trou, rsque le yeur eut s caillou rles me

tira par la manche de mon habit et me força à me pencher jusqu’à son oreille,

—Pourquoi mettre grand'mère là-dedans ? dit-il. Mais, regarde donc, Henri!

ils lui jettent des pierres.

—Pauvre enfant, mère-grande est là, Parcequ'elle est morte; ce trou est le

chemin par où l’on Passe pour aller voir le bon Dieu.

Pendant que la terre se nivelait, Charles ne dit plus rien ; mais au tremblement de sa petite main, je sentis qu'il avait compris, et ce soir-là, je l’entendis pleurer tout bas dans son lit. Dans la nuit, il eut un léger accès de fièvre, et pour l'endormir, je fus forcé de remplacer grand’.

mère et de lui chanter Ja navrante bere ceuse de Voitelain :

Dodo ! l’anfant dodo ! à Les malheureux vieillissent vite, Dodo ! l'enfant dodo !

Garde tes larines Pour tuutôt |

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