PRÉFACE
Ceux qui n'ont pu aller à Bergues le 21 septembre 1913 se sont dédommagés en relisant le beau livre qu'Henry Cochin a consacré à son illustre prédécesseur. Mais ils désiraient y joindre le récit et toutes les richesses d'une commémoration qu'ils avaient applaudie de loin. Les voilà satisfaits. Lamartine et Bergues complète, parachève Lamartine et la Flandre.
Les organisateurs de la fêle si heureusement réussie cet été remplissaient un office national. Une fois de plus, la petite ville a payé la dette dont nous sommes tous débiteurs envers le grand homme. Lamartine a élargi pour nous le monde du mystère, des intuitions profondes et des harmonies émouvantes. Ses poèmes sanctifient des sentiments que l'ordinaire de la vie trop fréquemment profane. Il a ennobli le cœur français. Et depuis un siècle qu'elle rayonne, son œuvre n'a pas épuisé sa vertu ; chacun y peut
profiter, comme au premier jour où elle enchanta l'aube du romantisme ; elle est devenue un foyer de chaleur et de lumière pour l'humanité entière,
une claire étincelle
Distincte au sein de l'âme universelle.
Il y a quatre-vingts ans, la ville de Bergues en adoptant Lamartine a certainement favorisé ce génie" qui avait besoin d'être aimé et qu'on accueillît ses puissances de générosité. Par là, elle s'est acquis un titre glorieux qu'elle a grand' raison de revendiquer et que nous saluons.
Honneur à la terre de Flandre, honneur à la petite ville qui sut distinguer et choisir d'enthousiasme un des plus purs génies de notre sang!
Maurice Barrés.
Charmes-sur-Moselle, septembre 1913.