‹ A Londres, à Lourdes et à Rome en l'an de grâce 1908 [microforme]Chapitre 2 sur 5 · LETTRES AU CLERGE · texte numérisé non relu

LETTRES AU CLERGE

Valleyfield, décembre 1908.

MEs Cuers COLLABORATEURS,

Me voici heureusement de retour de ce voyage que votre piété généreuse avait désiré pour moi, tout en me fournissant Jes moyens de l'entreprendre. J'ai assisté à ce merveilleux congrès eucharistique de Londres : à Lourdes, j'ai pris part aux réjouissances du cinquantenaire des apparitions de la Vierge Immaculée ; à Rome, j'étais présent, le 16 novembre, à la messe Célébrée dans la Basilique Vaticane par Notre

ape Pie X, à l'occasion de son jubilé sacerdotal. Je rends grâces à Dieu de toutes

. mem | Ou CEGEp DE SRAAURENY à | Le 1

les faveurs dont il] m'a comblé, avec mes compa- &nons de voyage : et à vous-mêmes, chers collabora- . teurs, je tiens à offrir de nouveau l'expression la plus cordiale de ma vive gratitude. :

Maintenant, il n'est que juste que je vous rende compte des fêtes auxquelles: nous avons assisté et dont vous connaissez déjà quelque peu les splendeurs par les rapports des journaux. Il me semble qu'une relation personnelle, faite au courant de la plume.et à votre intention, ne saurait manquer de vous intéresser, Ù Je tiens donc à vous raconter notre voyage depuis notre départ et dans tous ses détails, Avec MM. M. Marleau, T. Nepveu, C. Dugas et J. Quesnel, je prenais passage à bord du “ Virginian ” le jeudi soir, 27 août. De Montréal à Québec, il n'y a rien de bien saillant. Descendant le fleuve et | contemplant avec sérénité ses rives si belles | et si variées, nous prenions petit à petit poscession de notre mobile et très Passagère demeure et à l'envi, nous nous promettions de jouir de la traversée Sans payer à la mer le tribut habituel imposé aux tempéraments trop bilieux ow trop impressionnables. A Québec nous changeons de pi lote; nous prenons les quelques Passagers arrivés par le chemin de fer, et après une heure d'escale, noùs voici au fil de l'eau, toujours par un temps radieux et une température idéale, : allant rapidement vers Rimouski, ou plus exactement la Pointe au Père. Ici l'on reçoit les dernières malles ; nous avons de même la liberté de déposer nos lettres ; c'est comme un dernier échange de poignée de mains avec les amis dont il faut défnitivement se séparer pour un temps qui est toujours

en réalité très long, Le lendemain, nous étions, non Pas en pleine mer, mais en plein g.'" 1] fait beau, l'eau est calme ; mais tout de Même nous sommes sur un vaisseau très long, très haut, peu large en somme, et il faut bien sentir un peu le mouvement de balance qui fait, sans qu'on le veuille, monter et descendre le creux de l'estomac avec une sorte d'étreinte au cœur que l'on réprime d'abord bravement en se disant l'un à l'autre: Non, non, je ne suis Pas malade, Je ne serai pas mâ&.ade...."”

Bref, grâce à Dieu, une belle treversée, et suffisamment rapide. Avant de débarquer à Liverpool, on me remet plusieurs lettres. 'e vois que nous serons tous

vieille date, excellent catholique, me réclame chez sui, Mais c'est à douze milles de Londres et nous n'arri-

Marleau et moi nous irons avec les autres au çcouvent des Adoratrices, dans la banlieue londonienne, à Balham. De Liverpool à Londres nous faisons le trajet dans deux compartiments réservés. Nous étions huit avec Son Excellence Mgr Sbaretti, notre délégué apostolique, et son Compagnon l'abbé McNalley. Chez les religieuses nous attendait une réception char mante dans un couvent très modeste, Mais où tout un élage nous avait été réservé. Les Sœurs se disaient très honorées qu'on eût pensé à elles pour nous donner l'hospitalité. Et Nous avons vu tout de suite comme on serait à l'aise et bien traités. Dès le lendemain nous allons à l'archevêché nous présenter à Mgr Bourne et au personne] de sa mzison. Je m'assure ensuite auprès de la Catholic Union que mes compa -

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#nons auront lous les billets nécessaires pour assister aux diverses réunions du Congrès. Ce n'était déjà plus chose facile, le nombre de places disponibles à la cathédrale et dans les salles pour le gros public, était déjà engagé et les demandes affluaient chaque jour de toutes les parties de l'Angleterre et aussi de la France, de la Belgique et d'ailleurs. M'étant bien démené, j'ai obtenu ce que je voulais, que nous fussions tous considérés comme délégués, et nous avons été les objets d'une attention vrahnent extraordinaire, On a élé jusqu'à mettre deux automobiles à notre commune disposition, pour tout le temps du Congrès, comprenant les jours précédant et suivant cette même période, en sorte que ces Messieurs se promenaient, allaient et venaient, dans leur équipage électrique, très heureux de cette honne aubaine, C'était déjà très bien, Mais il y avait le Congrès lui-même qui nous promeltait les plus vives émotions. De fait, je n'ai jamais été plus profondément remué que par ces assises solennelles tenues en pleine capitale de l'empire anglais, sous la présidence d'un Légat du Pape et en l'honneur de la Sainte Eucharistie. Mais je lais- | se de côté les considérations théoriques ; je m'en tiens | au récit des faits eux-mêmes. Ils ont une éloquence | qui Suffit et ne saurait être qu'atténuée par d'inutiles |

commentaires, Le Congrès devait compter six cardinaux, quatre-vingt-quinze évêques, une quinzaine d'abbés mitrés, plus de vingt prélats et près de deux mille prêtres et religieux. Les laïques aussi étaient nombreux et plusieurs comme vous le verrez ont pris une part effective aux travaux. Au reste toute l'organisation matérielle du Congrès, qui ne laissait rien à désirer, témoignait de cette parfaite alliance de l'é-

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lément laique avec les autorités religieuses pour en assurer le plein succès, Un comité Sénéral comprenait d'abord sous la présidence de l'Archevêque de Westminster, tout l'épiscopat anglais, et un très

liques, se Partageaient la besogne, et voyaient à tous les détails, réceptions, hospitalité, réunions publi-

de dire qu'il n'a pas été le moins actif ni le moins efficace, 1] avait spécialement organisé une exposition très considérable et très riche d'ornements et de

dotal, Je Pape avait délégué le cardinal V. Vannutelli pour agir et présider en son nom. C'était donc un Légat a latere, 1] était accompagné de deux gentilshommes de Cape et d'épée, MM. le comte Aymard d'Ursel, et Stuart Coates, qui formaient Sa garde d'honneur. De Rome il arrivait par la Suisse et la Belgique, débarquait à Douvres, et dès lors commençait pour lui et pour le

uverain Pontife, dont il était l'envoyé spécial, une série de réceptions triomphales qui devaient durer même une fois le Congrès terminé. À la gare de Londres, l'attendait une foule considérable qui l'ac- Cueillait au cri de Vive le Pape. Cette foule accom- Pagna le cardina’ jusqu'à l'archevêché, poussant toujours les mêmes hurrahs, et elle stationna plusieurs

PALIOTIÈQUE DU CEGEP DE ST-LAURENT

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heures aux abords du palais pour guetter sa sortie. Ceci se passait la veille de l'ouverture du Congrès. 11 faut observer que c'est la première fois qu'un légat du Saint Siège mettait le pied sur le sol anglais depuis que le cardinal Pole avait été envoyé auprès de la reine Marie Stuart, par le Pape Jules III, en novembre 1554. Sur l'évêché flottent ensemble Je dra- Péau national anglais et le drapeau pontifical. Le lendemain, mercredi, à sept heures du soir l'église était depuis deux heures remplie d'une foule compacte, les rues bondées tout à l'entour, un bon contingent d'horimes de police échelonnés et tenant libre le milieu de la chaussée pour le passage du cortège. Les évêques atrivent de tous côtés, en voitures de gala et en grand costume violet. Ils pénètrent dans le palais. Nous voici tous rendus au pied du grand escalier et l’heure'de la cérémonie est arrivée. Tous se mettent en rang dans un silence relatif et une première procession de prélats se rend avec une majestueuse lentéur dans la cathédrale, où elle s'arrête dans l’ailée centrale, s'étendant depuis le chœur jusqu'au portique. Les grandes portes s'ouvrent; une rumeur qui grossit bien vite et devient une immense et persistante acclamation nous arrive du dehors et nous annonce que le légat et sa suite sont sortis du

palais et se dirigent vers la place de l'église, au milieæ du peuple qui salue de ses vivats. Cela dure quel-

ques dix minutes, puis le Cardinal entre accompa- &né de l'archevêque et tout le cortège se remet en

marche vers le sanctuaire, où les évêques, les abbés et

les prélats ont leurs places marquées d'avance. Le Cardinai drapé de sa grande Cappa-Magna rouge vif avec une traine interminable portée par plusieurs

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Monte en chaire et s'apprête à lire un document qu'il

Cette lettre faisait l'éloge de l'Angleterre, celui des Congrès Eucharistiques, félicitait les catholiques de

cinq autres cardinaux, parmi lesquels était S. E. le Cardinal Mathieu qui ne devait assister qu'à cette première cérémonie. Aussitôt après en effet, il tombait dangereusement malade et vous avez eu le récit de Sa Mort arrivée à Londres ces jours derniers. Les autres cardinaux étaient LL. EE. Gibbons, Logue, Ferrari, et Sancha. Le Cardinal Mercier de.

Vait arriver plus tard. Après le Cardinal Légat ce fut le tour de Mgr l'Archevêque Bourne qui du haut de la Chaire complimente le Délé. gué du Saint-Siège, exprime ses sentiments et ceux de tous les catholiques de l'Angleterre à l'égard du

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Souverain Pontife et de son illustre représentant. Tout ceci était bien solennel dans cette magnifique église de Westminster, où se trouvait une si imposante assemblée de prélats et de fidèles. Un chœur superbe, le chœur ordinaire de la cathédrale chante ensuite le “ Tu es Petrus ”; puis le Saint Sacrement est exposé et Mgr Kelly, coadjuteur du Cardinal Moran, donne la bénédiction. Le congrès Eucharistique de Londres était ouvert et il allait dépasser en magnificence les dix-huit Congrès précédents. Ceux-ci avaient été tenus dans plusieurs villes de France, de Suisse, de Belgique, d'Allemagne, et même à Rome et à Jérusalem. Celui de Londres devait être de tous le plus imposant et le plus important. La série des plus belles cérémonies que l'on puisse imaginer allait se dérouler au milieu d'un enthousiasme qui ne devait pas cesser un instant et qui du reste était partagé par les protestants eux-mêmes. Il faut dire en effet que toute la population de Londres, dans son ensemble et avec un accord merveilleux, s'est montrée extrêmement sympathique au Congrès et à tous ceux qui de près ou de loin étaient accourus pour prendre part à cette manifestation Eucharistique, Il y avait même une affiche quelque part avertissant les catholiques que Pour S'assurer la bienveillance administrative dans toutes ses diverses branches, il était bon de porter partout ostensiblement l'insigne de congressiste. Et en effet dans les gares, dans les hôtels, sur la rue, partout on rencontrait les prêtres en soutane, les évéques en violet, les laïques avec leur image du T. S. Sacrement sur la poitrine et on s'empressait de leur

rendre tous les services demandés. C'en était, touchant.

sur le modèle de la croix monumentale Suspendue dans la cathédrale à l'entrée du sanctuair‘e : elle portait d'un côté un ostensoir, de l'autre une miniature de l'église de Westminster. Le ruban était aux Couleurs papales.

Le Congrès s'est partagé en trois parties bien distinctes : il y eut les cérémonies Proprement dites consistant chaque jour en une grand'messe pontificale chantée le jeudi par l'archevêque d'T'‘-acht, et le vendredi par l'archevêque de Paris, àz heures. Il faut mentionner à part celle de la liturs ie grecque célébrée le samedi Par Un archimandrite Mgr Arsenios Aliych avec tout le cérémonial voulu. Ce qui comporte un grand nombre d'ornements très variés et très riches, On avait voulu faire ressortir par là, l'union dans la foi Eucharistique des rites de l'Orient et de l'Occident. Le lecteur, à cette messe était le prince Maximilien de Saxe, frère du roi, devenu prêtre il y 8 quelques années. Dans l'après-midi, il y avait aussi tous les jours Vépres solennelles chantées par un archevêque. Inutile de dire que ces offices étaient suivis Par une foule toujours Compacte et toujours très re- Cueillie. Entre ces cérémonies de la messe et des vêprés avaient lieu les as*emblées d'étude et de discussion. Ellesse tinrent dans trois salles différentes,

l’une Caxton-Hall, était affectée exclusivement aux travaux de langue française. De ces travaux la liste serait trop longue à reproduire ici. Qu'il me suffise de vous dire que leurs auteurs étaient les uns des prêtres, les autres des religieux, plusieurs même des

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ment, la place qu'Il tient société, et donnant la com-

à gradins et avec galeries. Mais elle aurait dû être

beaucoup, plus grande encore pour recevoir tous les pauvres malheureux qui a

rrivés trop fard, ou ne

prévoyant pas l'irruption des multitudes, n'avaient Pas eu la pensée ou la chance de se procurer des billets. Dieu merci, mes compagnons en étaient pour- Vus et avaient de bonnes places. Le premier soir l'assemblée avait un caractère général en ce sens qu'on y admettait les dames aussi bien que les hommes. C'était un beau coup d'œil offert aux évêques descendant l’amphithéâtre pour se rendre sur l’estrade: mais il parait que la vue était encore plus belle pour les assistanis quand cette longue procession des cent prélats, revêtus du manteau de soie violette, défila lentement jusqu'au foyer, pour là se bifurquer et arriver sur le théâtre par les deux escaliers latéraux. Et après les évêques, les cardinaux, avec la traine de Pourpre, complétaient ce spectacie inouï, produisant par lui-même une telle impression sur l'assistance qu'elle se leva comme un seul kinme, et que les acclamations aSsourdi£santes, il] est vrai, mais empoi- &nantes en même temps. ne cessèrent que lorsque tous eurent pris place sur leurs fauteuils et que l’archevêque eût de la main commandé le silence. 1I se fit tout à Coup profond et respectueux pour entendre le cardinal Proposer que Mgr Bourne dirigeût les procédures. Mgr Bourne après quelques mots d'introduction présenta tour à tour les orateurs qui furent NN. SS. Heylen, Delamaire, Bruchési, un évéque d'Australie Mgr Carr, et le duc de Norfolk. Tous naturellement, très applaudis. Mais ces applaudissements devinrent une frénésie qui Souligna chacune des paroles du cardinal Legat quand il prononça le discours final. Le nom de Notre - Seigneur, celui du Pape, l'Eglise catholique. le roi d'Angleterre <oulevèrent chaque fois l'assistance et

il fallait par un geste impérieux obtenir le caline et le silence. Entre les discours on chantait avec ac- Compagnensent d'un orgue puissant, et sous la direction d'un maître de chapelle, des hymnes à l'eucharistie et des cantiques à la Sainte Vierge, etc... L'effet était saisissant, J'ai vu couler bien des larmes. Le fait est que l'émotion était générale. Finalement le Cardinal Légat donna dans sa forme solennelle, la bénédiction apostolique. 11 était près de minuit quand nous pûmes sortir de la salle. Le premier jour du Congrès était passé et l'enthousiasme du début ne faisait que s'accroître et gagnait sensiblement tout le peuple de Londres. Ce à quoi du reste aidèrent beaucoup les comptes rendus très bienveillants que donnèrent tous les grands journaux. même ceux que l'on regardait d'ordinaire comme à peu près étrangers aux préoccupations religieuses. Vous ai-je dit que dès la veille de l'ouverture du Congrès j'avais transporté mes pénates chez M. Fooks notre ami qui demeure à Chislehurst, Sa Maison, un palais, est voisine de celle où mourut le malheureux vaincu de Sédan, Napoléon IT. C'est à douze milles de Londres ; mais notre automobile parcourait cette distance en peu de temps. Je disais la messe dans le salon et après le déjeuner nous repartions M. Marleau et moi pour la. Cathédrale de Westminster où se célébrait la grand'messe. Chaque jour, à une heure, tous les évèques étaient invités avec les cardinaux à déjeûner ensemble à l'hôtel Westminster, le Windsor de Londres. C'était vraiment beau et touchant de voir cette centaine de prélats groupés ainsi sur le pied de l'intimité fraternelle, partagés par petites tables de cinq ou six convives, parlant les diverses langues, et causant de choses d'Eglise.

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