‹ A Londres, à Lourdes et à Rome en l'an de grâce 1908 [microforme]Chapitre 4 sur 5 · HR LES ADR US T · texte numérisé non relu

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Pouvais-je refuser de la part d'un homme aussi dislingué et animé de pareils sentiments, l'invitation pressante et répétée qu'il me faisait faire par l'abbé L. Groulx d'aller passer quelques jours chez lui, c'élait bien difficile, Aussi après deux semaines de séjour à Paris, étant allé présenter mes hommages à Mgr Amette dans la résidence qui remplace le palais arChiépiscopal d'où le cardinal Richard avait été brutalement expulsé, et pendant que les autres confrères allaient visiter d'autres lieux, je prenais avec M. Marleau, le 6 octobre, l'express de Rennes qui par divers raccordements devait nous conduire jusqu'au bord de la mer, non loin de St-Brieuc à Crech'Bleiz, où se irouve le château de l'amiral. Le voyage, très agréable par la variété des paysages, n'offrit aucun incident re marquable. Nous avons fait un bout de chemin avec des jeunes gens qui s'en allaient à la caserne pour commencer leur servite militaire de deux ans. Parmi eux, un jeune oblat, venu exprès de Belgique pour échanger temporairement sa Soutane de religieux contre la tunique du soldat. Pénible exigence d’une loi persécutrice et qui doit avoir au point de vue des vocations les plus déplorables conséquences.

Le soir à huit heures nous descendions à la gare de Penvenan, où nous étions reçus par M. le curé et ses vicaires et l'abbé Groulx. L'équipage de l'amiral nous conduit chez lui en quelques minutes. Lui-même nous attendait à la porte de sa maison Pour nous souhaiter la bienvenue et de concert avec

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Madame de Cuverville, il s'ingénia sans apparence d'aucun effort pour nous rendre aussi agréable, aussi charmant que possible, le séjour que nous allions faire sous son toit hospitalier. Je ne puis pas tout vous raconter en détail, ce serait par trop allonger ma lettre. Je voudrais cependant donner une idée de ce qu'il y a de profondement chrétien dans ces laïiques de France dont M. de Cuverville est le type et l’un des chefs, et qui sont en nombre plus considérable qu'on ne le croit généralement. La propriété de M. de Cuverville s'étend jusqu'à la mer; à marée-basse on dirait que la terre se prolonge indéfiniment, avec ses monticules, ses vallées, ses ruisseaux, ses petits rochers, et quelques habitations par-ci par-là; à maréehaute l'eau vient baigner les murs du jardin, ne laissant apercevoir que quelques ilots dont plusieurs sont couronnés d’un chalet ou d’une construction analogue. Dans le jardin lui-même est un antique moulin de pierre en forme de tourelle. L'étage supérieur a été aménagé en chapelle, on y accède par un escalier circulaire fixé à l'extérieur, c'est pittoresque.

Dans ce petit sanctuaire on conserve le Très-Saint- Sacrement. Chaque matin à six heures, j'arrivais pour dire la messe. Je trouvais déjà à son prie-Dieu, Madame l'amirale, puis allant et venant autour de l'autel, ce vieillard presque octogénaire encore très droit, très ferme, de langage bref et d'allure énergique, achevant les derniers préparatifs pour la célébration du Saint Sacrifice. Il avait versé le vin et l'eau dans les burettes, allumé les cierges de l'autel et celui du bougeoir, disposé les ornements, le missel et les cartons, puis il était lui-même prêt à servir la

Sainte Messe comme un petit enfant de chœur Du reste communiant chaque matin avec s femme, pieuse comme lui. Durant la journée, . table ou entre les repas, soit en parcourant le jardin soit dans le joli musée qu'il a lui-même formé et cata lcgué avec une foule d'objets curieux, recueilli au cours de ses voyages et dont plusieurs, surtout de. bois, viennent du Canada, soit dans sa bibliothèqu très fournie et très variée, soit même en allant vi siter ensemble les demeures de quelques familles de paysans bretons, c'était des entretiens de la plus haut portée religieuse ou sociale, au cours desquels j'avais grand plaisir à entendre parler un homme aussi ins truit, d'une aubsi grande expérience, d'un patriotis: me aussi ardent, d'un attachement à sa religion aussi sincère, et qui mettait autant de conviction en par lant de l'Eglise, de ses luttes, de ses souffrances, de ses triomphes assurés, qu'en parlant marine, politique, questions économiques ou sociales ; et avec quelle érudition! Tous les soirs, à une heure fixe, on entendait la cloche du château sonnée par l'amiral lui-même : à ce signal tout le monde, y compris les domestiques, arrivait de toute part et montait à la chapelle à sa suite, c'était pour la prière en famille Pour le mois du Rosaire, mystères glorieux, disait M. de Cuverville ; il annonçait chaque mystère, disait la grâce à demander, puis récitait tout au long le chapelet auquel répondaient les assistants. Le chapelet terminé, le vieillard continuait les litanies, puis diverses invocations pour l'Eglise, pour la France, pour les évêques et le clergé, pour les re. ligieux et religieuses, puis finalem nt pour son fils Léon, bien malade. Tout cela en haut de cette petite

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tourelle, au milieu d’un jardin en pente sur le bord de la Manche et dans une solitude »bsolue, avouonsle tout de suite, j'étais profondément impressionné.

La ville de Tréguier n'est pas loin de là, l'amiral nous y fit conduire en voiture. C'était jadis une ville épiscopale. La cathédrale, très ancienne et qui conserve encore une certaine beauté, garde le tombeau de St-Yves, un saint breton, patron des avocats. Attenant à la cathédrale, avec les restes d'un vieux cloitre en ruine. est l'antique évèêché qui sert de presbytère. Le curé est un vénérable vieillard de plus de quatre-vingts ans. C’est en face même de l’église, qu'il nous fait voir le fameux monument, élevé par l’'impiété maçonnique au blasphémateur Renan. Et à peu de distance, aux portes de la ville est le calvaire, bel ensemble de statues, représentant le crucifiement de Notre-Seigneur, que la population catholique a voulu faire ériger pour être et demeurer comme une protestation solennelle contre l'acte sacrilège qui l'avait profondément indignée. Au cours de cette promenade nous nous sommes arrêtés chez un ancien commandant des zouaves pontificaux qui avait eu sous ses ordres plusieurs canadiens dont il garde le meilleur souvenir et dont il parle avec un véritable enthousiasme. C'est M. le comte des Jars, encore un fier catholique qui ne met pas ses convictions dans sa poche, mais qui les manifeste tout simplement. C'esi un homme du monde qui a une famille très aimable, ce qui ne l'empêche point de pratiquer la communion

2) fréquente et de causer d’une façon très intelligente et

très intéressante, même sur les sujets qui touchent à la religion. J'ai été enchanté de faire sa connaissance.

En Bretagne tout intéresse un étranger: les routes tortueuses bordées d'ajoncs, les attelages, le c : .me des ;aysans, les maisons elles-mêmes, avec leur pavé de terre battue et leur mobilier dont l'objet principal est le fameux lit clos. La langue du pays, très bien conservée et parlée généralement, s'ajoute à tout le reste pour faire de la po pulation un groupe à part qui a ses usages, ses traditions, sa fierté nationale et qui jusqu'à présent, grâce à Dieu, a conservé aussi sa religion. C'est ce que nous avons pu constater par nous-mêmes dans les paroisses que nous avons vues et dont les curés, semblant très à l'aise au milieu de leurs ouailles, avaient pu réussir sans trop de peine à organiser le denier du culte pour tenir lieu des subsides dont le gouvernement les prive désormais.

Les jours passèrent bien vite dans la compagnie de l'illustre sénateur, amiral de Cuverville, Il fallut se résigner à quitter cet endroit pour retourner à St-Brieuc et de là nous rendre à Auray, où se trouve le célèbre sanctuaire de Sainte- Anne. En arrivant, un samedi, nous allons saluer lès chapelains qui chassés de la maison qu'ils occupaient au chevet de l'église, se sont installés dans un hôtel avoisinant. Notre logement est tout à côté. Ici nous sommes enccre en plein milieu catholique. Nous l'avons bien vu le lendemain par la foule considérable de gens qui venaient de partout pour assister à la messe. Nous avons célébré à l'autel même de la grande thaumaturge, priant avec ferveur, spéciale. ment pour,les mères de familles dont Sainte-Anne est l'auguste patronne. Pour quelques instants nous nous serions crus transportés dans la basilique de Beau-

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pré, mais celle-ci est certainement beaucoup plus riche pour ne rien dire de plus, que celle ä Auray, et l'on ne peut même pas faire de comparaison pour les terrains et les constructions qui les entourent respectivement. Mais le sanctuaire breton est iellement re nommé pour les faveurs spirituelles et temporelles que la mère de Marie ne cesse d'y répandre depuis des siècles, que l'on aime à faire ce pèlerinage très attrayant et très pieux. 11 y a, là aussi, un escalier du prétoire de Pilate que les pèlerins dévots montent à genoux, il y a une source d'eau abondante et fraiche, il y a de même des magasins nombreux d'objets de piété. En face de la basilique est un monument élevé à la mémoire du comte de Chambord qui le représente en plein pied et de grandeur naturelle. Dans le voisinage est le champ et l'ossuaire des martyrs, c'est-à-dire des royalistes français qui, parqués dans un enclos à Quiberon, furent massacrés à bout portant par les ordres du général Hoche, le 27 juin 1795. La chapelle mortuaire dont les murs sont couverts d'inscriptions et où sont gravés les noms de toutes les victimes, est gardée Par les sœurs de la Sagesse qui occupent le couvont d'à côté. Ce couvent lui-même est une an cienne chartreuse qui garde encore, avec les peintu res murales du temps dans les cloîtres et les refectoires, tout le cachet d'un monastère des fils de St-Bruno. Il est au milieu d'une immense propriété qui fournit des fruits et des légumes en abondance. C'est, sous la direction immédiate des religieuses, la culture intensive poussée au suprême degré, et c'est aussi ce qui permet à ces saintes filles, en attendant qu'elles soient chassées, de prodiguer leurs soins à des aveu-

gles, des sourds-muets, des vieillards, des infirme de toute sorte. Nous avons visité la communauté € en partant, je lui ai laissé avec les bénédiction qu'elle me demandait le souhait de rester long temps, longtemps encore appliquée à ces œuvres d charité si admirablement accomplies. L'aumônier M Leclerc, nous avait accompagnés partout et s'étai montré d'une courtoisie charmante. Continuant no ire promenade en voiture et faisant un circuit pou revenir au point de départ, c'est-à-dire, au sanctuaire nous entrons dans le cimetière de la ville d'Auray e nous allons nous agenouiller quelques iaistants sur L: tombe de Mg: de Ségur. Vous savez ce prélat, ce évêque aveugie :t qui y voyait si clair en tant di choses, surtout celles de la religion, auteur de tan! et de si beaux opuscules, qui font encore les délices de la jeunesse des collèges et des séminaires, qu était si aimé de Pie IX et qui lui-même aimait tan! le Pape et l'Egl'se, cet illustre écrivain repose dans un modeste cimetière de la campagne bretonne et tout ce qui peut distinguer des autres sa tombe, celle de sa mère, celle de son frère, c'est une simple table de pierre étendué sur leur fosse et portant leur nom, leur âge et la date de leur mort. J'avais bien connu autrefois Mgr de Ségur, j'ai même servi plusieurs fois sa mcsse, je lui ai servi de guide, et avec quelle joie, dans les rues de Rome, j'étais tout à côté de lun dans St-Pierre au moment où Léon XIII, nouvelle. ment élu, donnait à la foule. :a prmière bénédiction papale et à ce moment-là, j'ai vu couler les larmes de ses yeux éteints. Que de pensées, que de souvenirs, pendant que je suis là à genoux sur sa tombe, priant pour lui et pour sa mère !

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Le lendemain, nous célébrons de nouveau la sainte messe à l'autel de sainte-Anne et nous nous remettons en route pour Nantes où nous arrivons dans la soirée. Nous logeons tout près de la cathédrale. Nous sommes accueillis le matin avec beaucoup d'affabilité par M. le curé lui-même qui non seulement nous facilite la célébration de la messe, mais encore se fait notre guide pour visiter l'église. Il nous montre avec un certain orgueil des portes fracturées à l'époque des inventaires et dont les brisures sont à peine raccommodées par des pièces de bois. Il nous fait le récit mouvementé de l'attaque et de la défense et des divers incidents qui avaient accompagné cette effraction. 11 nous fait voir aussi le tombeau du général de Lamoricière, ce valeureux soldat qui, déjà couvert de gloire par la prise d'Abd-EI-Kader et bien d'autres faits d'armes, avait mis son épée au service de Pie IX. “Le Pape vous appelle, lui avait dit sa noble épouse, faites votre devoir.” Et lui plus tard au moment d'une bataille décisive, il disait à son ami de Quatrebarbes: “ Si vous êtes embarrassé, faites comme moi, invoquez le St-Esprit, il vous viendra aussi en aide.”

C'est dans cette cathédrale de Nantes que repose le corps de ce noble chrétien, défenseur de l'Eglise. Le mausolée est en marbre blanc, aux angles sont quatre statues très belles, représentant les vertus cardinales. A côté de l’église et y communiquant par un couloir est le palais épiscopal, mais hélas, c'est ici comme à peu près partout ailleurs en France, des soldats ou d’autres fonctionnaires ont remplacé l'évêque qui chassé de sa demeure a dû chercher ailleurs une résidence quelconque. Je passe outre les autres monu-

ments qui nous avons vus à Nantes et dont la descrip tion ne saurait vous intéresser. De même que pou: Angers, ou nous arrêtons ensuite, pour être l'objet de la même courtoisie et voir des choses à peu près semblables, C'est à la Cathédrale que nous disons la messe, L'évêque, Mgr Rumeau a dû lui aussi quitter son palais pour accepter un logement temporaire assez loin de son église.

D'Angers nous nous rendons par chemin de fer, jusqu'à Château Gonthier, nous trouvant encore dans le train avec d'excellents catholiques dont la conversation nous rend le voyage très agréable. De Château Gonthier, par une route irès belle, dans une voiture assez confortable nous allons à Daon, village situé sur les bords de la Mayenne et faisant partie du diocèse de Laval. Nous voulions rendre visite à la famille de la Révérende Mère Abbesse des Clarisses de Valleyfield. Nous sommes reçus très aimablement par M. le curé et son vicaire. J'étais bien aise de pouvoir passer quelques heures dans ce presbytère où j'ai pu voir à l'œuvre le zèle et le dévouement d'un pasteur. appuyé sur le concours généreux d'un assistant qui ne marchande point ses bons offices, et le ministère ainsi accompli à deux, aboutissant à des résultats réelle. ment admirables. Je leur ai offert à tous deux de très sincères félicitations. Puis après le diner, je me suis fait conduire chez la vénérable madame Lemoyne qui, âgée de près de quatre vingt dix ans, jouissant d'une santé merveilleuse, tres bonne, très pieuse, Pleine de verve et d'entrain, habite encore avec un filset une fille, l'antique maison paternelle qui a vu naître notre abbesse et dans laquelle rien n'a été Changé depuis que la religieuse lui a fait un supré-

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r * adieu. Je vous laisse à penser la joie causée parnotre visite et l'émotion qui pénétrait le cœur de la vieille mère en parlant de sa fille, partie depuis si longtemps et qui est si loin, là-bas au Canada, et à laquelle elle pense toujours avec la même tendresse se sachant amplement payée de retour par l'affection de son enfant donnée au Seigneur, et plus encore par la bénédiction du bon Dieu qui accepte un double sacrifice à chaque instant renouvelé. Plusieurs parents des alentours viennent nous rencontrer. La conversation se fait animée, captivante dans ce milieu si chrétien. Puis nous allons visiter la petite église qui n'est pas très belle, mais qui offre cependant à notre point de vue personnel plusieurs particularités attrayantes,

Il y a là tant de souvenirs liés à tout ce que nous voyons et nous aurons plus tard tant de joie à les rappeler à la pieuse exilée volontaire de Notre-Dame de Bellerive. Je vais m'agenouiller dans le banc da la famille Lemoyne, qui est le même depuis de très longues années et dans lequel priait jadis la petite enfant devenue la fondatrice du monastère de Sainte- Claire à Valleyfield.

Angers, Tours, Bordeaux ; ici un arrêt pour nous permettre de saluer une religieuse franciscaine, la sœur d'un de nos citoyens de Valleyfield, et enfin nous sommes à Lourdes, dans la maison très hospitalière des Chapelains, située au-dessus du rocher de la grotte des apparitions. Dans ce lieu béni nous allons nous reposer, et jouir tout à notre aise. Accueillis à bras ouverts par le supérieur, un homme aus ;i humble que distingué, aussi pieux que savant, dont la conversation est toujours instructive, nous prenons possession :

des chambres que nous occuperons plusieurs jours, et - d'où nous viendra souvent l'écho et comme le refrain des cantiques qui se font presque sans cesse entendre -autour de la Basilique. A Lourdes toutes les journées se ressemblent ; elles sont toutes, pour les groupes différents de pèlerins, remplies par un programme - d'offices et de cérémonies qui se renouvellent inces- Samment et sans qu'on puisse jamais se lasser d'y prendre part ou d'en être le témoin.

De bon matin, en habit de chœur, nous descendons, par les lacets en pente pratiqués en forme de M dans le flanc de la colline et aboutissant à la grotte où nou: allons dire la sainte messe. A tour de rôle, mes quatre Compagnons de voyage pourront ainsi célébrer après moi.

C'est ici l'endroit privilégié entre tous où, il y a cinquante ans, en 1858, du jeudi 11 février au vendre: di 16 juillet, la sainte Vierge est apparue dix-huit fois à l'humble petite bergère qui avait nom Bernadette Soubiroux. Ici que s'adressant à la voyante, ls mère de Dieu lui dit: Je vous demande de venir ici durant quinze jours, --allez dire aux prêtres que je veux que l'on élève ici une chapelle, que l'on y vienne En PrCcession—vous prierez hour les pécheurs— pénitence, pénitence. pénitence—allez boire à la fontaine et vous y laver, et finalement : JE SUIS L'IMMA- CULEE CONCEPTION.

Nous sommes donc à Lourdes pour prendre part aux fêtes et aux pèlerinages qui devront marquer le cinquantième anniversaire des apparitions de la Vierge Immaculée à la petite Bernadette. Vraiment, cela

vient bien, après le Congrès Eucharistique de Londres.

La grotte est restée ce qu'elle était. Seulement ou l'a protégée par une grille percée de deux portes latérales que l'on ouvre à volonté. Là où la Vierge se montrait est une statue de marbre qui la représente avec le costume décrit par Bernadette et qui y fut inaugurée le 4 avril 1864 par Mgr Laurence. Autour de la grotte, fixés dans la roche, sont des anneaux de fer dans lesquels sont placés d'énormes bouquets de fleurs naturelles offerts par les pèlerins. Ça et là dans les creux et les fentes de la pierre sont des paquets de lettres adressées à la Sainte-Vierge et lui demandant des faveurs de toutes sortes, puis attachés en faisceaux et tombant de la voute on voit les innombrables ex-voto laissés par les miraculés en souvenir de leur guérison. Sur le sol nivelé et recouvert d'asphalte, s'élève l'autel unique où seuls les évêques, leurs chapelains et les directeurs des grands pèleri nages ont le privilège d'offrir le saint sacrifice. Sur le devant deux pyramides sont chargées de cierges qui brûlent constamment, comme pour donner une forme sensible aux prières des fidèles. Ceux-ci sont massés dans l'espace qui s'étend de la grotte jusqu'à la rampe de pierre qui longe le Gave dont le cours paisible complète la beauté du paysage.

Agenouillé sur un prie-Dieu, je récite les prières liturgiques préparatoires à la sainte messe, pendant que des messieurs que je saurai plus tard être l'un un colonel retraité, l’autre un avocat de Paris, préparent l'autel, et apportent les ornemgnts. En disant la messe sous le rocher, je me trouve à l'abri de la pluie et protégé contre la bise. Mais le peuple est comme dans une nef découverte et quelque temps qu'il fasse il est là, à genoux sur les dalles

humides et froides oubliant tout pour ne songer qu'à prier la Vierge Immaculée. Un prêtre monte dans {a petite chaire placée à l'angle droit de Ja grotte. Il dirige les intentions, évoquant en quelques paroles vi. brantes tout ce qu'il peut y avoir de désirs et d'espoir Pour eux-mêmes, et pour leurs proches, chez ces pèlerins, venus d'un peu partout, plusieurs de très loin, Pour solliciter une grâce, une faveur temporelle ou spirituelle. En avant de l'assistance sont placées les voiturettes dans lesquelles on transporte les infirmes ; des brancardiers ou des infirmières les accompagnent. Je vais leur donner la communion, que viennent ensuite recevoir un grand nombre d'autres personnes. Et cela se fait tous les jours depuis cinquante ans : cela S'est fait surtout en cette année jubilaire, où les pèlerins appartenant à toutes les classes de la société, ‘Sont accourus de toutes les parties du monde, par centaines de mille. Pour moi le miracle éclatant est moins dans les guérisons extraordinaires obtenues à la grotte, où se rattachant à Lourdes de quelque manière, que dans l'accomplissement du principal désir manifesté par la Sainte Vierge, et transmis au monde par l'intermédiaire d'une petite ignorante. Tout ce que peut inspirer la Sagesse coutumière de l'Eglise, tout ce que peut inventer la malice humaine, a été Mis à la fois en œuvre pour, d'une part arriver à la constatation indéniable du fait merveilleux de l'apparition ; de l'autre pour tuer par le ridicule ou la violence ce qui, une fois prouvé et reconnu, devait confondre le naturalisme Contemporain dans ses plus Chères prétentions: et après tout cela, les évêques de Tarbes d'abord, le Saint Siège ensuite, amenés graduellement à la reconnaissance des faits, ont porté des

décisions authentiques qui ne peuvent plus laisser aucun doute dans les âmes droites, et ont à jamais consacré, avec la gloire de l'Immaculé Conception, la certitude de son apparition merveilleuse sur les bords du Gave à Lourdes. Aussi les fêtes du cinquantenaire, cetie année même, ont-elles été célébrées avec une pompe grandiose, Le Pape y était représenté par le Cardinal Lecot. On reut dire que toutes les nations à tour de rôle sont venues en pèlerinage avec des évéques, des prêtres, de nombreux fidèles. A l'époque de notre passage. les grandes démonstrations avaient eu lieu. Mais à Lourdes, avec un concours plus ou moins considérable selon l'affluence accidentelle des pèlerins, toutes les journées se ressemblent. On peut dire même que c'est lorsque la foule est moins compacte qu'elle est moins bruyante et plus recueillie et que la prière y est plus douce et plus facile. Il y a toujours beaucoup de monde quand même. Tous les trains amènent de nombreux pèlerinages d'ici ou de là, et il est très intéressant de les voir se former en procession à la sortie de la gare pour se rendre à la grotte. Presque toujours il y a des congrégations avec leurs bannières. On reconnait la nationalité au langage sans doute, mais souvent aussi au costume parfois très pittoresque des pèlerins. Tous portent des insignes ;on les entend venir d'assez loin. Mais dès qu'ils aperçoivent la basilique, ils se mettent en rang. sous la conduite des directeurs puis ils saluent la Vierge en chantant tous ensemble l'4ve Maris Stella, et ils défilent ainsi jusqu’à la grott@ où ils sont accueillis par le Chapelain. C'est l'après-midi à quatre heures. Nous allons avoir aussitôt la procession du Très Saint Sacre-

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ment. A Lourdes ces deux dévotions vont ensemble. Le P. Boubé, S. J., l'avait fait admirablement ressortir au Congrès de Londres. Je suis invité à présider, ce que j'accepte avec bonheur. Les hommes seuls sont admis à marcher derrière la croix. Ils portent des cierges allumés. Après eux viennent les prêtres, les chanoines, les prélats et enfin l'évêque. Tout se Passe comme à nos processions de la Fête-Dieu. Au sortir de la grotte nous longeons la rivière et nous nous rendons jusqu'à la Statue monumentale qui s'élève à l'entrée de la place. Là nous faisons un détour et continuant notre marche, nous arrivons à l'extrémité de l'esplanade qui va au portail de la Basilique du Rosaire. A ce moment la scè.

ne change d'aspect, La roule ‘n'est pas jonchée de fleurs, aucun Ornement ne la décore. J'avance len-

tement au chant des hymnes liturgiques, quand à un

moment donné on me fait signe d'arrêter. Le cortège

Continue sa marche jusqu'au perron de la basilique,

je me trouve isolé avec mes assistants et j'aperçois à gauche et à droite une double rangée de grabats sur

lesquels sont étendus les malades. Il y en a deux

. cents, peut-être davantage. Chacun de ces malheu-

reux est assisté de ses Parents et aussi de quelques-uns. de ces hommes admirables, connus à Lourdes sous le nom de brancardiers et dont l'office volontaire consiste spécialement à Voiturer les. infirmes, à les transporter de l'hôpital à la grotte, de la grotte aux piscines, ou sur le passage du Très Saint Sacrement. On les reconneit aux bretelles de cuir dont ils se servent pour soulever les grabats. Ces messieurs, enrolés et formant une association distincte, appartiennent aux premières classes de la société. Il y a parmi

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eux des jeunes hommes et des vieillards, la plupart sont français, il y a cependant d'autres pays représentés parmi eux. Tous sont animés du même sentiment chrétien qui les fait ainsi chaque année venir à Lourdes pour y passer une quinzaine au ser. vice de la Vierge et de l'humanité souffrante. Ce sont eux qui me conduisent d'un malade à l'autre pour donner à chacun séparément la bénédiction de Jésus- Hostie. Tout le monde est à genoux, les chants ont cessé, c'est maintenant la prière populaire la plus ardente et la plus sublime qui se puisse concevoir parce qu'elle est faite des invocations empruntées à l'Evangile même et qu’elle est clamée par des âmes en détresse peut-être, mais enflammées de foi, et d'amour et d'espérance. Voyez donc, je suis là traçant avec lOstensoir un signe de croix sur un pauvre malheureux jeune homme, perclus d" tous ses membres, me regardant avec des yaux pleins de feu ; près de lui est sa mère qui crie: “ Jésus Fils de David, ayez pitié de nous ”, “ Seigneur si vous voulez vous pouvez le guérir ”, “ Seigneur celui que vous aimez est malade ”, “ Seigneur dites seulement une parole et je serai guéri.” “ Sauvez-nous, Jésus, nous périssons.” Et ces supplications sont répétées par toute la foule et avec quel accent! Beaucoup versent des larmes : et comment puis-je moi-même rester insensible, cependant je devrai refaire la même chose pour chacun. A la fin, je n'y tiens plus, à peine si je puis voir devant moi, je pleure avec ces malheureux que je bénis et il me semble à tout instant que la foi si vive exprimée dans des paroles si brulantes, va faire lever un de Ces malheureux et que l'on va crier au miracle. Hélas ! peu nombreux, en somme, sont ceux :

je tiens toujours l'ostensoir, on

et solennelle a foule agenouillée et le Saint Sacrement est reporté au tabernacle.

Conviés à la grotte. Chacun porte un cierge allumé et dont la flamme es

bier transparent avec

s du cantique que l'on entend dans toutes les langues et à tous les

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la même chose, et font monter vers la Ste-Vierge, avec une piété égale, les mêmes louanges. Le refrain du reste, bien qu'à des temps différents, revient le même dans toutes les langues: Ave, Ave, Ave, Maria. La procession décrit en une ligne de feu le serpentin des allées qui partagent l'esplanade de la basilique, gravit la rampe de droite qui conduit à l'église, descend par la rampe de gauche, se rend jusqu'à l'extrémité de la place, contourne la statue couronnée, puis revenant sur elle-même, elle amène en une masse com. pacte la foule au pied du perron du Rosaire, et, des hauteurs de ce perron, on contemple alors comme un immense lac embrasé, formé par tous ces cierges que les pèlerins tiennent au-dessus de leur tête semblant les offrir à la Vierge. En même temps on a illuminé l'église du Rosaire, les arcades de la crypte, la façade de la basilique; toute l'architecture de cette triple construction monumentale se dessine sur le firmament, et la statue de la Vierge dans les hauteurs du portique apparaît comme dans un nimbe glorieux et au sommet de la croix une lumière scintille qui semble s'unir aux étoiles du ciel. C'est sur la terre la glorification matérielle de Marie Immaculée. On chante ou plutôt on crie toujours et la confusion paraît plus grande que jamais et cependant il faut l’admettre, c'est beau. A un signal donné, le silence se fait, un prêtre entonne le Credo et tout le monde chante à l'unisson, la profession de foi catholique. Puis le directeur du pèlerinage annonce que l'évêque canadien qui a présidé toutes les cérémonies de la jour. née, va donner à tous la bénédiction solennelle ; ce que je fais de tout mon cœur, étendant par la pensée cette bénédiction à tous les chers absents.

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Le départ d'un pèlerinage est encore une chos

bien touchante, A l'heure indiquée, ordinairement su le soir, les pieux Vayageurs arrivent apportant ave eux leurs bagages et se groupent auprès de la grotte on dirait alors que leur ferveur veut épuiser leurs priè res qu'ils récitent isolément ou en commun. J'étais pré sent aux adieux à la Vierge de Lourdes, faits avec une onction indicible par un prélat de Rouen au nom des pèlerins de Normandie. Dans son allocution, il sût repasser l'histoire intime de chaque âme et de chaque famille et son éloquence si paternelle et si douce fit couler les pleurs de tous les assistants. C'é. tait une véritable séparation qui allait s’accomplir. Un dernier chapelet est récité en commun, puis tus défilent dans la grotte allant baiser avec respect et amour la roche de l'apparition. Même en s'éloignant, je pouvais encore voir la plupart d'entre eux se retouri..r pour revoir avant de la quitter définitivement la Statue bénie de Marie Immaculée. Ils s'arrêtaient ensuite aux piscines où coule toujours abondante la source miraculeuse, prenaient une gorgée d'eau, faisaient toucher à la pierre leurs objets de Piété. Ces dévots pèlerins avaient tant joui pendant leur séjour à Lourdes, qu'ils éprouvaient maintenant à partir une véritable tristesse, mais aussi combien ils en emportaient de consolations.

Je ne vous décrirai point les trois églises qui s'é- Chelonnent sur le rocher de Massabielle: celle du Rosaire avec ses quinze chapelles représentant les quinze mystères, la Crypte qui sert surtout aux confessions que l'on entend pour bien dire jour et nuit, la Basilique elle-même remplie, au milieu des richesses de son architecture, de bannières dont l'une vient de

1e chose nent sur int avec à grotte, àrs prièlais préits avec au nom Jcution, e et de e et si s. (C'émplir.

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Montréal et d'ex-voto en nombre incalculable, Dans . celte basilique, où j'ai été appelé un jour à l'honneur de prêcher sur les gloires de Marie, il y a messe et vêpres tous les jours. Le chant est fait par une mattrise, les enfants qui chantent admirablement bien ont une soutane bleu d'azur avec une calotte de même Couleur, l'effet est très gracieux. Le 16 juillet dernier, cinquantième anniversaire de la dernière apparition à Bernadette, la grand'messe a été chantée à six heures du soir par un évêque italien, un vieillard octogénaire qui était Pour cela resté à jeûn depuis la veille au soir.

Dans la Montagne au-dessus de la résidence des chapelains, on a commencé l'érection d'un chemin de croix monumental dont plusieurs Stations sont déjà complétées. C'est un lieu de promenade pieuse qui aboutit à un plateau d'où l'on a une belle vue d'ensemble sur tout le bassin de Massabieille. Le coup d'œil est encore plus vaste et plus beau des bauteurs du pic de Gers, où on accède par un funiculaire et d'où le regard peut embrasser à la fois non seulement la ville de Lourdes, mais un grand nombre de villages des environs et qui sont Comme jetés là au hasard, au fond des vallées. Je m'y Suis trouvé un jour à midi sonnant, le son de l'Angelus nous arrivait en même temps de tous ces clochers épars et formait comme un 8CCOMpagnement discret au timbre plus éclatant et plus vigoureux des cloches de la basilique de Lourdes, mais toutes nous disaient ensemble: Angelus Domini nuntiavit Mariæ."

Je ne veux pas omettre le vous dire un mot. des médecins de Lourdes ; le docteur Boissarié et son confrère le docteur Cox, sont deux hommes charmants,

ME

«d'une conversation très agréable et des plus instruc

Lives. C'est le premier surtout qui a la charge du bureau des constatations et j'ai pu par moi-même voir avec quelle conscience rigide, il gère un office aussi délicat, 11 était bien intéressant pour moi d'entendre de sa bouche, le récit détaillé des grandes guérisons obtenues de Notre-Dame de Lourdes et de voir toutes les précautions qu'il prend pour empêcher toute illusion et protéger la dévotion à la Ste-Vierge qui lui tient beaucoup à cœur contre toute indiscrétion et toute surprise que les ennemis ne manqueraient pas d'exploiter, Après l'avoir entendu et l'avoir vu à l'œuvre, je ne pourrai plus douter raisonnablement, quand je saurai que le docteur Boissarié a déclaré une guérison miraculeuse.

Parmi les miracles, il en est un qui n'a guère fait de bruit dans Je monde, pourtant il a été bien éclatant et celle qui en a été l'objet vit encore, elle me l'a raconté elle-même et ave: quelle simplicité ; je veux parler de la Révde Mère Marie des Anges, Abbesse des Clarisses à Lourdes. Depuis onze ans, elle était impotente dans le monastère de Lyon ; depuis huit ans elle était couchée et dérpérissait de jour en jour, on attendait sa mort. Le 17 septembre 1878, on la transporta sur une civière, à Lourdes, où un couvent de son ordre venait d'être fondé. A la grotte on l'étendit par terre sur son matelas, c'était l'après-midi. Mgr Fonteneau, évêque d'Agen, arrive Pour prier à la grotte, la religieuse lui dit: “Monseigneur voulez-vous me Commander de guérir” Mon enfant, je le veux bien, si la Vierge le veut. À ce moment-là même, dit-elle, je’ fus enveloppée dans un grand frisson et jetée debout, et elle fut immédiatement conduite au

monastère de Lourdes où il lui fut permis de rester et dont elle est devenue l'Abbesse, charge qu'elle occupe encore . C'est elle qui nous a envoyé nos chères sœurs Clarisses qui sont dans le monastère de l'Immaculée Conception à Bellerive. Vous devinez bien facilement que je ne pouvais manquer de faire visite aux Clarisses de Lourdes. J'ai dit la messe dans leur- Chapelle, j'ai parcouru en tous sens leur pauvre monastère et j'ai même pris là le dîner en compagnie de l'excellent abbé Duthu, leur aumônient. et aussi de M. le comte de Beauchamp, encore un de ces dignes catholiques de France que je tiens à vous présenter. Occupant dans le monde une position très enviable, il a eu la douleur de perdre presque en même temps une épouse digne de lui et ses deux enfants déjà d'un certain âge, et qu'il chérissait tendrement ; loin de seraidir contre la Providence, ayant fait la part de la douleur et du deuil, il s'est dit que le bon Dieu ayant appelé à Lui des êtres si chers et lui ayant laissé sa fortune, il devait avoir une mission à remplir. Il est donc venu à Lourdes et par entente avec l'évêque, il a mis au service de la Sainte-Vierge et de l'Eglise, son temps et son argent, c'est même un des brancardiers dont je parlais plus haut. C'est le protecteur attitré du monastère des pauvres Clarisses. Monseigneur - Schoepfer, évêque de Tarbes, demeure habituellement à Lourdes, sa résidence est à peu de distance de la grotte. Il s'est toujours dévoué avec une activité infatigable à la gloire de Notre-Dame de Lourdes. Par ses : soins, un fac similé de Massabielle a été installé dans les jardins du Vatican, le Saint Père y va tous les jours : faire un pèlerinage. Monseigneur Schoepfer a bien voulu me donner! en souvenir de mon passage à Lour-

- des un tableau représentant l'ange préposé à la garde du paradis terrestre, Cette toile était dans la première des quinze chapelles de l'église du Rosaire, où elle a

-été remplacée par une mosaïque. Ce cadeau est très

Après avoir présidé les Vêpres solennelles à la Ba. silique, nous descendons Pour une dernière fois à a

moi et pour mes Compagnons de Voyage, celle de l'Im- Maculée, à qui j'adresse Pour tout mon diocèse mes suprêmes prières. Une heure plus tard nous filions à

assister au jubilé sacerdotal de notre bien aimé Père «et Pontife le Pape Pie X.

Je suis toujours, Mes Chers Collaborateurs,

Votre tout dévoué en N.-S.,

t JOSEPH-MÉDARD, Evêque de Valleyfeld.

Evêché de Valleyfeld, { décembre 1908.

MEs CHERS COLLABORATEURS,

Enfin nous voici à Rome, installés confortablement au Collège Canadien. Nous y Sommes accueillis avec la dignité bienveillante et calme qui convient à son titre, par le supérieur M. Clapin, et aussi par l'excellent M. Vacher, qui tout le temps de notre Passage, fera des prodiges pour concilier les exigences de ses fonctions d'éconorne avec son amabilité bien connue et que l'âge semble accentuer encore au lieu de la diminuer.

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Tous deux s'entendent à merveille pour rendre au visiteur aussi agréable que possible le séjour de cette Maison, due à la générosité de Saint-Sulpice et dont nous ne pouvons trop apprécier Je bienfait. Le Collège Canadien est admirablement situé sur Ja grande artère qui va du Pincio jusqu'à Saint-Jean de Latran. Par la voie Nationale qui est tout à côté, on descend dans la ville et l'on se rend d'rectement à Saint-Pierre. C'est là que nous ferons notre première visite.

confession de Saint-Pierre, sur le tombeau du prince des apôtres. C'est pour la septième fo's que je viens dans la Ville Eternelle, où j'ai à l'aurore même de ma vie Sacerdotale, demeuré près de trois années. Dans cette ville des Papes, j'ai eu l'avantage d'être témoin des événements les plus mémorables, peut-être, qui se soient accomplis depuis trente ans passés. J'ai as. Sisté à la mort de Pie IX, à l'élection de Léon XIII. Puis ensuite au cours de mes pèlerinages Comme évé-

Voir rien de plus imposant sur la terre que ces fêtes

Pontife Suprême pour l'acclamer à outrance au milieu de foules innombrables Sous les voûtes de l'immense édifice, C'était l'affirmation du dogme intangible d'une Eglis: divinement établie par Jésus- Christ, et Cont'nuant à travers les âges son œuvre bienfaisante, Sous l'autorité des Pontifes que tout relie aux apôtres et à leur chef choisi par le fondateur luimême, et qu'une Succession légitime investit des

mêmes pouvoirs et des mêmes prérogatives. Cependant à mon dernier Voyage, un événement assez imprévu et d'un caractère plus extraordinaire avait davantage encore peut-être proclamé cette vérité. Je veux parler du sacre des quatorze évêques français, cérémonie exceptionnelle que Pie X avait voulu faire Juimême dans la Basilique de Saint-Pierre, et dans cette Partie de l'église qui s'étend de l'abside où domine la Chaire inatérielle du premier des apôtres, jusqu'à 1a Coupole qui. recouvre les res mortels de saint Pierre. J'avais eu le bonheur, je puis dire le privilège, d'être présent à cette fête inoubliabl et pendant qu'elle se déroulait sous mes yeux, pouvais-je faire autrement que de résumer par la pensée, l'hisloire des vingt siècles écoulés pendant lesquels, à travers tant de vicissitudes et même de persécutions, l'Eglise s'est toujours montrée avec les caractères divins que lui avait à son origine imprimés Jésus- Christ. Cette fois-ci, je suis envoyé par vous à Rome, pour prendre part en votre nom, à la célébration du jubilé sacerdotal de Pie X. C'est donc le sacerdoce Catholique qui va être 8lorifié dans la personne du prêtre souverain que la divine Providence a placé à la tête de son Eglise, De grandes solennités se pré- Parent à cette fin. Je veux n'en rien manquer et que mes compagnons de voyage puissent eux-mêmes prendre leur bonne part de ces saintes réjouissances. Je me rend donc au Vatican, où je vais saluer mon illustre ami, Mgr Bisleti, majordome de Sa Sainteté. Je fais ma demande d'audience privée, puis je m'assure que chacun des prêtres qui sont avec moi aura un bon billet pour le 16 novembre. C'est fait. Nous sommes maintenant rassurés sur ce point.

En attendant le grand jour, on visitera la ville en faisant des Pélerinages, chacun suivant sa dévotion. La fête de la Toussaint et le jour des Morts offrent certaines Particularités intéressantes que je tiens à vous signaler, Les Romains “nt une grande dévotion pour les défunts. Le c'metière de Saint-Laurent hors les murs est très beau, un grand nombre de ses monuments sont de véritabl tions sont généraleme

qui seront attachés à

et allumés au coucher du soleil.

C'est un Coup d'œil impressionnant, on ne le con-

temple point sans émotion. Dans ce cimetière nous

avons plusieurs compatriotes prêtres et laïques. Le

collège Canadien lui-même a un sépulcre réservé pour ses professeurs et ses élèves.

Ce jour même, je recevais ma lettre d’audience pour le 2 novembre à 10 heures. Elle indiquait que je pourrais amener avec moi, mes quatre Compagnons. Vous jugez bien qu'à l'heure dite nous étions tous réunis au Vatican dans l'antichambre de Sa Sainteté. Le Prélat de service, Mgr St-Père,

ae

M'invite à le suivre et me voici en présence du Souverain Pontife, Je fais une première génufilexion, j'entends Pie-X, qui s’est levé de son siège, me dire en m'appelant Par mon nom: ‘ Venez, venez,” et il me tend les bras ; je me conforme à l'étiquette le mieux possible, mais les instances toutes paternelles du Pape, m'obligent à m'asseoir à ses côtés et même à mettre ma calotte. Pie X me signifie qu'il veut causer familièrement. 1] est entendu qu'il s'exprimera en italien et que je pourrai répondre en français. Il est assis à son bureau, je me trouve à sa gauche. Le Saint-Père me pose d'abord quelques questions

diction spéciale, Ila pris de mes mains cette feuille et a écrit au bas quelques mots, vous accordant affectueusement cette bénédiction apostolique: “ Deus repleat vos omni gratin cum apostolica benedictione quam peramanter impertimus.” Pius, P. P, X. J'ai ensuite déployé sous ses yeux une adresse par laquelle je déposais à ses pieds les hommages avec les offrandes du diocèse tout entier. Toutes nos institu-

tait exclu, mais même que chacun s'y trouvait inscrit directement. A tous le Saint-Père a voulu donner par écrit dans les termes suivants la bénédiction apostolique et l'indulgence plénière in articulo mortis: “Dilectis utriusque sexus religiosis et fidelibus gratulantes lausta quæque et salutaria à Domino adprecamur aique juxta preces apostoticam benedictionem peramanter impertimus.” Die 2a novembris 1908. Pius P. P. X.

Cette bénédiction accordée à tous les fidèles du diocèse s'étend aussi à leurs proches parents jusqu'au troisième degré. Ensuite Pie X, toujours sur le ton familier me questionne sur mon diocèse et entre méme dans des détails qui me touchent profondément, faisant voir quel intérêt il porte au travail accompli par le plus humble de ses fils. J'en profite pour épan- Cher dans son cœur tous les sentiments qu'un évêque peut éprouver dans une pareille circonstance, alors qu'il se sent plus que jamais, rempli d'amour et de dévouement pour toutes les âmes qui lui sont confiées et spécialement pour ceux qui partagent avec lui le’ fardeau des responsabilités spirituelles. Ce doux entretien s'est prolongé pendant combien de temps, je ne Saurais le dire, mais enfin, ayant mis dans les mains du Pape notre obole du denier de St-Pierre, qu'il a bien voulu trouver généreuse pour notre petit diocèse, je lui ai demandé la faveur d'accueillir près de lui quatre de mes prêtres, MM. Marleau, Dugas, Quesnel et Nepveu, qui étaient venus avec moi. représenter la famille diocésaine aux fêtes de son jubilé. “Oh bien certainement,” dit le Pape et à l'instant voilà ces messieurs qui entrent. Ils avaient les mains chargées d'objets de piété. Le Pape se lève, les

NY

appelle à lui et s'extasie devant leur stature et leur évidente bonne santé: “Oh, oh ! dit-il, il paraît que l'air est bon au Canada.” I] leur laisse à peine le temps de baiser son anneau et sa mûle, les relève aussitôt et Nous voici tous les cinq entourant le Pape qui écoute Chacun, répond en accordant tout ce qu'il demande Pour lui-même, pour sa famille, pour sa paroisse et donnant aux crucifix, aux chapelets, aux médailles etc., toutes les bénédictions qu'ils comportent. A la fin, je dis au Pape: “ Très Saint-Père, ces prêtres qui sont si heureux d'être en présence de Votre Sainteté et de recevoir personnellement votre bénédiction, seraient au comble du bonheur. si vous daigniez leur accorder un petit souvenir matériel quelconque de leur audience et j'ose le demander pour eux.” Et Pie X tout souriant “ mais b'en sûr,” dit-il—il va dans un tiroir chercher une poignée de jelies médailles en argent portant d'un côté l'effigie du pape, de l'autre l'image de Notre-Dame des bonues études. Il en donne deux à chacun des prêtres, puis me prenant la Main, il y verse ce qui lui en restait, à peu près une douzaine, N'est-ce pas Charmant ? Ceci me rappelle le cadeau si riche et si artistique que le même Pie X me fit un jour et que je conserve avec un soin jaloux dans la chapelle de l'évêché. Je le tiens de la main même du pape. Il est en vieil or et consiste dans un reliquaire gothique, forme ostensoir, et portant les reliques des principaux saints de Prague. Sur le pied est gravée une inscription indiquant que ce don avait été offert à Pie IX, au jour de scn jubilé sacerdotal le 10 avril 1869. Tout s'accorde pour donner un prix inestimable à une chose déjà très précieuse par le fait seul que je le tiens personnellement de Pie

En wa

X, comme Marque d'une bienveillance toute paternelle.

Nous allons ensuite tous ensemble présenter nos hommages à Son Eminence le cardinal Merry del Val, Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté. J'aurai du reste pendant mon séjour à Rome, l'honneur d'être reçu plusieurs fois par lui en audience intime. C'était de méme mon devoir de rendre v:site à plusieurs autres personnages, notamment à Son Eminence le cardinal Gotti, Préfet de la Propagande, Vous n'ignorez pas que depuis le 3 novembre dernier le Canada, ayant été jugé suffisamment développé et organisé au point de vue religieux, & été Soustrait à la juridirtion de la Propagande et placé sou: le régime du droit commun. J'ai exprimé au Cardinal Préfet mes sentiments de vive gratitude Pour l'extrême bienveillance qu'il n'a cessé de témoigner et de marquer à tout mon diocèse et à moi en particulier durant tout le temps que nous avons vécu soùs son autorité.

Outre l'audience privée du 2 novembre. j'ai eu plusieurs fois le bonheur d'approcher Pie X. Ainsi, le 17 novembre, j'étais invité Par mon vénérable ami le très Rév. P, E. Bailly, supérieur général" des Augustins de l'Assomption, à assister avec Monseigneur Bruchési à l'audience des pèlerins de Notre-Dame de Salut. Nous étions dix-sept évêques e

Pour mes compagnons et qu'ils étaient aux premiers rangs. Le Pape a pris place sur

son trône, les évêques sont en demi-cercle de chaque côté. Le Cardinal V.Vanutelli, lit une adresse dans Jaquelle il rappelle que l'association dont il est protecteur, fondée en 1871 Par le supérieur général des Augustins de l'Assomption, s'occupe spécialement du salut de la France et procure l'extension du règne de Notre Seigneur Jésus-Christ, par les œuvres ouvrières et aussi par les pèlerinages nationaux de Lourdes, de Rome*et de Jérusalem. I1 présente le filial hommage des vœux les plus ardents de toute l'association au T. S. Père à l'occasion du cinquantième anniversaire de son Sacerdoce et demande Pour elle la bénédiction apostolique.

Pie X se lève longuement acclamé par la foule, et répond en Italien Par un discours ému qu'il prie en- Suite le P. Bailly de traduire à l'auditoire. Le bon vieillard, majestueux et apparemment très calme, ca- Chant sous sa belle barbe blanche l'émotion qui le possède en réalité, rend avec une exactitude étonnante la parole du Pape. Les auditeurs applaudissent à chacune de ses périodes. Certains Passages surtout soulèvent un véritable enthousiasme, par exemple celui-ci: “ Vous voyez que, dans votre Pays, on a dé- “ pouillé l'Eglise, qu'on s'est appliqué à la priver de “tout, comme Jésus nu sur la croix, et vous, enfants “ pieux, vous voulez recevoir votre tendre Mère, la “ secourir dans ses besoins, et vous étudiez les moyens “ les plus efficaces Pour venir à son aide.

“ Vous exercez parmi le peuple toutes les formes de * l'apostolat pour le bien, vous travaillez à la récon- “ciliation des diverses classes Sociales, vous unissez “toutes vos forces Pour faire diparaître les difficultés

PRE de

“ qui affigent la société et donner au peuple son vrai “bien spirituel et temporel, en le désillusionnant des ‘ tromperies de ceux qui crient tout le jour: liberté ! “ liberté !:et qui voudraient le priver ensuite de la li- “ berté de respirer l'air du bon Dieu et de jouir des “rayons du soleil."

Dès le lendemain, avait lieu l'audience générale des français présents à Rome. Ils: formaient deux groupes principaux, celui de Paris et celui de Cambrai. Celui de Paris, organisé par le comité de Montmartre Sous la présidence de Monseigneur Amette, comptait quatre cents pèlerins, l'autre ayant à sa tête Monsei- &neur Delamaire en avait près de trois cents. 11 faut ajouter un grand nombre de fidèles venus isolément pour les fêtes du cinquantenaire. I] y avait plus de trente évêques en comptant l'archevêque de Montréal et l'évêque de Valleyfield et deux cardinaux, le cardinal Luçon de Reims et le cardinal Andrieu de Mar. seille. L'audience eut lieu dans la salle royale. Le Cardinal Luçon a présenté les pèlerins au Saint-Père Par une allocution dans laquelle on peut dire que l'éloquent cardinal avait mis toute son âme d'évêque et de français. Je veux citer deux Paragraphes de ce discours :

“ Ce n'est point l'Eglise de France, riche, pros- “ père, honorée, comme aux jours de la paix, c'est l'E- “glise de France humiliée, répudiée, spoliée, persécu- “tée. Elle aussi, cependant, vous a député ses ambas- “sadeurs ; ce sont ces pèlerins, ces prêtres, ces évé- “ques. Ils ne tiennent leur mandat que du peuple fi- “ dèle, mais c'est le mandat des cœurs. Elle aussi vous “apporte ses présents, ses hommages, ses vœux: n'est-

“ ce pas aux vœux et aux présents des enfants qui sont “ dans l'épreuve que le cœur d'un père est le plus fi- “ dèle ?

“ Amenés à vos pieds par la reconnaissance, Très “ Saint-Père, nous admirons avec les catholiques du “monde entier, dans son ensemble et dans ses détails, “ l'œuvre déjà immense des cinq années de votre pon- “‘tificat: les actes solennels par lesquels vous avez “encouragé les études scripturaires, ramené le chant “ liturgique à sa pureté primitive, jeté les fondements ‘ d'une sorte d'académie universelle, fortifié l'observa- “tion de la discipline ecclésiastique, condamné le mo- “ dernisme qui niait la raison autant que la foi, pro- ‘“ mu les œuvres sociales destinées à introduire dans “le monde du travail plus de justice et plus de cha- ‘ rité, rappelé la piété chrétienne aux sources fécon- ‘“ des de la divine Eucharistie, codifié le droit canon, “organisé suivant un ordre nouveau l'administration “ générale de l'Eglise, créé un recueil des actes du “ Saint-Siège."

Le cardinal s'attache ensuite à montrer que la Fran. ce, malgré tout, reste toujours chrétienne et plus attachée que jamais à la chaire de St-Pierre. Il exprime au nom de tous, évêques, prêtres et fidèles, les sentiments d'une reconnaissance profonde à Pie X pour l'appui et les conseils qu'ils ont reçus de lui dans les épreuves actuelles. Le Saint-Père avait écouté ce dis- Cours avec une attention d'autant plus marquée, qu'il soulignait d'un sourire attristé ou d'un mouvement de tête approbateur les principaux passages. Sa réponse fut littéralement enflammée. C'est en versant des larmes et la voix tremblante d'émotion qu'il par-

me LE

lait. Bien que ce fût en italien, la plupart pouvaient le

suivre, tant sa parole était nette et distincte. Ce fut

un frémissement dans l'assistance et nos vénérés collè-

gues de France pleuraient eux-mêmes quand Pie X

s'écria: “ De votre Pays, me sont venues les plus bel-

“ les consolations, car la France s'est montrée vrai.

“ ment la fille aînée de l'Eglise, non seulement en pa-

“roles, mais par le plus splendide des actes,

“J'ai dit à mes vénétables Frères, les évêques de “ France: “ Abandonnez vos palais, éloignez des Sé.- “ minaires les jeunes espérances de votre Eglise, n'ac- “ ceptez rien de celui qui veut faire de l'Eglise une “esclave, pas même un sou qui vous serait offert pour “ calmer votre faim ; dans vos tribulations, dans vo- ‘tre douleur, regardez seulement Jésus-Christ dé- “ pouillé de tout, nu, crucifié ; après peu de jours il “ a triomphé de la mort, et à vous aussi, le triomphe “ne fera pas défaut.”

Ayant terminé son discours, le Saint-Père pria Mgr. Giorieux, correspondant du journal l'Univers à Rome, de le traduire en français et par un véritable tour de force, pour lequel il a été complimenté par le Pape lui-même. le jeune prélat avec une modestie parfaite et sans effort apparent, a rendu éloquemment et à peu près mot Pour mot la parole du Souverain Pontife. Le Pape s’est ensuite retiré, escorté Par les évêques et longuement acclamé par la foule.

Je vous ai dit dans ma première lettre qu'à londres vos confrères avaient reçu l'hospitalité au couvent des Sœurs Adoratrices de Balam. Ces religieuses ont leur Maison Mère à Rome, C'est là que se trouve le siège de l'Archiassociation de l’adoration perpétuelle et de l'œuvre des églises pauvres. La présidente est la

ne AR us

princesse Massimo, le directeur spirituel Mgr. Camillo Laurenti, et la Supérieure de la Communauté des religieuses qui est en quelque sorte l'âme de l'Association est Madame de Meusse. L'institut des Adoratrices et avec lui l'Archiassociation tout entière, avait beaucoup travaillé à Rome et dans tout l'univers, spécialement en Angleterre à l'occasisa du Congrès, pour offrir à Pie X, à l'époque de son jubilé sacerdotal, une quantité considérable d'ornements et de vases sacrés dont le Pape aurait ensuite la joie de faire la distribution aux églises pauvres. Or, l'exposition de ces objets eut lieu au Vatican le 23 novembre, et à cette même date, Je Pape a voulu recevoir en même temps que le comité central des fêtes jubilaires, les membres de l'Adoration perpétuelle et de l'Œuvre des églises pauvres. Cette audience eut sans doute moins de solennité et d'éclat que celles dont je viens de parler, peut-être fut-elle plus touchante encore. précisément à cause de son cachet plus intime. C'était dans la salle du consistoire, nous n'étions que deux ou trois évêques à la suite du Cardinal Vincent Vannutelli. Pie X venait de faire le tour des salles de l'exposition ; à peine est-il Sur Son trône que le cardinal protecteur s'apprête à lui offrir les hommages du comité, mais Pie X l’arrête d'un geste, il se lève et debout agitant les deux mains d'une fa. çon très douce mais ferme, il oblige à s'éloigner le grand nombre de personnes qui se pressent sans ordre au pied de son trône, et quand l’espace

est ainsi devenu libre, alors il appelle les da-

mes et les religieuses qui faisant partie du

comité ou représentant l'association, étaient dis-

persées ici et là, et il les invite à s'approcher.

11 voit lui-même à ce qu'on leur facilite le Passage et à ce qu'on les place en demi-cercle auprès de lui, Je n'ai pas voulu ignorer ce petit détail, qui me paratt si bien dépeindre l'attention paternelle et ja bienveillance minutieuse de Notre Saint-Père le Pape. Le Cardinal se lève ensuite et recommence son discours, après quoi la princesse Massimo, lut une longue adresse au nom de l'Association qu'elle représentait. Le Pape demeurant assis, répondit par une sorte d'ho-. mélie familière dans laquelle dominait surtout l'ardeur de sa foi et la vivacité de son amour envers Notre Seigneur dans la Sainte-Eucharistie. “ Tout en vous “ parlant, dit-il, cette pensée se présente à moi: ‘Si “nous eussions vécu au temps où Jésus parcourait “ la Judée et ta Galilée, opérant des prodiges, prêchant “la doctrine, vivant bauvrement, excitant l'admira- “tion des foules, ne nous serions-nous pas trouvés “heureux de lui donner l'hcspitalité, de secourir sa “ pauvreté ?" C'est encore une de ces audiences où il m'a été permis d'approcher Pie X, de baiser sa main et de recevoir à nouveau sa bénédiction.

Tout cela cependant n'est encore que l'accessoire, La grande fête du jubilé, la célébration solennelle des noces d'or avait lieu, comme vous le savez, le 16 novembre à Saint-Pierre, Vous en avez vu dans le temps le récit, dans les revues et les journaux, et je me demande s'il est à propos de le refaire ici en détail. Et cependant, combien je voudrais rendre en quelques pages, les impressions que j'ai éprouvées en assistant ainsi en qualité d'évêque, d'une façon offcielle, à une messe pontificale, célébrée par le Pape. en présence des représentants du monde entier, au jour de ses noces d'or sacerdotales, sur l'autel qui recouvre

les cendres du premier des prêtres ordonnés par Jésus. Christ le Prêtre Souverain. De bon matin, accompa. &nant Monseigneur Bruchési et, laissant no; compa-. £&nons respectifs se tirer d'affaire comme ils pourront avec leurs billets, nous nous rendons dans la sall des béatifications qui s'étend au-dessus du portique de la Basilique, c'est comme le jubé de l'église don il est cependant séparé par une cloison vitrée, Là s trouvent bientôt groupés les deux cent cinquante ve. ques où abbés qui doivent former une partie du cort ge. Nous prenons la chapeet la mitre, nous voici en rang et nous descendons deux à deux dans les chapel. les latérales qui se trouvent à droite en entrant à St-Pierre, Les cardinaux au nombre de trente. quatre étaient réunis dans la chapelle du Très- Saint-Sacrement, et avaient revêtu leurs orne. ments attendant l'arrivée du Saint-Père. Pendant ce temps-là, l'église était, depuis plusieurs heures déjà, bondée de fidèles. On a dit qu'il y en avait de cinquante à soixante-mille, On entendaïit derrière les tentures qui nous dérobaient à sa vue le murmure très curieux de cette mer humaine qui ondulait comme les vagues de l'océan, entre les murs de cette vaste enceinte. C'était une masse compacte, point de sièges, point d'appuis et pour un très grand nombre peu de facilité pour voir, et cependant chacun avait voulu être là et attendait avec impatience, le Passage du Pape, qui devait avec tout son cortège traverser l'église dans toute sa longueur. Une allée bordée de panneaux en bois, avait été aménagée à cette fin et pour plus de Sûreté, tout le long se touchant les coudes des soldats de la milice pontificale. Enfin tout est près et nous voici en marche. Le cortège

pontifical est très long, il comprend un bon nombre de religieux, de laïques, de prélats des divers degrés, d'abbés mitrés, puis ensuite viennent près de trois cents évêques et archevêques en chape et en mitre, et les cardinaux diacres en dalmatique, les cardinaux prêtres en chasuble, les cardinaux évêques en chape, tous portant la mitre. Le Pape revêtu de la chape et Coiffé de la tiare qui fut jadis offerte par la reine d'Espagne à Pie IX, est sur la Sedia gestatoria, portée par douze sediari sous la conduite de leur doyen. Ils sont habillés en damas rouge avec rabats blancs, ornés de dentelle. Le dais est porté par huit prélats, et deux camériers en soutane rouge portent les éventails de plumes d'autruches, montés sur un écran et un bâton recouvert de velour brodé d'or. A la suite du Pape, qui est entouré de la garde suisse et de la garde noble, marchent encore, pour fermer le cortège, un nombre considérable de prélats ou d'officiers, membres de la cour pontificale. La tête de la procession était déjà rendue au fond de l’église, quand le Pape apparut au bas de la nef, planant sur la multitude et esquissant le premier geste de sa bénédiction. A ce moment le silence s'établit parmi la foule et ce fut un frémissement général de respect et de piété. Les acclamations ont été supprimées à Saint- Pierre par Pie X, mais à la vue du Pape qui promène ientement sa main au-dessus du peuple qui le contemple, chacun tend les bras, agite son mouchoir et adresse de toute son âme le salut respectueux de son amour filial au Père commun de tous les fidèles.

C'est moins bruyant qu'autrefois, ce n'est pas moins majestueux et surtout ce n'est pas moins émouvant. Le Pape semble trouver bien lourd le poids de la tiare,

ER. Pre

il paraît un peu courbé, so1 regard est doux er souriant, Mais il a aussi quelque chose qui exprime : l'humilité et une sorte de mélancolie méditative. Sans doute pendant qu'on le porte ainsi en triomphe, il refait lui-même Par la pensée, l'histoire intime de sa vie sacerdotale, celle même de sa jeunesse et de son enfance et depuis l'humble bourgade de Riese, lieu de Sa naissance en 1835, depuis Castelfranco où il était ordonné prêtre en 1858, à peine connu et entouré de quelques parents et de quelques amis, jusqu'à cette basilique du Vatican où on l'acclame Vicaire du Christ, successeur du prince des apôtres, chef de l'Eglise, père de tous les fidèles, le roi de tous les cœurs Chrétiens, que de souvenirs! et ce qu'il doit en adresser au ciel d'actions de grâces et de prières ! Arrivé devant l'autel Papal, situé sous la coupole, on abaisse la Sedia, on enlève la tiare qui est rernplacée par la mitre et le Pape se rend à un petit trône érigé au pied du pilier de droite. On va chanter tierce pendant que le Pape achèvera de revêtir les ornements pour la messe. Les cardinaux, les évêques et en général ceux qui formaient tout à l'heure le cortège, ont pris place sur des sièges, disposés de façon à transformer en un sanctuaire immense toute l'abside qui va de la coupole à l'autel de la chaire, C'est au pied même de la chaire, par conséquent au fond du chœur que s'élève le trône véritable dont le Souverain Pontife se servira pendant la messe elle-même. De chaque côté sont des tribunes ou jubés, destinés à la famille du Pape, aux chevaliers de Malle, à l'aristocra. tie romaine restée fidèle,aux membres du corps diplo- Matique, aux représentants officiels des puissances étrangères envoyés pour la circonstance. En effet tou-

tes les nations du monde civilisé, ou à peu près, -8vaient envoyé ou accrédité des représentants avec des lettres et de riches cadeaux. Deux autres tribunes, plus près de l'autel, sont occupées par les maftrises qui, sous la direction du maëstro Pérosi et de Mgr Rella, feront les frais du chant et de la musique. Les spectateurs sont massés dans le reste de la basilique dont tous les espaces sont littéralement remplis. A l'autel le Pape est tourné vers la foule. Il serait peut-être intéressant de vous signaler quelques-unes des cérémonies propres à la messe pontinicale célébrée solennellement à St-Pierre. D'abord pour ce qui Concerne les ornements, outre ceux qui sont communs à tous les évêques et que vous connaissez, il y a la falda, c'est une jupe de soie blanche très ample à queue trainante, elle se met par-dessus la soutane, étant assujettie aux reins par des rubans. Le subcinciorium qui tient lieu du cordon de l'aube. Il est tissu en or avec les extrémités larges et aplaties sur lesquelles on voit un agneau portant l’étendard et reposant Sur le livre aux sept sceaux. Le fanon placé sur l'aube et l'étole, est formé de deux pélerines superposées, faites de soie et d'or, la partie supérieure est ramenée par-dessus la chasuble, comme le capuchon d'une mozette. Le Pape porte le pallium comme les archevêques, mais il n’a point la crosse, et en guise de bougeoir on se sert d’un simple cierge. Pour la messe papale le Souverain Pontife est assisté par des cardinaux: ainsi pour la fête du 16 novembre, le cardinal évêque assistant était Son Emminence S. Vanutelli, les cardinaux Segna et Della Volpe étaient diacres assistants et le cardinal Cagiano de Azevedo, était diacre officiant. Parmi les autres servants sont des

archevêques et des prélats.

L'aute]l de la Confession est Pa

sur les degrés du mar-

cer- Sants. L'épitre et

Pour le calice. Penitaires, sur un comman-

Pour remonter vers le ‘adoration, de louange, .

PE

et de reconnaissance. A la messe solennelle Je Pape ne communie pas à l'autel. Après l'Agnus Dei et le baiser de paix, il regagne le grand trône, le cardinal diacre d'office, resté à l'autel, donne au Sous-diacre à genoux la patène renfermant l'hostie, sur laquelle on a placé une astérisque d'or ; cette astérisque est un Couvercle très léger en forme d'étoile ayant douze rayons sur lesquels sont inscrits les noms des douze apôtres. Le sous-diacre recouvre le tout d'un riche voile brodé d'or et va vers le Pape qui est agenouillé ainsi que toute l'æssistance. Le Cardinal diacre prend lui-même le calice couvert d'une pale brodée d'or et le porte au Pape. Le pontife récite les prières de la communion et se communie avec une des deux parties de l'hostie ; ensuite au moyen d'un chalumeau d'or qu'il plonge dans le calice, il aspire une partie du précieux sang ; puis il donne la Communion au cardinal diacre d'office et au sous-diacre ; et ceux-ci reviennent alors à l'autel où ils consument le reste du vin consacré en se servant du chalumeau, Le Pape prend les ablutions dans un calice particulier que lui présente le cardinal évéque assistant. Le Pape retourne à l'autel pour chanter la post-communion et donner là bénédiction. La messe terminée, le cortège se reforme pour la sortie, Pendant que le Pontife, ayant laissé sur l'autel le manipule et le Pallium, et récité sur un prie-Dieu les Prières liturgiques, se place de nouveau sur la Sedia. À ce moment le Cardinal Rampolla, archiprêtre de la Basilique Vaticane, accompagné de deux de ses chanoines, vient offrir suivant l'usage, à Sa Sainteté, dans une bourse de soie blanche à frange d’or, vingt- “Cinq pièces d'ancienne monnaie, valeur environ cinq

“fi —

dollars, pour la messe bien chantée (pro missa bene Cantata.) Le Pape l'a remise au Cardinal-diacre d'office qui lui-même en fit don à son heureux Candataire. Tout le monde est en marche, le Pape est encore porté au-dessus de la foule jusqu'à ce qu'il soit arrivé vis-à-vis de la Statue monumentale de saint Pierre qui est couverte d'une chape rouge et porte une tiare. Sur un signe donné tout le monde s'arrête, la Sedia est déposée sur une estrade et Pie X donne de cet endroit, à cette assistance énorme qui semble résumer la Ville et l'Univers, la bénédiction dite Urbi et @rbi. Debout, dominant la multitude, les bras entr'ouverts. les yeux levés au ciel, il trace les trois signes de croix en chantant d'une voix très nette, Mais très émue, Les paroles consacrées: * Que la bénédiction du Dieu Tout-Puissant, Père, Fils et Saint-Esprit descende sur Vous et y demeure à jamais.” Et Ja procession se remet e1 Marche, le‘Pape continuant à bénir un peuple qui continue à l'acclamer dans le silence et l'amour de son cœur. La cérémonie étant terminée, cha- Cun en emporte un souvenir qui jamais ne pourra s'effacer, dont le réveil devra servir bien souvent à soulenir le zèle et le Courage au mil'eu des épreuves iné- Vitables de la vie. La fête du 16 novembre 1908, c’est la glorification sur terre du Sacerdoce de Jésus-Christ. dans la personne de son Pontife suprême 1: pieux et immortel] Pie X, et comb'en je suis heureux d’avoir Pu y assister! Le soir C2 fut illumination générale de la ville. Le Mauvais temps l'ayant &âtée en partie, on Se reprit trois jours après en illuminant la Basilique de Saint-Pierre et les colonnades de la place. Il y eut aussi des feux d'artifice, fusées, chandelles romaines, pluies d'or el d'argent, fontaines de lumis.-

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res et tout ce que vous voudrez, mais j'avoue fran- Chement que les spectacles de ce genre me laissent assez froid.

Je voudrais vous faire assister à la prédication qui se fait durant le carême et l'avent au Vatican, en présence du Pape. C'est une chose très intéressante. Je ne Manque jamais de m'y rendre, quand je suis à Rome durant ce temps-là et précisément à ce voyage, j'ai pu me donner la jouissance d'y être pré. sent, C'est dans la petite salle du trône, qui fait partie des antichambres du Saint-Père. Le trône lui-même est remplacé par une chaire portative, très commune, recouverte d'une tenture violette. De chaque côté de la chaire aux angles de la salle sont deux portes, ou-

vrant sur des corridor fermés au public. Pour la circonstance à

prédicateur lui-même qui se trouve juste devant lui. L'auditoire composé

les disposés de chaque côté de la salle, formant comme le chœur d'une petite

église. A l'heure dite on entend très distinctement dans ce petit vestibule dont j'ai parlé, la voix du Pape . donnant la bénédiction au prédicateur et dans la forme ordinaire “ Dominus sit in corde tuo.” Un instant après la grande porte s'ouvre, et l'on voit entrer au milieu d'un groupe de prélats et de gardes-nobles le père CapuCin, pieds nus dans ses sandales, couvert de sa robe de bure rapiécée, les mains dans les manches, ja téte rasée et la barbe plus ou moins ineulte. H a avec lui

Os. ES. OS SU OÙ |

Ze

un frère lai qui porte son manteau. A que son escorte

s grands

surtout

repré-

immédiats de Jésus-

Eglise et dans les âmes. Le sermon

fini, le capucin descend de la chaire, le frère lui jette

son Manteau sur les épaules. Qui est-il? Je ne puis

le savoir, c'est un père Jean, Louis ou Paul. Tout ce

que je sais, c’est qu'il vient de nous dire de grandes vérités et qu'il appartient à l'ordre des capucins.

En dehors des audiences et des fêtes pontificales durant notre séjour de six semaines à Rome, nous aVOns vu bien des choses, dont le récit dépasserait les bornes d'une simple lettre. Vous ne Sauriez attendre ici une description des lieux ou des monuments que l'on visite dans la ville éternelle et qui sont autant de sanctuaires où l'on aime à retourner à chaque voyage pour y prier. La Basilique de Saint-Jean de Latran, mère et maîtresse de toutes les églises du monde, parce qu'elle est en réalité la cathédrale du Pape, comme évêque de Rome ; c'est ici que Léon XIII aura Sa cépulture définitive et sa statue est déjà installée à la Confession. Ici j'assistais en décembre 1878 à l'ordination Sacerdotale de Monseigneur Bruchési. Saint Laurent hors des murs dont j'ai déjà parlé ; Saint-Paul, où l'on admire particulièrement les médaillons en mosaïque, repré-

PET ee

sentant tous les Papes depuis Saint-Pierre jusqu'à Pie X. Dans l: voisinage, les Trois Fontaines qui mar. quent l'endroit du supplice de l'apôtre. Puis les catacombes de saint Calixte, où notre illustre patronne Sainte-Cécile avait été d'abord déposée. Tous les ans au 22? novembre, il y a là, dans une chapelle souterraine, office pont'fical en l'honneur de la vierge martyre. Dans l'obscurité de ces profondeurs une ‘pareille cérémonie vous reporte aux premiers s'ècles de l'Elise. Le même jour on c

, et dans la- Cette église a été rérès riche par les soins

nt été décorées avec le

Amérique et qui garde la crêche du Sauveur, le tableau de la Vierge peint, dit-on, par Saint-Luc et le Corps de Saint Pie V, parfaitement conservé. La Basilique de Sainte-Croix en Jérusalem avec ses reliques si considérables de la Passion de Notre-Seigneur, et le Scala Sancta nous transportent pour quelques instants en véritable Terre Sainte. Les souvenirs laissés par un bon nombres les lieux qu'ils ent hab rappellent leur mémoi beaucoup de Pieuses e Chant et intéressant to

ties en Sincluair.s où l'on va dire la sainte mes:e. Somme toute. que l'on a:ile au Colisée, que l'on descende dans la Prison Marmertine, que l'on gravisse Je Janicule, cu que l'on visite les tro:s églises superposées de Saint-Clément, qu'on aille prier à Sainte-Pudentienne où Saint-Pierre a célébré, ou à Sainte-Marie in Via Lata où Saint-Paul s'était retiré, partout on peut relire une page ou un chapitre de l'histoire si belle et Si glorieuse de la sainte Eglise catholique. Et c'est ce qui fait qu'à Rome on peut rester des semaines, des mois, des années entières et voir toujours quelque Chose qui nous intére:se, nous instruit et nous édifie. Un petit détail personnel. J'ai eu l'honneur d'être invité à donner un entretien au Séminaire Français, Où j'ai passé jadis Comme élève trois des plus belles années de ma vie. J'ai retrouvé cette fois encore plu-

éprouvé une véritable jouissance à me retrouver dans ce milieu si Sympathique, à parler à une centaine de jeunes prêtres qui étaient là dans cette même salle cù, autrefois Monseigneur Bruchési et moi nous écoutions les Prélats étrangers qui venaient nous faire visite. Le père Le Floch, supérieur actuel de la maison. a dû s'apercevoir que par son invitation si aimable et que j'ai acceptée avec empressement, il avait su me faire en même temps qu’un &rand honneur, un très vif plaisir, J'ai de même donné au Collège Canadien deux Conférences, l'une sur le Congrès de Londres et l'autre sur le Jubilé du Saint-Père.

Enfin le temps s'était ecoulé bien vite, les fêtes étaient passées et il fallut songer au départ, c’est-à-

dire au retour. Mes compagnons avaient fait au préalable le voyage de la Haute Italie, Ils étaient allés à Assise, à Florence, à Venise, à Milan, à Padoue, etc. Messieur Quesiel et Dugas s'apprétèrent à Part:r pour la Terre-Sainte. Mon:ieur Marleau voulut visiter Naples et s2s environs avec Monsieur l'abbé De. mers, secrétaire de Monseigneur Bruchési, et c'est pendant son absence, que j'ai eu mon audience de congé. Tout s'est passé comme Ja première fois ; j'ai de nouveau demandé la bénédiction du Souverain Pontife Pour tous les fidèles de mon diocèse, Monsieur Isaïe Préfontaine, de Montréal, un ‘ancien élève et un ami à moi, m'avait confié son livre de prières et celui de sa femme, deux superbes volumes qu'il venait d'acheter pour les faire bénir par le Pape. Je les ai présentés au Saint-Père qui voulut bien très gracieusement écrir> sur chacun une bénédiction spéciale. J'ai remis ensuite ces livres en présence du Pape et de sa part à leurs heureux possesseurs qui sont entrés après moi en compagnie de Monsieur Nepveu et de deux citoyens, l'honorable Monsieur A. Boyer et l'honorable S. Fisher. Le Saint. Père, qui a très bien reconnu le curé de Beauharnois, lui a donné une tape sur la joue et l'a félicité encore une fois sur sa bonne mine, il s'est montré pour tous excessivement bienveillant. C'étaient en réalité nos adieux, Nous allons à Saint-Pierre faire encore une fois le tour de la B silique et nous prosterner à l'autel de la Confession, puis nous rentrons faire nos préparatifs de départ, On s'éloigne de Rome comme de chez soi le cœur serré, seule la perspective de retourner dans son Pays et de retrouver les siens, après une absence de plusieurs mois, peut rendre cette

es Dr

tristesse moins vive et moins amère,

Monsieur Marleau était parti avant nous, afin de Pouvoir visiter Marseille, Lyon, Ars et Paray-le-Moni. al. 11 devait nous rejoindre à Paris, Monsieur Nepveu et moi, nous prenons la route de Turin. Nous arrêtons une demi-journée dans cette ville dont nous visitons quelques unes des principales églises, Nous ällons saluer l'archevêque, Son Eminence Je cardinal Richelmy qui nous accueille avec une grande affabili. té et nous fait voir les diverses pièces de son palais qui est réellement très intéressant, A Paris le 8 décembre, fête de l'Immaculée Conception, je vais cé.

à mon premier voyage, je disais la sainte messe : j'étais bien jeune, bien seul, bien isolé, malgré qu'il y eût une fou!e considérable aux offices, et le ‘Soir je devais Partir pour Rome afin d'y poursuivre mes études. En 1897, au Cours d'un voyage Où j'avais Monsieur Santoire comme compagnon, encore à Saint-Sulpice à Paris, le 8 décembre,

le Canada, au Milieu d'un bon nombre de col-

Sous les auspices du Pape Léon XIII, pour travailler à la conversion de l'Angleterre. I] n'y a pas de doute

qu'à ce jour, ont été pour quelque chose, dans la te-

nue et le succès de Congrès Eucharistique de Lon- ‘dres. :

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