M. PARNELL F.T SES AMIS. ! OQ
M. Parnell et ses amis.
Londres 29 janvier 1886.
S'il fallait une preuve de la puissance irrésistible dont .e parti irlandais se sent en possession depuis les élecions générales, il suffirait de considérer la transformaion qui s'est accomplie dans l'attitude de son chef. Quantum mutalus ab illo! pourraient à bon droit s'écrier :eux qui ont suivi la campagne américaine de M. Pariiell en 1880, ses manifestations électorales dans les muées suivantes, et les accidents variés de sa vie parlementaire. C'est aujourd'hui l'homme d'État le plus :orrect, le plus réservé, je dirais le plus impénétrable, 'il n'était, au fond, très aisé de le pénétrer. Non seule- .Tient il ne dit plus d'injures à ses adversaires et ne pique plus une seule banderille aux flancs du taureau britannique, mais il pousse la prudence jusqu'à éviter ;out corps à corps, jusqu'à s'esquiver par la tangente pour peu qu'on l'invite à formuler son programme. Ce
'est plus un agitateur, c'est un oracle. Guillaume le Taciturne, le feld-maréchal von Moltke et le divin Har-
I lO A LONDRES.
pocrate lui-même ne sont auprès de lui que des caillettes. Ne commettons pas l'indiscrétion de lui demander son secret, qu'il ne nous dirait pas. Contentons-nous de le dégager de ce que nous voyons.
M. Parnell a deux excellentes raisons pour ne pas déclarer ouvertement ses visées. La première est qu'il les sait inacceptables pour un Parlement britannique. La seconde est qu'en cette affaire comme en tous les marchandages possibles, l'avantage reste toujours à celui qui n'a pas énoncé son dernier mot. Enfin, il y en a une troisième, qui tient au tempérament même de l'homme : M. Parnell est un mélancolique et un silen-J cieux. J'ai toujours été convaincu que naguère il se faisait violence pour se mettre au diapason de son parti. L'attitude impassible et expectante que lui impose la situation présente est, en tout cas, beaucoup plus conforme à sa nature.
Ce gentlemiln au teint pâle, aux petits yeux très rapprochés l'un de l'autre, au front étroit, aux membres grêles, tout en nerfs et en muscles, est bien plus .4mé- -icain qu'Anglais ou Irlandais. Américaine, sa mère, une fille de l'amiral Charles Stewart, l'était de naissance et d'éducation. Lui, il est né en Irlande et d'une famille d'origine anglaise, notable depuis un siècle ou deux dans le parti autonomiste ; mais c'est visiblement le tempérament maternel qui domine en lui. Physique-j ment et moralement, il ressemble beaucoup au colonel Kossel, le ministre de la guerre de la Commune. C'est un homme de quarante ans tout juste, d'une politesse glaciale, d'une égalité d'humeur imperturbable, d'un] esprit tout pratique : un vrai yankee. Ajoutez que SiiJ