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M. PARNELL ET SES AMIS. I I I

culture littéraire est des jjIus minces et qu'il n'a au monde qu'une passion — la mécanique. 11 lit peu et ne s'occupe même pas des journaux, si ce n'est de VEngineering, le journal des ingénieurs, dont il ne manque pas un numéro. Sa grande joie est de s'enfermer tout seul, quand il en trouve le temps, pour faire de la mécanique de fantaisie. Parlez-lui d'un bel engrenage — voilà ce qui l'allume. Il aime à mettre la main à la pâte, et garde encore au petit doigt la profonde cicatrice que lui a faite une scie mécanique de son invention, sur son domaine d'Avondale, dans le comté de Wicklow. Chose à noter, en ce jJ^-ys : M, Parnell est très sobre, quoique grand fumeur. A la Chambre, sans arriver jamais à l'éloquence, à laquelle il ne vise pas, il parle avec clarté, d'une voix un peu sourde et monotone, et sait ne dire que ce qu'il veut. 11 appartient d'ailleurs à cette classe nombreuse de gens qui vous empruntent inconsciemment vos idées, et vous les resservent dans une conversation ou dans un discours public. En général, cette faculté d'assimilation n'est pas un signe de force.

Aussi bien M. Parnell ne donne nullement l'impression d'un homme supérieur. C'est, au contraire, un homme très ordinaire, mais un conspirateur-né. J'entends un partisan qui ne néglige jamais les petits moyens, qui se réserve pour les conciliabules, qui tient toujours ses amis en haleine et possède à leurs yeux un véritable prestige. Dans ce rôle tout spécial, ses défauts le servent au moins autant que ses qualités. Le plus marqué et celui qui plaît le plus en lui, non seulement à ses séides, mais au peuple anglais, est un entêtement prodigieux. On m'en a donné un curieux exemple. A

Tépoque où il était inscrit sur les registres de Magdaleu Collège, à l'Université de Cambridge, il Ini arriva un jour de se jeter tout à coup sur un de ses camarades, sans avertissement ni provocation directe, et, d'un coup de poing formidable à la face, de l'abattre sur le carreau. On fit une enquête. On demanda au jeune Parnel! ce qui l'avait amené à une action aussi bizarre. Il refusa toute explication.

— Donnez-nous-en seulement une pour la forme! lui disait-on. Fournissez-nous un prétexte pour ne pas vous expulser !...

Mutisme absolu. Impossible de rien tirer de lui. 11 fallut le mettre à la porte, et, à l'heure présente, personne n'en sait plus long qu'alors sur ce mystère.

^'ous jugez si Ton serait bien venu à demander à M. Parnell de développer son plan... Mais en a-t-il un seulement? J'avoue que j'en doute fort. En tout cas, son plan se réduit à ceci; profiter de toutes les circonstances favorables pour détacher l'Irlande de l'Angleterre et arriver à l'indépendance absolue; accepter implicitement toutes les concessions, mais, après coup, les déclarer toujours insuffisantes ; en un mot, rester à perpétuité un parti d'opposition et une épine au pied du maître; faire qu'il en vienne lui-même à dire :

— Assez!... Que les Irlandais s'en aillent to hcll!.. au diable l'Union, si tels sont ses fruits !...

J'ajoute que M. Parnell serait bien aise de voir la question agraire réglée avant la question politique. Ce serait tout bénéfice pour lui et ses amis, car, si elle lui restait sur les bras, c'est le peuple irlandais qui ne trouverait jamais ses concessions suffisantes. D'un autre

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