‹ A ma patrie enchainée; poèmesChapitre 15 sur 28 · LA JOCONDE · texte numérisé non relu

LA JOCONDE

« Cette chaumière est celle d'une vieille femme que les Allemands — ils sont à cinquante mètres de là — n'ont pu faire fuir. Pour son sourire sans fin, les soldats l'ont surnommée la Joconde. Le roi Albert, en décorant la chère vieille pour son maternel dévouement, a voulu quelle gardât le surnom amical que lui donnèrent ses grands enfants: « Mietje Debœuf, dite La. Joconde. » (P.Nothomb: L'Yser, p. 210.)

Elle a peut-être un peu vieilli,

— Vous m'avouerez qu'il y a de quoi — Son front s'est ridé, ses joues se sont flétries Et elle n'a plus toutes ses dents,

Mais, quand elle rencontre un soldat,

Elle sourit toujours sous son bonnet blanc.

Elle a perdu sa belle robe de velours Et sa riche écharpe de soie,

— Que voulez-vous ? Le temps n'est plus à l'amour Et la laine protège mieux du froid —

Mais, quand elle verse à boire à « ses enfants », Elle sourit toujours sous son bonnet blanc.

Sa chaumière n'est pas un palais.

Il y a un trou d'obus dans le toit

Et les vitres de papier

N'empêchent pas les shrapnels d'entrer —

Mais, quand un « jas « vient s'asseoir sur son banc.

Elle sourit toujours sous son bonnet blanc.

Jadis elle entendait, derrière sa courtine,

Par les belles nuits florentines,

La douce harmonie de tendres sérénades.

Les violes ont fait place aux «. marmites »,

Les fleurs aux grenades

— Les Boches sont de piètres galants —

Mais elle sourit toujours sous son bonnet blanc.

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