‹ A ma patrie enchainée; poèmesChapitre 14 sur 28 · L'AMOUR DE LA PATRIE · texte numérisé non relu

L'AMOUR DE LA PATRIE

C'est l'accent d'une voix,

Le son d'une cloche lointaine,

Une clairière dans les bois,

Un coup de soleil sur la plaine.

C'est un certain toit, sous un certain ciel,

Et le pas cadencé des haleurs sur la berge.

C'est une femme à genoux devant une chapelle,

Au bord d'un chemin, où larmoient quelques cierges.

C'est la senteur des herbes, à l'entour des étangs,

Et le parfum de la poussière dans la rue.

C'est l'éclat d'un regard, la gaucherie d'un mouvement.

Une vision du passé aussitôt disparue...

C'est tout ce qu'on ne peut pas dire

Et tout ce qu'on sent.

Tout ce qu'on ne peut traduire

Qu'en le chantant.

C'est ce qu'on mange et ce qu'on voit, Ce qu'on respire, ce qu'on entend.

C'est le goût du pain et du tabac.

L'éclat des feuilles, l'odeur du vent Et les bruits familiers du village :

Les chiens qui aboient, les gens qui s'appellent,

Et le joyeux tapage

Des verres sous la tonnelle...

C'est tout ce qu'on ne peut pas dire

Et tout ce qu'on sent,

Tout ce qu'on ne peut traduire,

Qu'en le chantant.

C'est le meilleur de notre corps

Et le plus pur de notre sang.

C'est ce qui nous rappelle nos morts

Et nous fait souhaiter nos enfants.

C'est la couleur de notre vie

Et la saveur de nos chansons,

C'est la douce folie

De récolter ce qu'on sème,

Et l'absurde passion

De posséder ce qu'on aime...

C'est tout ce qu'on ne peut pas dire

Et tout ce qu'on sent.

Tout ce qu'on ne peut traduire

Qu'en le chantant.

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