‹ A ma patrie enchainée; poèmesChapitre 17 sur 28 · L'ANGELUS EN BELGIQUE · texte numérisé non relu

L'ANGELUS EN BELGIQUE

Quand le vent vient de chez nous

Et que la mer est sage

On peut entendre, certains soirs, sur la plage,

Mourir le son plaintif et doux

De l'Angelus : Don dé

Din don, din don dé.

Pourtant, à trois lieues à la ronde, Toutes les tours sont abattues ; Depuis dix mois que le canon gronde, Toutes les cloches se sont tues ; Et l'on écoute, sans trop comprendre, Cette voix mystérieuse et tendre Qui ne cesse de murmurer :

Din don, din don dé.

D'où vient-elle ?

De plus loin que Nieuport, de plus loin que l'Escaut ,

De plus loin et de plus haut.

D'où sonne-t-elle ?

D'une église et d'un beffroi

Que les obus n'atteindront pas.

L'entendrez-vous vibrer Au fond de vos poitrines : Don dé Din don, din don dé ?

C'est le cœur du pays

Qui sonne comme une cloche,

Avec ses villages, ses prés fleuris,

Ses bois, ses ruisseaux et ses roches.

C'est notre sang qui bat

Contre les murs de sa prison.

Et qui répète tout bas

Son éternelle chanson.

C'est notre âme qui, sans trop comprendre,

Murmure d'une voix mystérieuse et tendre

Les trois notes de l'Angelus : Don dé

Din don, din don dé...

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