‹ A ma patrie enchainée; poèmesChapitre 2 sur 28 · APRÈS ANVERS · texte numérisé non relu

APRÈS ANVERS

Chantons, Belges, chantons,

Même si les blessures saignent, même si la voix se brise,

Plus haut que la tourmente, plus fort que les canons,

Chantons l'orgueil de nos défaites,

Par ce beau soleil d'automne,

Et la joie de rester honnête

Quand la lâcheté nous serait si bonne.

Au son du tambour, au son du clairon.

Sur les ruines d'Aerschot, de Dinant, de Termonde,

Dansons, Belges, dansons

En chantant notre gloire,

Même si les yeux brûlent, si la tête s'égare,

Formons la ronde !

Avec des branches de hêtre, de hêtre flamboyant.

Au son du tambour,

Nous couvrirons les tombes de nos enfants.

Nous choisirons un jour,

Comme celui-ci.

1. Mis en musique par Sir Edward Elgar sous le titre de Carillon ".

Où les peupliers tremblent doucement

Dans le vent,

Et où Todeur des feuilles mortes

Embaume les bois,

Comme aujourd'hui,

Afin qu'ils emportent

Là-bas

Le parfum du pays.

Nous prierons la terre qu'ils ont tant aimée

De les bercer dans ses grands bras,

De les réchauffer sur sa vaste poitrine

Et de les faire rêver de nouveaux combats :

De la prise de Bruxelles, de Malines,

De Namur, de Liège, de Louvain,

Et de leur entrée triomphale là-bas —

A Berlin !

Chantons, Belges, chantons,

Même si les blessures saignent et si la voix se brise,

Plus haut que la tourmente, plus fort que les canons,

Même si les blessures saignent, même si le cœur se brise,

Chantons l'espoir et la haine implacable.

Par ce beau soleil d'automne,

Et la fierté de rester charitable

Quand la Vengeance nous serait si bonne !

Londres, Octobre 1914.

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