PENDANT LA BATAILLE DE VERDLN
La neige rend à la terre
Sa virginité ;
Elle lui donne le voile brillant
D'une jeune mariée ;
Elle la fait pure et claire
Comme un petit'^enfant,
Et lui met aux yeux
La candeur surprise
Et le rêve lumineux
Des communiantes à l'église.
La neige couvre la boue et le sang
Sous son manteau blanc.
La neige inspire à la terre Un pieux recueillement ; Elle l'induit en longues prières Et en vœux ardents ; Elle lui met sur les lèvres Ses longs doigts tremblants, Et glace ses fièvres
Dans les cellules de son couvent.
La neige couvre la boue et le sang Sous son manteau blanc.
La neige prête à la terre
Son prodigieux silence ;
Elle éteint ses rires et ses chants,
Elle étouffe ses clameurs guerrières
Et ses cris de vengeance ;
Elle lui ferme les oreilles
Sous une guimpe de béguine
Et protège sa tendre poitrine
De la gelée et du soleil.
La neige couvre la boue et le sang
Sous son manteau blanc.
Mars 1916.