‹ A ma patrie enchainée; poèmesChapitre 8 sur 28 · VŒU DE NOUVEL AN A L'ARMÉE ALLEMANDE · texte numérisé non relu

VŒU DE NOUVEL AN A L'ARMÉE ALLEMANDE

Je souhaite que chaque heure

Vous meurtrisse le cœur.

Je souhaite que chaque pas que vous ferez

Vous brûle les pieds.

Je souhaite que vous deveniez aveugles et sourds

A la beauté des choses,

Et que vous marchiez, nuit et jour,

Sous un ciel morose,

Sans voiries tleurs écloses au coin des haies,

Sans entendre un mot, sans surprendre un chant

Qui vous rappelle les femmes et les enfants

Laissés dans vos foyers.

Je souhaite que la terre, notre terre,

Se creuse de fondrières

Sous vos canons,

Et que les rivières du pays, de notre pays.

Sortent de leur lit

Pour submerg'er vos bataillons.

Je souhaite que les spectres de nos martyrs

Empoisonnent vos nuits.

El que vous ne puissiez plus ni veiller, ni dormir,

Sans respirer l'odeur du sang

De nos Saints Innocents.

Je souhaite que les ruines de nos maisons

S'écroulent sur vos têtes,

Et que l'angoisse trouble votre raison,

Et que le doute confonde votre rage,

Et que vous erriez éperdus comme des bêtes

Poursuivies par l'orage

Je souhaite que vous viviez assez longtemps Pour éprouver toutes nos souffrances Afin que Dieu vous épargne le suprême châtiment De Son éternelle vengeance.

Londres, Janvier 1915.

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