L’ESPAGNE
Sire, il court par le monde une vilaine histoire ; Démentez-la, je suis jaloux de votre gloire,
Sire, et je n’aime pas qu’on dise sans détour Qu eu vos desseins bientôt l’Espagne aura son tour. Puis, écoutez : Celui qui dort aux Invalides,
Ayant réglé le vol de ses aigles rapides,
Crut devoir de ses plans avertir Dieu le Fils :
Je vous laisse, dit-il, dans votre paradis,
Mais si vous prétendez y demeurer tranquille.
L’ESPAGiN E.
Il me faut l’Italie. — Après? — De la Sicile Je n’ai que faire, mais la France vers le nord Est ouverte et j’y mets la Belgique. — D’accord.
— Des Césars dans mon lit j’entends placer la fdle.
— Épouse. — J’ ai de plus une lourde famille,
Des frères à pourvoir, Seigneur, et j’en ai trois.
— Le monde est assez grand, que n’en fais-tu des rois.'
— L’Angleterre m’obsède, et je veux dans son île. . .
Avec un mur d’airain enferme le reptile.
— Le czar veut la moitié du monde !... — Ambitieux ! Refoule en ses déserts le barbare odieux.
Prends tout ce que Satan, du haut de la montagne, Offrit à mes regards, prends tout. — Même l'Espagne?
— J’oubliais ce seul point. — Mais il me la faut.— Non, Elle n’est plus à moi pour t’en faire le don.
Tu peux prendre, à ton gré, le reste de la terre.
Mais l’Espagne, jamais : c’est la dot de ma mere.
San Lucar, juillet 1866.