LE PETIT PÂTRE
Or lame s’arrêtant au seuil de la lumière,
Du petit orphelin cherchait l’heureuse mère,
Et l’ayant reconnue aux pleurs mal effacés.
Derniers ressouvenir^ de ses chagrins passés,
Elle s’approche d’elle avec cette prière :
— Veux-tu que de l’enfant je sois aussi la mère?
San Lucar, août 1866.
TATO LE MATADOR
Les matadors, ces héros de la Place,
Ont une cour qui partout suit leur trace.
Or dans la sienne avait Tato, je crois,
Plus d’un bandit (les matadors sont rois), Mais un surtout qui vivant de mal faire, Autour de lui promenait sa misère,
Et quand le maître affrontait le taureau, Tendait l’épée et gardait le manteau.
Si son caprice allait chercher la gloire
T AT 9 LE MATADOlî.
En d’autres lieux, notre liomme en purgatoire Comme il pouvait attendait son retour.
Avant personne il en savait le jour.
Et le premier arrivé dans la gare, Nonchalamment il fumait son cigare.
Or, l’autre jour, il advint que Tato,
En conquérant, revenait du Puerto.
Au premier rang il avise le drôle,
Tout fraîchement sorti de quelque geôle,
Qui lui présente avec un air cafard Un pistolet, un chef-d’œuvre de l’art,
Travail exquis, vrai don de bienvenue ;
Pour le mieux voir on accourt, on se rue.
Le torero reçoit en grand seigneur Le rare objet qu’il touche en connaisseur.
Puis remercie, et devant tout le monde Laisse tomber une bourse assez ronde.
L’autre ramasse et s’en va, cependant Q./à son valet Tato dit froidement :
— Jette cela dans la première allée.
Car m’est avis que c’est chose volée.
Monimorency, septembre 1S67