‹ A mes enfants [microforme]Chapitre 13 sur 21 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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04 Monsieur Saint-Georges

pour se rendre à l’école, passait tout près des échafaudages que l’on avait dressés contre les murs. |

Il vit un maçon arrivé presque tout au haut d'une longue échelle, et portant sur son épaule une espèce d’auget triangulaire, soutenu en équilibre, au moyen d’un gros manche. L’'auget paraissait très-lourd, à en juger du moins par la lenteur avec laquelle l’homme montait chaque échelon.

Que pouvait vouloir dire cette auge, et de quoi était-elle chargée ? Voilà ce qui intriguait fort notre héros, et il ne pouvait se résoudre à quitter la place sans avoir le mot de l'énigme.

Aussi, prenant sa voix la plus forte et la plus aiguë, se mit-il à crier : — Hé ! le monsieur ! l'homme ! Qu'est-ce que tu portes donc dans

ton auge ?

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Le maçon, surpris par cette voix perçante

qui criait d'en bas, se retourna, craignant qu'il ne fût arrivé quelque accident.

Malheureusement, en faisant ce mouvement, il perdit l’équilibre et tomba lourdement par terre avec sa charge de mortier.

L'échafaud avait plus de trente pieds de hauteur,

On releva l’homnx évenoui et on le transporta chez lui, à l’aide d’un brancard garni d’un matelas,

Quant à Saint-Georges, en voyant tomber le maçon, il était devenu affreusement pâle, puis, à son tour, il avait perdu connaissance,

Lorsqu'il revint à lui, il était couché dans le grand lit de la chambre bleue, réservée aux étrangers ; auprès de lui se tenaient son papa

et sa Maman, et un grand monsieur tout habillé

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96 Monsieur Saint-Georges

de noir, qu’il reconnut pour le médecin de la famille.

Il avait donc été malade ?

Il avait eu la fièvre et le délire durant trois jours et trois nuits. Tout ce temps-là, son papa et sa maman avaient veillé à tour de rôle auprès de lui, en guettant avec la plus grande anxiété le moment de la crise que le médecin avait annoncée pour ce jour-là.

Maintenant, il n’était pas encore guéri, mais il était sauvé ; la crise avait été heureuse et le médecin répondait de son malade.

Enfin, au bout de huit longs jours, le pauvre petit put quitter le ht et se promener un peu dans le jardin.

Jusque-là, personne ne lui avait encore parlé

mn nant UE 1 ] d. 491 Den A de Ia cause de cette maladie et lui-même

n'avait pas eu le temps d'y penser ; mais

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Monsieur Saint- Georges 97 Re EE quand il fut à peu près rétabli, la mémoire lui revint et il revit en souvenir tout ce qui s'était passé et que nous avons raconté plus haut.

Puis, à mesure que les faits s'établissaient dans son esprit, il se prit à songer que c'était lui qui avait été cause de la chute du maçon. Et si, rien qu’à voir tomber quelqu'un, luimême avait été si malade, qu'avait donc dû

endurer le pauvre homme en tombant de si

haut ?

Qui sait ? il était peut-être mort sur le coup !

À cette pensée, Saint-Georges se sentit frémir de la tête aux pieds et il courut vite se jeter dans les bras de sa maman qui cousait à l’autre bout de la chambre.

— Maman, maman, est-ce quil est mort

l’homme ?

— Non, petit, répondit la maman qui com-

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98 Monsieur Saint-Georges

prit de suite ce qu’il voulait dire, il n’est pas mort, mais il a été bien près de sa fin. Iln’ena pas été quitte à aussi bon marché que toi; ilest encore au lit et il ne pourra travailler de sitôt.

Si tu es assez bien, demain, nous irons le voir ; il a un petit garçon de ton âge à peu près, qui a eu bien du chagrin en voyant son père si malade.

— Oh ! oui, maman, nous irons le voir, j'ai si grande hâte de savoir s’il n’est pas fâché contre moi ; et pourtant je t'assure que ce n'était pas ma faute ; si j'avais su que le maçon dût tomber, bien sûr, je n'aurais pas crié.

— Si tu avais écouté ton papa et ta maman, qui t'ont répété tant de fois qu’un enfant doit se contenter de répondre poliment, lorsqu'on

lui parle, et ne pas questionner les gens à tout

propos, tu vois ce que tu aurais évité,

Monsieur Saint-G Corges

PTS SR — Ah! c’est bien vrai ; AUSSI je te promets

que je ne le ferai plus, jamais, jamais !

Le lendemain, après le diner, Saint-Georges et Sa maman allèrent voir le malade,

La famille, composée du père, de la mère

et de trois enfants, occupait trois chambres d’un petit rez-de-chaussée situé au fond d’une

cour,

Tout était pauvre et usé, mais bien en ordre

et extrêmement propre,

Lorsque la maman de Saint-Georges entra, la manière dont on l'acueillit aurait fait voir de suite À un observateur que ce n'était pas la première fois qu’elle franchissait la porte de l’humble logis.

Le malade tourna vers elle des regards pleins de reconnaissance.

— C'est donc le petit qui a été si malade ?

EN

I00 Monsieur Saint-Georges

dit-il en voyant Saint-Georges ; Dieu a exaucé nos prières et le voilà guéri : ah ! nous en sommes bien heureux !

Saint-Georges se sentait tout confus en songeant, — car, malgré sa jeunesse, il faisait cette réflexion, — que lui, la cause de l’accident, n'avait jamais pensé à prier Dieu pour le maçon, tandis que celui-ci, victime de l’inconséquence d’un enfant, avait poussé la générosité jusqu’à appeler sur cet enfant même la protection du Ciel.

Il ne dit rien, cependant, car il était trop ému pour parler, et d’ailleurs, il savait bien, — l'expérience enseigne beaucoup dechoses, — qu'il n'eût pas été convenable pour lui de rompre le silence dans une pareille occasion.

La maman s'informa du malade avec beau-

coup de sollicitude, et elle apprit avec plaisir

que son état s'améliorait sensiblement.

Monsieur Saint-Georges IO

Pendant que sa maman parlait, Saint- Georges vit les trois petits enfants du maçon qui se tenaient dans la chambre voisine, et avançaient timidement, quoiqu'avidement, leurs têtes curieuses de chaque côté de la porte.

Après avoir demandé tout bas une permission à sa maman, il alla les trouver pas trop

rassuré non plus. Cependant, il entra de suite en matière.

— C'est moi, dit-il, qui ai été si malade.

Les trois enfants ouvrirent de grands yeux et semblèrent le regarder avec admiration.

Car, pour les enfants, ce qui sort des lignes ordinaires, dans un sens ou dans l’autre, mérite toujours la considération ; et j'ai vu, à l’école, un enfant obtenir un ascendant extraordinaire sur ses camarades uniquement à cause d’une

certaine grimace horrible qu’il réussissait mieux que tous les autres.

entr me à pr pos

IO2 Monsieur Saint-Georges

Donc, pour les enfants du maçon, le fait d’avoir été très-malade rangeait Saint-Georges dans une catégorie supérieure,

— J'ai été, poursuivit ce dernier, trois jours sans connaissance, et, en tout, dix jours au lit ; mais je suis bien mieux et, dans quelques jours, il n’y paraitra plus. Mais votre papa, à vous, il a été bien malade aussi ?

— Ah ! oui, dit l'aîné des petits garçons, bien, bien malade, plus malade que toi encore, et nous avons bien pleuré, avec maman !

— Avez-vous des joujoux, vous autres, dit Saint-Georges ?

Il faut rendre justice à notre petit ami ; il ne faisait pas cette question par pure curiosité, Le fait est que, dès la veille, il avait décidé de faire un cadeau aux enfants du maçon et,

à cet effet, il avait apporté avec lui sa bourse

PT Tete and

ve

Monsieur Saint-Georges 103 Ps nine le Te contenant toute sa fortune, -— deux piastres en pièces de cinq et de dix centins, toutes neuves et brillantes ; il cherchait donc une occasion de présenter cette offrande pour laquelle il avait complètement dévalisé sa petite banque.

Au mot de joujou, les trois enfants, même le plus petit qui parlait À peine, dressèrent l'oreille,

— Nous avions, l'an dernier, dit l'ainé, un petit mouton blanc que nous aimions beau- Coup ; mais il a d'abord perdu ses pattes et, maintenant, il n’a plus de tête,

— Tiens, dit Saint-Georges, en s’approchant et en présentant la bourse, prends cela et tu achèteras des joujoux pour vous trois.

Le petit garçon avait d'abord tendu la main pour recevoir la bourse, mais il la retira

aussitôt :

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104 Monsieur Saint-Georges

— Je ne puis pas prendre cet argent, dit-il ; il faut que je demande à maman.

— ‘Tu as raison, dit Saint-Georges ; et moi aussi, je vais demander à maman, quoique l'argent m'appartienne et que je puisse en faire ce que je voudrai.

La permission demandée fut bien vite accordée par la maman de Saint-Georges, et la femme du maçon dut bientôt se rendre également. La bourse changea donc de mains, au grand plaisir de Saint-Georges, qui disait :

— N'oublie pas, surtout, d'acheter des pattes et une tête neuve à ton mouton.

Lorsqu'il quitta la maison, avec sa maman, toute la famille du maçon les remercia avec effusion, et Saint-Georges commença à comprendre alors, par la joie qu'il ressentait, tout

le bonheur qu’on peut goûter à faire le bien.

Monsieur Saint-Georges 105 ——————__————__ Depuis ce temps, il a promis de se corriger de tous ses petits défauts, et je vous assure qu'aujourd'hui, il fait la joie de ses parents et de ses maîtres.

Il est le premier à l’école, mais il n'en est pas plus fier pour cela.

Enfin, il n’est pas parfait, -— on n’est jamais parfait sur cette terre, — mais je suis sûr qu’il est dans la bonne voie, et qu'il deviendra un

homme utile à Ja religion et à son pays.

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