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vaient ces idées à la fois agréables et profondes.
[ls ne se faisaient pas faute de complimenter
fortement là-dessus le forgeron et se rangeaient imvariablement à son avis. Ajoutons que le père Roubaud avait les poings solides, faciles à remuer, ef qu'il ne supportait pas longtemps la contradiction.
Roubaud n’était pourtant pas un méchant homme.
Il était scrupuleusement honnête et n'eût pas fait tort d’un dixième de sou au plus riche de ses clients. Ilne manquait jamais la messe le dimanche, et faisait maigre tous les vendredis : on l’eût surpris prodigieusement en lui disant que tout cela, au demeurant, ne valait pas grande chose. Roubaud appartenait à cette
classe d'hommes, trop nombreuse hélas ! qui
entendent la vie et le devoir de la manière la
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ne 0 RU 57 à à none net émgeàr— ef
29 Les déceptions de Facques
plus facile possible ; qui croient qu’une personne est dispensée d’avoir des vertus pourvu qu'elle n’ait pas de vices, et que les bonnes intentions suppléent suffisamment les bonnes actions.
Avec cela on peut comprendre ce qu'était à douze ans le fils du forgeron.
— Je lui donne la nourriture, et le vêtement ; il est logé comme moi : qu'est-ce que je puis faire de plus ? S'il veut apprendre le métier, lorsque je mourrai, je lui laisserai la boutique et les outils. Le monde est grand, qu’il y fasse comme moi son chemin, sans devoir rien à personne.
Ainsi parlait le père Roubaud, et il secouait, sur l’ongle du pouce, les cendres de sa pipe, ce qui signifiait que toute la grosse artillerie du raisonnement n'aurait jamais pu ébranler
ses convictions.
Les déccptions de Facques 29
D'où il suit que Jacques, à douze ans, était de première force au jeu des osselets, maniait les billes d’une manière parfaite et ne reconnaissait pas de supérieur lorsqu'il s'agissait de lancer une toupie. Il était fort et souple : il sautait plus loin et plus haut que tous ceux de son âge, grimpait jusque sur les branches les
plus élevées d'un arbre pour dénicher un merle
À ou poursuivre un écureuil. 11 nageait comme Î ! un Terreneuve et pouvait rester cent secondes L(
sous l'eau. Quand j'aurai ajouté qu'il savait,
dans l’espace de trois jours, culotter propre-
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ment une pipe, vous serez obligés d'avouer que si Jacques n’était pas parfait il était au moins bien rapproché de la perfection et devait, en très peu de temps, atteindre ce but désiré,
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Aussi, parmi les garçons de son âge, il était ]
respecté, considéré. Tes plus huppés s’abais-
30 Les déceptions de Facques
saient devant lui, et les moins favorisés le regardaient d’un œil triste et envieux.
Lorsqu'il s'élevait un différend à propos d'une bille heurtée en dehors des règles, ou sur la question importante de savoir si la toupie était, oui ou non, en dehors du cercle ou sur la ligne, Jacques, toujours consulté, prononçait un jugement sans appel.
Cet appel avait un jour été tenté par un petit camarade qui avait osé évoquer sa cause à un tribunal, sinon supérieur, du moins plus nombreux. Mais Jacques, saisi d’un juste courroux, avait, par une argumentation ad hominem, montré à l'appelant la vanité de ses prétentions, et découragé du même coup toute tentative future sur le même terrain.
Il faut couper le mal dans sa racine,
Le dimanche, entre la messe et les vèpres,
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Les déceptions de Facques 37
les jeunes gens s’amusaient, à l'ombre des arbres, sur la place de l’église. C’est à que Jacques prenaient ses plus beaux airs, allant des grands aux petits, superbe près des uns, insinuant auprès des autres. Il trouvait moyen de satisfaire, avec ceux de son âge, son goût | pour les billes, la toupie ou les osselets, tout en conservant une dignité que sa force supérieure lui commandait. Quant aux jeunes gens, il s'élevait jusqu’à eux en offrant du tabac ou une allumette.
De cette façon, Jacques avait deux cordes à son arc, et lorsque la société des uns lui offrait quelques désagréments, il n’était pas dans la nécessité de recourir à une bouderie solitaire ; il allait se consoler en compagnie de l’autre
fraction de ses amis.
Aux yeux de tous les enfants de son âge,
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32 Les déceptions de Facques
Jacques jouissait du suprême bonheur sur cette terre.
Maus il est reconnu que la félicité, ici-bas, ne peut pas durer toujours ; et notre héros allait faire la triste expérience de cet axiome qu'il ne soupçonnait guère.
Le père Roubaud recut un jour une grande lettre, ornée d’un immense cachet de cire noire. Pour en savoir le contenu, il fut obligé d’avoir reçours au ministère de son voisin, le ferblanticr, qui passait pour expert en littérature.
Cette lettre annonçait au forgeron qu’un de ses oncles, mort sans enfants, dans un comté voisin, l'avait institué son légataire universel. I1 était prié de se rendre au plus vite sur les lieux pour assister à l'inventaire et entrer en possession de son bien, après avoir fourni ses
certificats d'identité,
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Les déceptions de Facques 33
On était au lundi. Le père Roubaud mit la lettre dans sa poche, ec alla faire ses préparatifs pour partir le surlendemain.
Cependant le ferblantier, comme tous les oracles de village, était grand causeur, et la possession de cette nouvelle l'avait rempli d'une grande joie : il y voyait des matériaux pour plusieurs jours d’un babil aussi neuf qu'intéressant, et se pâmait d’aise comme un reporter de journal qu'une circonstance fortuite amène le premier sur le théâtre d’un accident,
Aussi le contenu de la lettre circulat-il comme une trainée de poudre, et, le lendemain,
tout le monde, dans la paroisse, savait que le for-
geron était devenu millionnaire, ou à peu près,
Bref, quand l'héritier arriva au logis du
défunt, 1l trouva une demi-douzaine de parents
plus ou moins éloignés, accompagnés de plu-
ares ad tt à 0 Ré © je D US cnindtere ti
34 Les déceptions de Facques
sieurs hommes de loi, et on lui annonça, séance tenante, que le testament allait être: contesté.
Le forgeron revint chez lui le cœur serré et l'esprit gros de réflexions peu agréables.
— Si mon fils avait su lire, se dit-il, je n’aurais pas eu besoin de recourir au ferblantier, lequel n'aurait pas parlé, et, à l'heure qu'il est, je serais en possession de mon héritage, Décidément, l'instruction a peut-être du bon, et, pas plus tard que demain, Jacques ira à l’école.
Ce n'était, à la vérité, qu'un mesquin intérêt qui faisait ouvrir les yeux au forgeron ; et il aurait trouvé mille autres raisons d’un ordre plus élevé pour l’engager à mettre son fils à l'école, Mais, enfin, il ne voyait pas au-delà :
contentons-nous de le plaindre en nous gar-
dant bien de le condamner.
Les déccptions de Facques 35
Roubaud n'avait qu’une parole, et, le lendemain, Jacques, averti de la veille, faisait piteusement son entrée à l’école et allait s'assoir tout honteux sur le dernier banc, avec les petits de l'A BC.
IH avait le cœur gros. Lui qui, jusque-là, avait vécu de ce qu'il croyait être la grande vie, la vie raisonnable ; qui avait regardé avec mépris et souvent injurié, en les traitant de moutards, les enfants qui s'en allaient à l’école ou en revenaient avec leurs livres sous le bras ; lui qui se croyait leur supérieur, il se voyait, maintenant, de beaucoup au-dessous d’eux.
Le maitre d'école comprit de suite combien Jacques devait se trouver déclassé, et pour ne pas augmenter sa mortification, le premier jour, 1l ne lui fit pas dire ses lettres ; il se con-
tenta de lui expliquer les règlements de l’école.
30 Les déccftions de Facques
ee | JT lui parla avec douceur et essaya de gagner Sa confiance, Jacques fut assez convenable, | mais 1! se livra peu, et le maître vit bien qu'il | lui faudrait tenter plus d’un assaut avant de pouvoir pénétrer au cœur de la place. Il comprit qu'il avait devant lui une tâche longue, pénible, ingrate peut-être, mais il ne se découragea point et, au fond de son c eur, 1l demanda à Dieu de bénir son travail et de Jui donner la patience pour aller jusqu’au bout.
Vous soupçonnez peu, mes petits amis, —
car cest pour vous que j'écris, --vous SOU p-
çonnez peu Îles trésors de patience que vos maitres dépensent pour vous, chaque année, chaque semaine, chaque jour, Vous les trouvez
; px - ) x quelquefois sévères, evrsyenx surtout, c'est 1à
votre grand mot. Avez-vous jamais songé que
votre maitre, de son côté, peut aussi vous {
Les déccplions de Faiques 37
er .
trouver ennuyeux et maussades, que vous êtes trente où quarante €t que l'ennui se multipliant par votre nombre, peut arriver À des proportions effrayantes. Et, cependant, toute la journée, votre maitre est obligé de rester avec vous, de se plier À vos différents caractères, de subir une multitude de petites taquineries que vous croyez innocentes et qui souvent lui brisent le cœur ; de vous répéter tous les jours une foule de choses qu'il lui faudra vous dire encore le lendemain et les jours suivants, sans qu'il lui soit permis de laisser seulement paraître la fatigue que cela lui cause. Avez-vous jamais réfléchi qu'il est forcé de se contraindre sans cesse pour Inesurer ses Expres sions à votre intelligence, d'expliquer les
mêmes choses trois ou quatre fois à chaque
section différente de ses élèves. Si vous voyiez
38 Les déceptions de Facques
| nee res ce eme votre maître tel qu'il est, loin de le trouver ennuyeux et de le taquiner, vous n’auriez pas Al assez de toutes les puissances de votre cœur, de toutes les forces de votre esprit pour l’admirer et pour l'aimer.
Vous comprendrez ces choses plus tard,
mais vous ne les comprendrez parfaitement
| que si vous êtes appelés vous-mêmes à cette tâche honorable et difficile de l’enseignement ; de même que celui-là seul qui élève une famille peut apprécier ce que, dans sn jeune âge, ses parents ont fait pour lui.
Le maître d'école fut donc excellent à l'égard
de Jacques et tâcha, autant qu'il put, de lui [ faire oublier sa triste position. | | Malheureusement, les autres enfants ne FE | | prirent point les choses au même point de vue,
et ils se promirent bien de faire passer au #ou- | | |
En,
Les déceptions de Facques 39
veau quelques mauvais quarts-d’heure, en retour de tous les mépris qu’il avait eus pour eux, au temps de son indépendance.
Ils avaient certainement tort, car il ne faut jamais rendre le mal pour le mal; on doit toujours pardonner les injures, et, À plus forte raison, les petites taquineries.
Mais les camarades de Jacques ne pensaient pas ainsi, parce qu'ils ne réfléchissaient point. Aussi, la fin de la classe, impartiemment attendue, fut-elle le signal d’une petite guerre de représailles dans laquelle l’amourpropre de Jacques devait subir de nombreuses écorchures.
À peine fut-il hors de la porte que tous les enfants firent cercle autour de lui,
— Às-tu mangé ton livre ?
— Sais-tu quel est le première lettre ?
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40 Les déceptions de acques
— Deux et deux, combien cela fait-il ?
— Le petit Julien, qui n’a que six ans, peut t’en remontrer.
Jacques entendait tout cela et pestait intérieurement. Il eût volontiers saisi l’un des gouailleurs pour en faire un exemple ; mais il savait que tous les autres se seraient jetés sur lui; et il est toujours dangereux de lutter contre le grand nombre. II lui fallut donc endurer en se rongeant les poings.
Le cortége l’accompagna jusqu’à sa porte et Jacques se précipita dans la maison, suivi par trois acclamations ironiques qui achevèrent de l’exaspérer.
I s'assit près de la table et se mit à pleurer amèrement. ‘Toute sa vie lui repassa devant les yeux.
Les larmes sont comme un prisme à travers
Les déccptions de Facques 47
lequel nos actions passées nous apparaissent Sous leurs véritables couleurs. Jacques fut étonné de reconnaître combien, jusqu’à ce jour, sa vie avait été inutile et même coupable.
À quoi servait-il, dans ce monde où toute chose doit donner sa part d'utilité? A rien, absolument : et, loin d’être utile, il était même nuisible, en ce sens qu'il donnait un mauvais exemple et décourageait, par le spectacle de son inaction, ceux À qui une nature indolente rendait déjà le travail assez difficile.
Jacques pleura et pensa longtemps, et son père, en entrant pour souper, le trouva À la même place, les yeux encore tout rouges,
Mas le forgeron ne s'arrêtait pas à de semblables détails : il SUPposa que Jacques avait été battu à l’école, et se dit qu'un peu de fouet
est nécessaire aux enfants,
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42 Les déceptions de Facques
Notre héros soupa maigrement et alla de suite se coucher, au lieu de fumer sa pipe et de courir par les rues, comme il en avait l'habitude.
Le lendemain, il arriva à l’école plein de bonnes résolutions. Mais lorsqu'il entendit les petits dire toutes les lettres de l’aljÿhabet et qu'il se vit lui-même, grand garçon, réduit à confondre un B avecun €, il n’y put plustenir et s'emporta contre le maitre qui, disait-il, s'y
, : Le prenait exprès pour lui faire honte.
Le maitre le mit en pénitence et fit bien ; mais 1l fit encore mieux lorsque, après la classe, il garda Jacques près de lui, beaucoup pour lui expliquer sa position et un peu pour le sauver de la scène qu’il avait subie la veille.
Il fut convenu que, jusqu’à nouvel ordre, Jacques ne serait pas interrogé en classe, mais
que, en revanche, il viendrait une heure,
Va .
Les déceptions de Facques 43
chaque soir étudier son À B C. Il se mit avec cœur au travail, et au bout d’un mois et demi, ses camarades fürent extrêmement surpris de le voir, un jour, se lever et lire couramment toute une page.
Le dévouement du maître et la bonne volonté de l'élève avaient accompli ce prodige.
Jacques commençait À prendre courage et à voir d'un meilleur œil les travaux de l’école.
La petite guerre que les autres élèves avaient entreprise contre lui, les premiers jours, était à peu près terminée. On le laissait volontiers tranquille et lui-même commençait À perdre ces airs de supériorité et de domination qu'il affectait autrefois. Il avait abandonné sa pipe qui, au lieu de faire de lui un personnage comme il le croyait, ne servait qu’à le rendre ridicule
# , aux yeux des gens sensés, sans compter le tort
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44 Les déceptions de Facques
qu'elle causait à sa santé. Il était enfin devenu beaucoup meilleur, sans étre encore exempt de défauts.
A l'automne, 1l lisait bien et commençait à écrire un peu, lorsque son père mourut par la chute d’une barre de fer qui lui brisa le crâne.
Jacques se trouva seul au monde et sans fortune puisque le bien qui avait été légué à son père était le sujet d’un procès dont il était difficile de prévoir l'issue,
Il aurait voulu continuer à fréquenter l’école, — il en était arrivé à aimer beaucoup son maitre, —maus 1l lui fallait songer aux moyens de gagner sa vie. La forge avait été louée, mais le revenu ne suffisait pas pour faire vivre Jacques sans autre ressource.
Il fut donc obligé de s'engager en qualité de garçon de ferme, chez un cultivateur de la
paroisse,
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Les déceptions de Facques 4 ——@——— L'homme n'était pas cruel, mais on ne fânait pas à son service, et Jacques ne mit pas de temps à s’apercevoir que le métier était dur, Il fallait, à l'aurore, courir dans la rosée, et, sur le haut du jour, endurer les ardeurs du soleil,
Quand venait le dimanche, Jacques était content de pouvoir se reposer ; et, encore, fallait-il qu'il préparât la voiture de ses maitres, pour aller aux offices. Il n'avait pas le temps de songer À faire le beau, et d'ailleurs son costume ne lui permettait plus cette suprème jouissance d'autrefois.
Rendons à Jacques cette justice de dire qu'il ne se plaienit point et qu'il endura bravement toutes les petites misères de la position. Et ce n’est pas peu de chose. Les petits maux sont souvent plus difficiles à supporter que les
grands ; et celui qui souffre pendant des mois,
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40 Les déceptions de Facques
et des années les piqûres du cilice est probablement plus courageux que celui qui subit, sans sourciller, Pamputation d’un bras.
A l'automne, Jacques fut obligé de se chercher une nouvelle position ; car la famille du fermier suffisait pour les travaux de l'hiver. C’est alors qu’il songea au métier de son père. C'était un chemin tout tracé.
‘ [] n'y a pas de sot métier ” lui avait dit son maitre d'école, ‘et l’on peut être heureux dans toutes les professions, pourvu qu’on soit honnète, et qu'on n’ait pas une ambition démesurée, ”
Le jour même, Jacques entra en qualité d'apprenti chez le locataire de la forge.
Il gagnait sa nourriture. Quant à son logement, le forgeron lui permit de le prendre dans le grenier du bâtiment, où Jacques réussit à
se faire une petite chambre assez habitable,
Les déceptions de Facques 47 ————
Il n'avait pas oublié ses études : et même ) )
chez le fermier, il employait ses rares loisirs à se perfectionner dans la lecture. Mais, maintenant qu'il avait plus de temps libre, il voulut apprendre pour de bon. Toutes ses soirées furent remplies par l'étude, sous la direction de son ancien maître.
Au bout de quatre ans, Vous n'auriez pas reconnu Jacques dans ce grand garçon de seize ans et demi, robuste comme un homme fait, qui, après avoir ferré votre cheval, rédigeait de la même main un article sur une question de l’art vétérinaire.
Les forgerons, autrefois, étaient tous un peu vétérinaires, de même que les barbiers tenaient à passer pour médecins.
Le temps des misères et des déceptions était
passé,
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48 Les déccplions de Facques
A force de travail et d'étude, Jacques était devenu non-seulement un ouvrier habile dans son art, mais un homme instruit et bien renseigné sur une foule de sujets.
Allez voir la balustrade qu'il a faite pour l’église de son village, et si vous rencontrez l'auteur de cet ouvrage merveilleux, causez avec lui, fvous ne partirez pas sans avoir appris quelque chose.
Dans ses moments de loisir, Jacques tient . un journal, et il aime souvent à se reporter sur cette époque de son existence où il se livrait à loisiveté qu'il croyait si distinguée, avant son entrée à l’école,
—Si j'avais continué comme j'ai commencé, me disait-il, j'en serais arrivé à mourir misérablement à l'hôpital ou dans la cour de quelque
cabaret. Les déceptions que j'ai éprouvées
D EN a ETAT
Les dusptions de Facques 49 PE , m'ont ouvert les Yeux à temps et j'ai eu le
bonheur de voir ma folie, Grâce à Dieu et à
ceux qui m'ont aidé, j'ai pu profiter de mes
petits malheurs Pour me Corriger, ct, main-
tenant, non seulement je n'ai pas peur du
travail, mais je l'aime et le recherche, et j'espère
bien qu’il en sera toujours ainsi, ”
Jusqu'à ce jour du MOINS, ce vœu a été exaucé ; et maintenant Jacques est un des
hommes les plus influents de son village ; mais, CC qui vaut encore mieux, ii donne Je
bon exemple à toute Ja Paroisse, par sa con-
duite charitable et chrétienne.
— C’est un homme instruit, dit le maitre d'école,
— C’est un fameux Ouvrier, disent les confrères de Jacques.
— C’est un homme Exemplaire, dit le vieux
curé,
nd =: +0
ee —
jo Les déccptions de Facques
Tâchez de mériter qu'on en dise autant de
vous, et je vous assure que vous n'aurez pas
perdu votre temps.
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