‹ A mes jeunes amisChapitre 13 sur 40 · LE VER LUISAT5IT · texte numérisé non relu

LE VER LUISAT5IT

VIN parfumait la nuit^ et la nuit transparente N'était qu'un voile frais étendu sur les fleurs : L'insecte lumineux^ conune une flamme errante^ Jetait avec orgueil ses mobiles lueurs.

«J'éclaire tout^ dit-il , et jamais la Nature

N'a versé tant d'éclat sur une créature !

Tous ces vers roturiers qui rampent au grand jour^

Celui qui dans la soie enveloppe sa vie^

Cette plèble des champs ^ dont j'excite l'envie,

Me &it pitié y me nuit dans mon vaste séjour.

Nés pour un sort vulgaire et des soins insipides ^ Immobiles et froids comme en leurs chrysalides ^ La nuit ^ sur les gazons^ je les vois sonuneiller : Moi; lampe aventureuse, au loin on me devine; Etincelle échappée à la source divine, Je n'apparais que pour briller.

« Sans me brûler, j'allume un phare à l'espérance ; De mes jeunes époux il éveille l'amour; Sur un trône de fleurs, belles de ma présence, J'attire mes sujets, j'illumine ma cour.

« Et ces feux répandus dans de plus hautes sphères, Ces diamans rangés en phares gracieux ,

Ce sont assurément mes frères

Qui se promènent dans les cieux.

Les rois qui dorment mal charment leur insomnie A regarder courir ces légers rayons d'or; Au sein de l'éclatante et nocturne harmonie,

Cest moi qu'ils admirent encor :

Leur grandeur en soupire ; et rien dans leur couronne N'offre Féclat vivant dont seul je m'environne ! »

Ainsi le petit ver se délectait d'orgueil^ Il brillait. Philomèle^ à sa flamme attentive^

Interrompt son hymne de deuil

Que le soir rendait plus plaintive : Jalouse y ou rappelant quelque exilé chéri; Mélodieuse encor dans son inquiétude ^ Amante de ses pleurs et de la solitude ^ EUle épuisait son cœur d'un lamentable cri.

N'ayant de tout le jour cherché la moindre proie ,

Par instinct; sans projet^ sans joie ,

Elle descend à la lueur Qui sert de fanal pour l'atteindre^ Et; sans même goûter de plaisir à l'éteindre ^ S'en nourrit; pour chanter plus long-temps sa douleur.

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