LE VER LUISAT5IT
VIN parfumait la nuit^ et la nuit transparente N'était qu'un voile frais étendu sur les fleurs : L'insecte lumineux^ conune une flamme errante^ Jetait avec orgueil ses mobiles lueurs.
«J'éclaire tout^ dit-il , et jamais la Nature
N'a versé tant d'éclat sur une créature !
Tous ces vers roturiers qui rampent au grand jour^
Celui qui dans la soie enveloppe sa vie^
Cette plèble des champs ^ dont j'excite l'envie,
Me &it pitié y me nuit dans mon vaste séjour.
Nés pour un sort vulgaire et des soins insipides ^ Immobiles et froids comme en leurs chrysalides ^ La nuit ^ sur les gazons^ je les vois sonuneiller : Moi; lampe aventureuse, au loin on me devine; Etincelle échappée à la source divine, Je n'apparais que pour briller.
« Sans me brûler, j'allume un phare à l'espérance ; De mes jeunes époux il éveille l'amour; Sur un trône de fleurs, belles de ma présence, J'attire mes sujets, j'illumine ma cour.
« Et ces feux répandus dans de plus hautes sphères, Ces diamans rangés en phares gracieux ,
Ce sont assurément mes frères
Qui se promènent dans les cieux.
Les rois qui dorment mal charment leur insomnie A regarder courir ces légers rayons d'or; Au sein de l'éclatante et nocturne harmonie,
Cest moi qu'ils admirent encor :
Leur grandeur en soupire ; et rien dans leur couronne N'offre Féclat vivant dont seul je m'environne ! »
Ainsi le petit ver se délectait d'orgueil^ Il brillait. Philomèle^ à sa flamme attentive^
Interrompt son hymne de deuil
Que le soir rendait plus plaintive : Jalouse y ou rappelant quelque exilé chéri; Mélodieuse encor dans son inquiétude ^ Amante de ses pleurs et de la solitude ^ EUle épuisait son cœur d'un lamentable cri.
N'ayant de tout le jour cherché la moindre proie ,
Par instinct; sans projet^ sans joie ,
Elle descend à la lueur Qui sert de fanal pour l'atteindre^ Et; sans même goûter de plaisir à l'éteindre ^ S'en nourrit; pour chanter plus long-temps sa douleur.