‹ A mes jeunes amisChapitre 18 sur 40 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

ois-Tir, mon bel enfant, venir un pèlerin?

Sur le roc escarpé comme il monte avec peine !

Il s'arrête , il reprend haleine :

Peut-être aveô sa vie il use un long chagrin. Rarement l'homme heureux porte au loin sa prière } L^nfortuné s'isole ^ il cherche... il fuit son sort; Sur l'indigent roseau parcourant sa carrière^ Jour par jour il s'acquitte , il achète la mort.

« Pourquoi quitterait-il cette fraîche vallée ^

OÙ l'ame sans repos doit dormir consolée ^

Où tant de ruisseaux purs l'invitent à s'asseoir ;

Où je voudrais y mon fils; te descendre le soir?

Le soir^ le jour^ jamais nous n'y pouvons descendre :

Elle exila de nous jusques à notre cendre.

Le ciel y mit la paix; la paix n'est pas pour nous :

Sera-t-elle pour toi^ qui dors sur mes genoux? »

Et l'enfant réveillé parla voix de sa mère, L'enfant, qui ne sait pas que la vie est amëre^ Tend les bras , et son œil, tôuchd par le soleil^ Se referme indolent souS le doigt du sommeil.

« Tu dors, enfant, tu dors ! et le péleiân passe Devant le vieux calvaire assis sur le rocher : On dirait qu'il voltige alentour du clocher.

Qui jette l'heure dans l'espace; Et quand je vois au loin, traînant ses pas poudreux^ Un voyageur courbé devant le vieux calvaire ,

Hélas ! je dis qu'il est mon frère.

Car je crois ^il est malheureux.

tf Qu'il vienne au moins chercher de Tombre Sous notre toit d'argile , afin de le bénir ^ Et s'il y rentre un jour, un soir d'un hiver sombre^ Qu'il y soit reconduit par un doux souvenir !

« Mon père , la chaleur vous accable et vous pèse : Honorez ma maison ^ suspendez-y vos pas.] Sur le chemin sans fleurs qui vous attend là-bas Attendez que du jour l'éclat brûlant s'apaise. Oh ! de vos pieds sanglans laissez-moi prendre soin ^ Laissez-moi remplacer quelque absent quj^vous aime Prenez pitié de ceux qui vous pleurent au loin ,

En prenant pitié de vous même !

Asseyez- vous sur ce vieux banc^

La nuit est loin , la route est sûre^

L'eau de la source et du lin blanc

Rafraîchiront votre blessure ! »

Alors le pèlerin s'assit près du bouleau j

Dont le vert pâle ornait l'iniiîgeDte cliâumiëre ; Et ses yeux du soleil qui se jouait dans l'eau Evitèrent long-temps la railleuse lumière.

LES DEUX MERES

LES DEUX MÈRES

'AppaoGHEz pas d'une mère affligée y Enfant , je ne sourirai plus.

Vos jeux naïfSsy vos soins ^ sont superflus , Et ma douleur n'en sera pas changée.

Laissez-moi seule à l'ennui de mon sort ; Quand la vie à vos yeux s'ouvre avec tous ses charmes y Enfant^ plaindriez-vous mes larmes?

Vous ne comprenez pas la mort.

La mort! ce mot^ qui glace l'espérance , Ne touche pas votre heureuse ignorance.

Ici le malheureux cherche un autre avenir :

Hélas ! ne chantez pas lorsque j'y viens mourir.

De ces noirs arbrisseaux l'immobile feuillage , Des pieuses douleurs les simples monumens ,

D'un champ vaste ^ morne et sauvage Sont les seuls omemens.

L'écho de cette enceinte est une plainte amëre : Qu'y venez-vous chercher? Courez vers votre mère ; Portez-lui votre amour, vos baisers et vos fleurs j . Ces trésors sont pour elle, et pour moi sont les pleurs. Allez ! sur l'autre rive elle s'est arrêtée ; Abandonnez vos fleurs au courant du ruisseau ;

Doucement entraîné par l'eau, Qu'un bouquet vous annonce à son ame enchantée. Vous la verrez soiu-ire , en attirant des yeux Ce don simple apporté par le flot du rivage ; Et, cherchant à fixer votre mobile image,

Tressaillir à vos cris joyeux.

Je l'aurais vue, au temps où j'excitais l'en vie ,

Même en vous caressant^ rêver à mon bonheur.

Cette suave joie^ enx se baignait mon cœur^

Fest plus qu'un poison leot distillé sur ma vie.

Mon triomphe est passé ^ le sien croit avec vous :

Cest à moi de rêver à son bonheur suprême ;

Elle est mëre , et je pleure. O sentiment jaloux !

Od peut donc vous connaître au sein de la mort même?

Mais pour un cœur flétri les pleurs sont un bienfait :

Le mien a respiré du poids qui Tétouffàit^

Celui de votre mère en tremblant vous appelle ^

Cqyirez vous j e ter dans son sein .

Ce jour est sans nuage , oh ! passez-le près d'elle I Un beau jour a souvent un affreux lendemain.

Ne foulez plus cette herbe où se cache une tombe } B'un ange vous troublez le tranquille sommeil.

Dieu ne m'a promis son réveil ' Qu'en arrachant mon ame à mon corps qui succombe.

Bans cet enclos désert^ dans ce triste jardin ;

Tout semble m'annoncer ce repos que j'implore ;

Et; sous un froid cyprès , mon sang^ qui brûle encore ^

Sera calme demain.

O douce plante ensevelie !

Sur un sol immortel^ tes rameaux gracieux

Couvriront ma mélancolie

D'un ombrage délicieux.

Ta tige élevée et superbe

Ne craindra plus le ver rongeur^

Qui veut la dévorer «ous l'herbe ;

Comme il a dévoré ta fieur :

Cette fleur^ au temps échappée ,

D'un rayon pur enveloppée ,

Reprendra toute sa beauté ;

Son doux éclat fera ma gloire ,

Et le tourment de ma mémoire

En sera la félicité.

Mais une jeune voix trouble encor ma prière , Et m'arrache au bonheur que je viens d'entrevoir :

Tout-à-coup ramenée aux souges de la terre, J'ai trésaillî, j'ai cru le voir!

Oui, j'ai cru te revoir, idole de mon anie, Lorsqu'avec laut d'amour tu t'élançais vers moi. D'uD âambeau consumé rallumc-t-on la flamme?

Non, sa clarté trop vive est éteinte avec toi. Et vous qui m'attristez, vous n'avez en partage Sa beauté, ni la grâce où brillait sa candeur, Enfant; mais vous avez son âge:

Cen est assez pour déchirer mon cœur!

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