‹ A mes jeunes amisChapitre 19 sur 40 · RÊVE DE MON ENFANT · texte numérisé non relu

RÊVE DE MON ENFANT

A MADAME PAULINE DUCHAMBGE.

ERE ! petite mère ! » Il m'appelait ainsi :

£t moi j je tressaillais à cet accent si tendre ; Tout mon être agité s'éveillait pour l'entendre; Je ne l'entendrai plus : il ne dort plus ici. Où retentit sa voix qui calmait ma souffrance ,

Gomme la voix de Fespérance^ Formée ( on l'aurait dit) de rosée et de miel? Le ciel en fut jaloux , elle doit être au ciel. Non, elle est dans mon cœur : je l'y tiens enfennée;

Elle soupire encore , elle parle avec moi.

Durant mes longues nuits, cette voix tant aimée

Me dit : « Ne pleure plus ! je ne dors pas pour toi. »

Oh ! moitié de ma vie , à ma vie arrachée !

Viens ! redis-moi ton rêve ; il m'a prédit ton sort.

Que ta plainte, une fois de mon coeur épanchée,

Rappelle un jeune cygne et son doux chant de mort.

« Écoute, m'as-tu dit, écoute mon beau songe : »

Le premier... le dernier qui berça ton sommeil !

De ce récit confus, prophétique mensonge,

Cher innocent, tu vins saluer mon réveil.

« Ecoute ! je dormais ; j^avais dit ma prière*

« J'ai vu venir vers moi deux anges : qu'ils sont beaux !

« Je voudrais être un auge. Ils portent des flambeaux

« Que le vent n'éteint pas. L'un d'eux a dit : Mon frère ^

« Nous venons te chercher;veux-tu nous suivre?— Oh! oui;

« Je veux vous suivre. . On chante; est-ce fête aujourd'hui?

« — C'est féte. Viens chercher des parures nouvelles.

« Et mes bras s'étendaient pour imiter leurs ailes;

« Je m'envolais comme eux, je riais... j'avais peur !

« Dieu parlait! Dieu pour moi montrait une coui onnc :

« Cest aux en&ns chéris que sa bonté la donne ^

« Et Dieu me l'a promise ^ et Dieu n'est pas trompeur.

« J'irai bientôt le voir ; j'irai bientôt. .. — Ma vie !

« Où donc étais-je alors? — Attends... je ne sais pas. . .

« Tu pleurais sur la terre^ où je t'avais suivie.

« — Tu me laissais pleurer? ~ — Je t'appelais tout bas.

« -T Tu voulais me revoir? — Je ne pouvais , ma mère ,

« Dieu ne t'appelait pas. » Un froid saisissement

Passa jusqu'à mion cœur, et cet être charmant,

Calme ; rêvait encor sa céleste chimère.

Dès-lors un mal secret répandit sa pâleur

Sur ce front incliné^ qui brûlait sous mes larmes.

Je voyais se détruire avant, moi tant de charmes ^

Gomme un frêle bouton s'efFeuille avant la fleur :

Je le voyais! et moi, rebelle... suppliante^

Je disputais un ange à l'immortel séjour.

Après soixante jours de deuil et d'épouvante ^

Je criais vers le ciel : « Encore , encore un jour ! »

Vainement. J'épuisai mon ame tout entière^

A ce berceau plaintif j'enchaînai mes douleurs*; Repoussant le sommeil et m'abreuvant de pleurs^ Je criais à la mort : a Frappe-moi la première ! » Vainement. Et la mort^ froide dans son courroux , Irritée à Tespoir qu'elle accourait éteindre. En moissonnant l'enfant, ne daigna pas atteindre

La mère expirante à genoux.

Et quand je reparus morne et découronnée, Après avoir long-temp$ craint jusqu'à l'amitié.

Cette troupe légère, un moment consternée.

Suspendit ses plaisirs, et sentit la pitié.

« D'où viens-tu, m'a-t-on dit, et quels nuages sombres

a Ont environné d'ombres

« Tes yeux noyés de pleurs?

« Ton soir est loin encore,

« Et ta paisible aurore

« T'avait promis des fleurs. »

Oui, la rose a brillé sur mon riant voyage^

Tous les yeux l'admiraient dans son jeune feuillage;

L'dtoile Au matin l'aidait à s'eatr' ouvrir, Et l'étoile du soir la regardait mourir.

Vers la terre déjà sa tête était penchée^ L'insecte inaperçu s'y creusai! un tombeau; Sa feuille murmurait en tombant desséchée :

■ Déjà la nuit! déjà... Le jour était si beau! »

LA

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