‹ A mes jeunes amisChapitre 21 sur 40 · A M. JARS · texte numérisé non relu

A M. JARS

N avait couronné la vierge moissonneuse ^ Le village à la ville était joint par des fleurs , La jeunesse et l'enfance y mêlaient leurs couleurs^ Et le vieillard riait d'une vendange heureuse.

Tout-à-coup le plaisir cessa ^ Comme le feu follet qui s'éteint dès qu'il brille^

£t dans l'ombre un long cri glaça

Jusqu'au chant de la jeune fille.

ft Rendez^ rendez l'enfant dans la foule égaré :

^ 442 <€( « Pour l'appeler encor sa mère a tant pleuré !

« £lle n'a plus de voix pour sa douleur amère ; a Sa clameur s'est changée en un silence affreux, « L'enfant ne dira pas qu'il est bien malheureux ; « Il ne prononce encor que le nom de sa mère'.

« Quoi ! pas une voix ne répond !

« Ne Faveï-vous pas vu jouer sur le rivage?

« Hélas ! le Rhône est si profond ,

« Et l'on est si faible à cet âge î « Rendez^ rendez Tenfant dans la foule égaré : « Pour l'appeler encor sa mère a tant pleuré ! »

« Ses cheveux du blé mûr ont la couleur dorée ^

tt Ses yeux sont noirs et doux, ses dents croissent encor;

a Ses pas abandonnés n'ont qu'un craintif essor y

« Et de bluets tantôt sa robe était parée.

« Vous pourrez ie rencontrer nu, « Car souvent la misère a dépouillé l'enfance :

« Vous l'aurez bientôt reconnu y « L'ange qui pleure sans défense !

« Rendez, rendez l'enfant dans la foule égaré : a Pour l'appeler encor sa mère a tant pleuré ! »

Le vieux crieur se tut : de la morne assemblée n attendit long-temps un mot, un seul... en vain. Les mères encbafnaient leurs enfans sur leur sein , Et de vagues frayeurs cette nuit fut troublée.

On dit qu'un mendiant passa, Couvert d'afFreux lambeaux , à la marcbe furtive , Et qu'un jeune cri s'élança Dans l'air avec la voix plaintive :

« Rendez, rendez l'enfant dans la foule égaré : « Pour l'appeler encor sa mère a tant pleuré ! »

LA SUITE

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