A MES ENFANS
ui^ nous allons encore essayer un voyage.
Avril est né d* hier, il vole au fond des bois : Doux avril! on entend partout sa jeune voix; Partout SCS doigts légers déroulent le feuillage. La nature s'habille; il faut prendre l'essor: A l'ombre de ma vie abritez votre sort, Innoccns pèlerins, suivez ma destinée.
Dans la vôtre , que Dieu rende plus fortunée y Allez cueillir des jours libres et triomphans ; Moi je bénis les miens : vous êtes mes enfans ! Le mortel le plus humble est fier de son ouvrage :
Combieu ce teudre orgueil m'a doaué de couraf^^e ! Oh ! que de fois y sensible et vainc tour à tour ^ J'ai pensé qu'une reine envîrait ma fortune ! £t je plaignais la reine en sa gloire importune : Elle est à plaindre; elle a d'autres soins que l'amour. Sur son enfant qui dort ces grilles formidables^ Ces gardes sans sommeil^ à l'œil toujours ouvert ^
Ces hommes habillés de fer^ Disent que les palais sont des lieux redoutables. Ses baisers maternels par jom* lui sont comptés ; Jamais sans des témoins son cœur ne se déploie ; Et tous ses mouvemens de tristesse ou de joie Sous son manteau de reine expirent arrêtés.
Elle n'a que ses yeux pour répandre son ame y Pour caresseï' l'objet de ses pures douleurs; Son enfant l'appelle : « Madame! »
Et Dieu seul voit tomber ses pleurs.
Moi y par le monde errante y et partout étrangère y A vos berceaux de mousse à la hâte formés y
^ 159 ce(
Seule ^ ardente à veiller mes amours tant aimés ^ J'ai trouvé l'heure agile et ma tâche légère. Et VOUS; enveloppés de pavots frais et purs^ Vous laissez votre vie à ma garde attentive^
Vos doux jeux me rendent captive ;
Vos rêves ne sont pas moins sûrs.
ConfianS; vous dansez quand votre mëre chante; Son baiser vous délasse et vous mène au sommeil j Sans prévoir que souvent la voix qui vous enchante Va prier dans les pleurs jusqu'à votre réveil. Ignorez-le toujours! toujours ^ s'il est possible, Puisez dans mes regards votre sécurité; Ils vous adouciront la triste vérité «
Qui déchire le plus sensible !
Quaud j'emportai vos jours loin d'uu ciel sans chaleur^ Je vous couvais encore y ô ma jeune famille \
Et je sentais naître ma fille Dans mon sein tout blessé des flèches du malheur. Vous partagiez déjà notre eiTant esclavage ^
Dociles émigrés ! faibles , tremblans et doux^
A peine éclos sur le rivage Vos mobiles destins s'envolaient avec nous.
Que ne.peut-on fixer votre trace légère, Votre audace riante^ à la crainte étrangère ! Age heureux ! courts instans des naïves erreurs ! Inhabile aux soupçons ^ aux jalouses fureurs ! Moi seule , en vous berçant d'amour , de mélodie , Je vous inoculai ma douce maladie.
Déjà vous bégayez d'imparfaites chansons , Et vos voix et vos cœurs vibrent de mes leçons. De ce peu que je sais je vous instruis moi-méme ; Je vous aide à m'aimer autant que je vous aime^ Je vous aide à chercher les mots les plus touchans, Pour charmer votre père attendri de vos chants. Je vous dis : a Aimez Dieu , car lui seul nous protège y Lui seul vous aime, enfans, comme si les grandeurs A vos fronts ingénus attachaient leurs splendeurs : Il prête sa lumière à notre humble cortège; Et, pour nous soutenir sur les bords du chemin ,
Devant nous il étend son invisible main.»
Doux échos de mon ame , écoutez votre mère ; Un jour vous serez seuls ^ par la sentence araère Qui sépare de force entre eux les voyageurs ; Ne craignez pas pour moi d'anathémes vengeurs j Relisez ces tableaux d'une innocente vie; Purs et vrais comme vous ils désarmaient l'envie Alors devant Dieu seul mettez-vous à genoux^ Enfans, priez pour moi : j'ai tant prié pour vous î Sur la route plus triste errez du moins ensemble I Conteiliplez ce nuage : hélas ! il nous ressemble j Il va vite. En courant levez parfois les yeux : N'ayez peur, mes amis^ je serai dans les cieux.
Vous comprendrez alors ces vœux mélancoliques Où mon ame , n'osant tout haut se révéler Dans ses alarmes prophétiques , Vous plaignait sans vous en parler.
Car l'imprévoyante colombe y
Qui librement passait dans Fair^ Au trait parti comme Féclair Tressaille^ tourne , expire ^ tombe Aux pieds du tranquille chasseur ; £t nul ange; ici-bas ^ n'a vengé sa douceur !
Je frissonne. Ma fille! ô soudaines ala]:mes!
Ainsi y qui lit trop loin ne voit plus que des larmes :
Dieu ! pardonnez-les moi ; le temps doit m'en punir.
Quelle mère eu secret ne vit dans l'ayenir ?
Quelle mère n'a vu la saison des orages
Sur ses enfans chéris balancer leurs nuages?
Les pleurs silencieux attendent les plus doux;
Ils souffrent sans le dire^ ils meurent à genoux.
Mais quoi ! les plus hardis seront-ils moins à plaindre?
Que de pièges là-bas , et que d'écueils à craindre !
Que de monde autour d'eux dans ces lointains sentiers^
Où leurs pas et leurs vœux se livrent tout entiers ?
Cédez y faibles roseaux ^ ployez sous la tempête^
Aux souffles iuclcmens dérobez votre tête I
Cœurs d'auges ^ dont le ciel a semé les penchans ^ Cest donc aussi pour vous que je crains les médians ! Quoi y l'amour malheureux ? quoi y Tamitié trahie ? L'ahandon?... Non^ je rêve et je suis éhlouie : Non^ ce rayon divin, qui brille eu leurs regards , Ne les appelle pas à de tristes hasards :
Non , l'azur de tes yeux , ô ma belle Hyacinthe ,
Ne se voilera pas sous d'austères douleurs
Mais dans tes jeunes mains tu m'apportes des fleurs : Ya ! l'augure est heureux^ tu n'as pas une absinthe !
Il faut partir. Ce toit qu'il fut doux d'habiter, Qui nous couvrit l'hiver , il faut donc le quitter ! Toujours quelque lien se rompra dans l'absence ! Je suis comme le lierre arraché malgré lui :
J'aimai si long-temps la présence
De ce que je quitte aujourd'hui !
Quoi î toujours effleurer des rives orageuses ? Quoi ! poursuivre sans cesse un fuyant horizon ? Qui n'a quelque pitié des brebis voyageuses
Laissant à chaque haie un peu de leur toison ? Oh ! que de fils brisés dans ma trame aflaiblie ! Que d'adieux recelés dans le fond de mon cœur ! Déjà ^ je sais déjà comment fuit le bonheur ^
Je ne sais pas comme on l'oublie!
Mon ame libre encor s'élance en d'autres lieux y D'où me sépare une absence éternelle; Comme l'oiseau blessé^ qui n'étend plus qu'une aile
Pour traverser les cieux !
Mais en rendant mes jours à ma tremblante étoile ^
Soit qu'un dur aquilon fasse frémir ma voile ,
Soit que d'un ciel brûlant me consume l'ardeur,
J'aimerai des vallons la fraîche profondeur :
Ma pensée en soupire, et le saule, et l'yeuse.
Et près du clair ruisseau la paisible iileuse,
IjC bois qui la vit naître et la verra mourir , ^
Me rendront des tableaux^ qu'il m'est doux de nourrir.
Aux coteaux de Lormont * j'avais légué ma cendre :
Les coteaux de liOrmont dominent le port de Bordeaux.
Iiormont n'a pas Touiu d'un ËirJeaii si léger ; Son ombre est déilaigneiisc , au malheur étranger : Dans la barqne incertaiue il faut donc redescendre. Venez, chers Alcyons, pressez-vous sur mon cœur ; Jelez un tendre adieu TCrs la live sonore :
Je )e sens , quelque vœu nous y rappelle encore , Quelque regard nous suit, plein d'un trouble rêvcui'. Adieu... ma voix s'a Itëi'e et tremble dans mes larmes; Eiifans I jetez vos voix sur l'aile des zéphyrs : Dites que J'ai pleuré, dites que mes xcupirs Retourneront souvent à ces bords pleins de charmes : Là, de quatie printemps j'ai respiré les fleurs. Ainsi partout <\ei biens; ainsi partout des pleurs !