‹ A mes jeunes amisChapitre 30 sur 40 · A LA TOUR DE ROUEN · texte numérisé non relu

A LA TOUR DE ROUEN

AR mon baptême y 6 ma mère , Je voudrais être Tenfant Qui bondit sur la bruyère Avec l'agneau qu'il défend.

J'ai soif de Teau qui murmure Et fuit là-bas dans les fleurs :

L'eau de la tour est moins pure ^ Je la trouble avec mes pleurs.

Si le rayon d'une étoile Glisse au fond de ma prison y Les barreaux forment un voile Qui tourmente ma raison.

Quand le fer qui se colore M'annonce que le jour luit , Le petit Arthur encore Est triste comme la nuit.

Pour bercer ma jeune enfance Vous saviez des airs touchans ; Et j'ai reçu la défense De me rappeler vos chants !

Mais que la flûte lointaine M'apporte un réveil plus doux , Je tressaille dans ma chaîne ; Ma mère, je pense à vous.

Ce vieux gardien, dont l'œil sombre Un soir me remplit d'effroi ,

Qui , sur mes pas, comme une ombre , Fit peur au pauvre enfant-roi , J'ai vu son front , moins austère , Vers ses enfans se baisser :

Hélas ! que n'est-il mon père !

Il daignerait m'embrasser.

Lorsque la fièvre brûlante Sur lui fit planer la mort , Sa bouche , pâle et tremblante , Dit qu'il avait un remord.

De cette affreuse démence Cherchant à le secourir , J'ai chanté votre romance Pour l'empêcher de souffrir.

Aux sons de la vieille harpe Il s'endormit sur mon sein , Enveloppé de l'écharpe Dont me para votre main.

Une reine l'a brodée :

Mon geôlier la garde encor....

Je ne l'ai plus demandée ; Et c'était mon seul trésor.

Peut-être ce sacrifice

En secret l'attendrira ,

Et qu'à vos larmes , propice ,

Un moment il me rendra.

Mes biens , mes jours ^ ma couronne ,

Tout cequ'ils brûlent d'avoir ,

Oh ! ma mère , je le donne ;

Mais avant je veux vous voir.

Malgré leur veille farouche ,

J'appns seul à retracer

Le premier nom que ma bouche

Essaya de prononcer.

Ne pouvant briser la pierre

Où j'ai nommé leur vainqueur ,

Ils ont brùté ma paupi^ ; Mais la mémoire est au cœur.

En vain leurt bandeaux funèbres Ont puni mes bibles yeux; A genoux, dans les ténèbres', Ma pi-îère monte aux cieui ; L'épée y dort suspendue ; Comme vous en ce séjour.

Mon père, on la croit perdue :

Mais si je l'atteins un jour!.. .

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